Marche pour le Climat à Bordeaux, le 21 septembre 2019 / Crédit photo : Patrice Calatayu (Wikimedia Commons CC BY SA 2.0)

Transition & Résilience

Ou plutôt : résilience et transition. Si les deux notions sont indissociables, l’ordre a son importance dans le cadre de la pandémie du Covid-19. Car cette catastrophe mondiale nous fait prendre conscience de la fragilité de nos sociétés et de la nécessité de les « réparer ».

Cet article, comme ceux de la rubrique « Contexte » et contrairement aux entretiens et autres contenus, sont l’expression de mon point de vue personnel – celui-ci étant issu de plusieurs lectures et échanges. L’article sera progressivement étayé au fur et à mesure du développement du site et des apports complémentaires.

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Le résumé de l’article

  • nous allons vivre rapidement plusieurs chocs au moins aussi graves que celui du Covid-19, la plupart étant d’origine naturelle;
  • il faut pouvoir les « encaisser » en les anticipant, les préparant et en tirant les bons enseignements : c’est la résilience;
  • mais, pour réduire peu à peu la gravité et la fréquence de ces chocs, il faut réparer les erreurs engendrées par notre illusion de supériorité, et avec un caractère d’urgence. C’est la transition, la recherche d’un nouvel état sociétal basé sur un paradigme différent dans notre relation avec la nature;
  • si cette transition a un volet écologique évident, elle ne peut se faire sans une approche sociale complète, pour dépasser les « blocages » liés aux inégalités sociales, mais aussi parce qu’une solution élaborée par le plus grand nombre sera plus riche et plus pérenne. D’où la notion de « transition écologique et sociale » où chacun à un rôle, y compris l’entreprise et l’innovation.

Une crise ? Non, un choc, et le premier

Les mots aussi ont leur importance. On parle beaucoup de « crise sanitaire », mais la notion de « crise » semble être dépassée. Ne faudrait-il pas plutôt évoquer un « choc », voire une « catastrophe » ?

Un choc de force majeure

Je vais me contenter de « choc » pour l’instant, qui évoque un coup sérieux apporté à une construction. La pandémie du Covid-19 est loin d’avoir le même impact que la « crise » financière de 2008, par exemple. Non, le choc que nous vivons est plutôt de l’ordre de la force majeure, une notion juridique bien connue :

  • il est irrésistible : aucun pays ou presque n’a pu y échapper, et puisque le confinement touche par définition tout le monde

En fait, si ce choc validait les autres « cases » de la définition de la force majeure, ce serait rassurant. Mais ce n’est pas le cas, car :

  • il n’est pas imprévisible : de nombreux chercheurs dans différents domaines – de la biologie à l’écologie – et même Bill Gates avaient prédit la survenue d’une telle épidémie, sans compter les « avertissements » des deux décennies passées (SRAS, H1N1 …)
Ce talk TEDx date de … 2015.
  • il n’est pas extérieur : si l’origine biologique du virus est, jusqu’à preuve du contraire, animale, c’est notre « mode de vie » au sens large (système de production économique, déforestation, mondialisation des échanges …) qui est responsable de sa diffusion à l’échelle planétaire. Là aussi, sans parler de l’impréparation de nombreux gouvernements, ce qui a nécessité le confinement.
  • enfin, il n’est pas exceptionnel … si on se projette dans le futur proche.

Oui, c’est le premier choc planétaire que nous vivons depuis la seconde guerre mondiale. Mais le problème est : ce ne sera a priori pas le dernier.

Confirmation : nous sommes mortels

Car le choc que nous vivons est – au-delà de ses aspects sanitaires, économiques, sociaux et même écologiques – une crise de l’hubris. Petite définition de ce mot par les Grecs antiques :

Hubris : tout ce qui, dans la conduite de l’homme, est considéré par les dieux comme démesure, orgueil, et devant appeler leur vengeance.

Larousse

Transposée au XXIème siècle, cela se résume en un sentiment de toute-puissance de notre société, accumulé depuis près de 200 ans au détriment de la nature (peu à peu contrôlée et vue uniquement comme une ressource à exploiter), de la mort (progrès bienvenus de la médecine, mais qui rendent étrangement la mort « socialement intolérable ») et de tout ce qui nous échappe en général (comme la religion ou la spiritualité).

Plat ovale à ombilic : La Chute d’Icare, 1616. Icare est l’allégorie de l’hubris humaine : je suis convaincu que je peux voler, donc je me colle des ailes à la cire dans le dos et je m’élance d’une falaise. « Mauvaise idée ». / Crédit photo : Alfonso Patanazzi – Xavier Caré (Wikimedia Commons, Domaine public)

Or, nous sommes mortels ! nous rappelle une petite bestiole qui se balade actuellement entre nous, faisant fi des frontières, des statuts sociaux ou des ethnies. En tant qu’individus bien sûr, mais surtout en tant que société. Si les films catastrophe sur la fin du monde n’ont pas trop chamboulé nos certitudes, la perspective d’une pénurie de farine ou de papier toilette a entraîné des scènes d’apocalypse dans les rayons.

Toujours dans l’auberge et pour un bout de temps

Or, comme je le disais plus haut mais je ne suis hélas pas le seul, le risque est majeur que ces chocs structurels et irrésistibles se produisent de plus en plus souvent dans les années à venir.

Donc, quand ? « D’ici à la fin du siècle », annonce cet article parmi de nombreux autres, tiré d’un long papier austère mais hyper-documenté du magazine Nature Climate Change. Sauf que, dans notre chère Auvergne, nous sommes passés à un doigt de la pénurie d’eau à l’été 2019. Et que, dans d’autres régions françaises, les problèmes de recul accéléré du littoral, ou d’appauvrissement des sols, se concrétisent.

Pénurie d’eau sur une partie de la commune de Chateldon à l’été 2019. Mais de nombreux secteurs du Massif Central ont été touchés, comme à Guéret ou en Corrèze. Même BFMTV le dit ! / Crédit vidéo : BFMTV

Au niveau mondial, les problèmes de submersion, de baisse des rendements agricoles, d’espèces vectrices de pathogènes ou de perturbation du cycle de l’eau (j’ai révisé ma Fresque du Climat) vont impacter très douloureusement les populations mondiales dans les années à venir, pas seulement les décennies. D’une part nous ne pourrons plus facilement allez en week-end à Bali, dommage, mais d’autre part – si l’on se situe de notre point de vue occidental somme toute bien égoïste – je vous laisse imaginer les conséquences sur les ressources (énergétiques, minières, agricoles), les conflits à nos portes ou chez nous et les vagues migratoires des gens voulant fuir cet enfer.

Telles sont les conclusions logiques des études du GIEC, résumées par exemple dans cette interview de Hervé Douville, chercheur au sein de Météo France.

La nécessité de la résilience

Il peut paraître étrange d’affimer que « il faut pouvoir survivre à des catastrophes ». C’est pourtant ce que notre société moderne apprend, à la dure, avec la pandémie du Covid-19.

Heureusement, nous avons encore beaucoup de moyens de réagir. Par deux moyens assez évidents, tout compte fait :

  1. Nous préparer à « encaisser » les chocs à venir
  2. Travailler à diminuer la survenue de ces chocs (fréquence, ampleur)

Le premier point – la préparation – se résume en un autre mot qui revient furieusement à la mode : la résilience.

Petites définitions

Résilience (1) : caractéristique mécanique définissant la résistance aux chocs d’un matériau.

Larousse

Par exemple, la guimauve est résiliente. Dommage qu’on ne construise pas des maisons en guimauve, sauf chez les frères Grimm. Autre définition :

Résilience (2) : aptitude d’un individu à se construire et à vivre de manière satisfaisante en dépit de circonstances traumatiques.

Larousse

Pour nos besoins actuels, on pourra définir la résilience comme la capacité d’une société à « encaisser » un choc (majeur, en l’occurrence).

Boris Cyrulnik, en 2011. L’auteur à succès est une des références en termes de résilience psychologique / Crédit photo : Festivale della Scienza, Gênes (Wikimedia Commons, CC BY SA 2.0)

Quatre capacités-clé

Si l’on détaille le principe de résilience, il reposerait sur quatre capacités que devraient acquérir les individus, les organisations et les sociétés qui le visent :

  • la capacité à anticiper les chocs, donc à comprendre le système globale dans lequel on se place et la manière dont il peut interagir sur nous;
  • la capacité à connaître nos vulnérabilités, ce qui comment par ne pas nous croire immortels, et qui continue par analyser – dans un système complexe – là où tel ou tel choc pourrait causer un déséquilibre fort;
  • la capacité à mettre en place des procédures adaptées, par exemple des stocks de masque (au hasard), mais on peut imaginer des expérimentations et des entraînements progressifs pour toujours adapter cette stratégie à des risques changeants;
  • la capacité à apprendre de nos erreurs pour ne pas revenir exactement « au monde d’avant » qui, par définition, a entraîné le choc. Pourquoi la catastrophe est-elle arrivée ? Comment faire en sorte que nos enfants n’en subissent pas cinq fois plus ?

Il faut donc une sacrée dose d’humilité pour tout cela, une capacité à prendre du recul sur soi-même (je parle des sociétés, c’est encore plus dur que pour les individus ou les organisations) et à reconnaître nos erreurs.

La résilience, au service de la transition

D’un autre côté, je trouve ça passionnant – sinon, je n’aurai peut-être pas monté ce site, certes. Mais cette nouvelle ambition sociétale, cette vision différente du risque – auquel on ne peut se soustraire – peut nous rendre plus proactifs face à notre avenir.

C’est aussi à la fois la nécessité et l’opportunité de réparer les erreurs commises. Cela est d’abord nécessaire tout simplement car il faut travailler à réduire la fréquence et l’ampleur des chocs à venir. Rien ne sert d’être ceinture noire de résilience si c’est pour se manger des catastrophes d’origine naturelle ou humaine tous les 3 mois.

Et, pour réaliser ce « travail de fond », il faut s’attaquer aux causes des chocs, et pas que à leurs conséquences. Ce travail de fond, qui est – pour moi – une opportunité unique de « changer le monde », consiste à chercher un nouveau modèle civilisationnel. Dit comme ça, c’est un tantinet ambitieux, mais puisqu’il faut diminuer les causes, notamment naturelles, de ces chocs, il faut donc une société et une économie qui réduisent les atteintes à la nature et même qui les réparent.

La transition, cadre holistique

Vous aurez compris que cette nécessité / opportunité est – pour moi – la fameuse transition. Et c’est bien le cadre dans lequel doit prendre place la résilience pour qu’elle ne soit pas qu’un cautère sur une jambe de bois.

Cela dit, comme pour la résilience, la transition est un mot valise utilisé parfois à tort et à travers. Revenons à quelques fondamentaux.

Un changement structurel

Encore une petite définition :

Transition : passage d’un état à un autre

Quand tout va bien, un « état » est, par définition, stable (amis de l’étymologie, bonsoir). Donc, en équilibre. Or, un équilibre peut se perdre, si le support sur lequel repose le système s’use et s’érode avec le temps. Les chocs précédemment évoqués précipitent ce phénomène d’usure et provoquent des oscillations de plus en plus fortes. Bref, il y a un vrai risque d’écroulement du système.

Solution ? Pas simple, mais on peut « changer d’état », chercher à retrouver un équilibre (nécessaire à la vie) mais en appui sur un support nouveau, qui soit plus résistant que le précédent acheté en soldes sur internet. Élevons notre pensée et utilisons un joli mot savant : selon un autre paradigme.

Paradigme : en épistémologie, c’est une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent du monde qui repose sur un fondement défini.

Wikipédia

Changer de paradigme, c’est donc changer de système de pensée, voir les choses autrement et être capable de tout remettre en cause. Cela nous rappelle l’état d’esprit nécessaire à la résilience, quelques paragraphes plus haut. Et, comme à ce moment, on peut affirmer une chose : ce ne sera pas facile.

Par exemple, ne faut-il pas une autre approche du risque ? Une relation différente à la mort ? Une meilleure appréhension du changement ? Ce sont des questions quasiment philosophiques, mais elles ont un écho particulier durant cette pandémie, où la société semble tétanisée par le risque sanitaire – alors que le risque climatique, tout aussi réel et majeur, ne génère pas le centième des réactions observées contre le Covid-19.

Etat … d’urgence

D’autant plus qu’il faut rajouter une couche : cette transition doit se faire RAPIDEMENT. En tous cas si nous ne voulons pas laisser à nos enfants (si nous en avons, et j’en ai) un monde qui pourrait inspirer Roland Emmerich.

Mais aussi parce que les tendances observées s’accélèrent ! J’ai pu être initié (grâce à Quentin Jaud, merci Quentin !) à la Fresque du Climat, un serious game accessible et très bien conçu. Ce « jeu de cartes » a pour but de faire prendre conscience aux participants de la complexité des enjeux énergie-climat, dans le sens où de nombreux effets sont liés entre eux dans des logiques de rétroaction positive ou négative.

Une belle Fresque du Climat : des cartes représentant les causes et effets du changement climatique, collées sur un grand papier et reliées ensemble par des flèches / Crédit photo : Fresque du Climat

Par exemple :

  • nos activités génèrent du CO2, principalement en brûlant des ressources fossiles et en déforestant;
  • ce CO2, après absorption pour moitié dans les « puits de carbone », ses concentre dans l’atmosphère;
  • cela entraîne une hausse de l’effet de serre, donc une augmentation de la température moyenne du globe – déjà 1°C dépassé depuis 1800;
  • or, cette hausse de température est plus marquée vers les pôles. C’est notamment par-là que l’on trouve le permafrost, ce sol normalement gelé en permanence qui tapisse la Sibérie ou le bouclier canadien;
  • et, quand le permafrost commence à dégeler, il s’avère qu’il libère … de grandes quantités de méthane qui s’y était accumulé depuis des millénaires (parmi d’autres choses);
  • et pour finir notre petit tour, le méthane est un gaz à effet de serre beaucoup plus « puissant » que le CO2, qui n’est pas absorbé par les puits de carbone, et donc qui vient renforcer l’effet de serre directement dans l’atmosphère, faisant augmenter la température … et dégelant davantage le permafrost … etc.

La Fresque du Climat permet de mettre en lumière plein de petites boucles sympathiques de ce type. Et on les observe dans les publications très sérieuses du GIEC ou d’autres acteurs de la recherche mondiale, avec des courbes qui sont de moins en moins linéaires.

En d’autres termes : il y a urgence à agir. On peut bien sûr en partie miser sur la technologie, l’innovation, l’investissement, et j’ai personnellement beaucoup d’espoir dans ces pistes – même si certaines, comme la géo-ingénierie, peuvent être aussi très risquées. L’être humain est ingénieux et créatif, il souhaite se « sortir par le haut » des situations à risque et c’est une très bonne chose.

Des chercheurs du Wegener Institute observent du permafrost en train de fondre sur l’île d’Herschel, dans le grand Nord canadien / Crédit photo : Boris Radosavljevic (Wikimedia Commons CC BY SAS 2.0)

Hélas, on observe une véritable inertie, voire une résistance de beaucoup d’acteurs économiques ou politiques qui refusent de voir la réalité scientifique et qui « s’accrochent » au monde d’avant (beaucoup d’exemples dans les discussions sur la « relance » post-Covid). Pour les lever, il me semble que la seule solution consiste à changer les fondamentaux de ce système.

Comment changer d’état ?

Donc, si l’état antérieur n’est plus viable, il faut en atteindre un autre qui le soit – viable – et, pour cela, il faut le définir, le rendre désirable, et gérer la fameuse transition (donc, passer d’un état à l’autre).

Je n’ai pas l’ambition de le définir en quelques lignes, mais un point majeur de ce « changement de paradigme » semble se dessiner : étant donné que notre société est basée sur la dégradation de l’environnement, et que ce n’est pas viable, il s’agirait de revisiter notre relation fondamentale à la nature. On parle ici de ce dont nous avons hérité des Lumières et de la Renaissance, en d’autres termes : l’humanisme.

J’avais du mal à l’envisager, me définissant comme humaniste, à l’instar de nombreuses personnes. Il peut y avoir de nombreuses interprétations … mais, à mon avis :

  • l’humain doit rester primordial, car sans lui la vie n’a plus de sens;
  • mais il doit impérativement comprendre sa place dans l’écosystème terrestre, son rôle en tant qu’être pensant, et ses responsabilités.

Je ne brode pas trop, car j’en suis bien incapable aujourd’hui, mais ce qui est sûr est que la transition est un phénomène holistique, qui englobe et revisite tous les aspects de la vie des humains : économique, technique, social, philosophique, poulpe, spirituel …

Et ça aussi, c’est extrêmement difficile … mais véritablement passionnant.

Ecologique ET sociale

J’avoue qu’au début de mes recherches, je me focalisais sur le volet écologique de la transition. Principalement parce qu’il me semblait qu’on allait surtout subir des catastrophes d’origine naturelle – la sécheresse et l’effondrement de la biodiversité me faisant particulièrement peur – et que ces mécanismes me semblaient particulièrement inertiels, donc très difficile à réparer une fois déréglés.

A l’inverse, il y a certes des risques liés aux humains (conflits, terrorisme, attaque numérique, crise économique majeure), qui peuvent certes mettre un pays à terre mais qui me semblaient beaucoup plus gérables … parce que de l’ordre social/économique/politique.

Deux notions qui s’enrichissent mutuellement

En fait, il faut associer les deux volets. Pour les raisons suivantes :

  • de plus en plus de chocs directement liés aux humains (conflits, etc) seront indirectement liés à la nature. Je parlais des réfugiés climatiques un peu plus haut, pour ne citer que cela.
  • si la seule solution est de travailler sur la transition, ce sera très difficile de la réaliser sans un accompagnement social fort.

Pourquoi cet accompagnement ? D’abord parce que peu de gens sont prêts à changer leurs habitudes du jour au lendemain (nous tous y compris), pour plein de raisons allant du neurologique à la pression du conformisme.

Surtout parce que nous sommes « câblés » pour nous préoccuper d’abord du court terme avant d’envisager le long terme. « Fin du monde, fin du mois, même combat » pouvait-on entendre dans le sillage des Gilets Jaunes : c’est à la fois faux et vrai, les temporalités étant opposées, mais une préoccupation ne pouvant être résolue indépendamment de l’autre.

C’est écrit petit, mais on voit en tout 24 « chantiers » aussi bien écologiques que sociaux dans la « Fresque de la Renaissance Ecologique« , un outil concret développé par Julien Dossier et qui me semble particulièrement intéressant pour aborder la transition

Je simplifie à outrance, mais l’idée est là : la société libérale a hélas accru les inégalités sociales sous de très nombreuses formes (sans parler de situations pire, famines, guerres, pénuries dans de nombreux pays).

Une démarche nécessairement collective

Tout cela ne serait pas forcément nécessaire si la transition écologique pouvait se réaliser en top-down, autrement dit de manière imposée, voire autoritaire, par un petit groupe de personnes dirigeantes (gouvernement, entreprises, collectivités …) à grand coup de technologie et d’investissement.

Ce n’est pourtant pas possible, ni même souhaitable :

  • car les pratiques individuelles comptent pour beaucoup dans l’atteinte à la nature (consommation, déplacements, loisirs …). Etant donné le caractère d’urgence évoqué plus haut, on ne pourra pas se contenter de changer son cross-over diesel contre une Tesla électrique, ça ne suffira pas et ne sera pas assez rapide.
  • car il semble y avoir une véritable attente de nombreux individus pour travailler ensemble au changement. Nous sommes globalement conscients qu’il y a un problème environnemental, même si les mécanismes et les enjeux ne sont pas clairs pour tout le monde. En même temps, les inégalités sociales étant une forme de déséquilibre, elles « demandent » à être résolues. Et quelle meilleure manière de faire émerger des solutions pour le plus grand nombre, si ce n’est en le faisant participer ?
Photo d’une réunion en « intelligence collaborative » à Epicentre Factory. De nombreuses techniques d’animation permettent de faire émerger des propositions communes à partir de groupes hétéroclites / Crédit photo : éditeur

C’est un des principes fondamentaux des tiers-lieux dont je suis convaincu : la diversité des points de vue génère de la richesse dans les idées. A condition de les faire coexister pacifiquement, voire de les croiser et de les co-fertiliser. « Construire ensemble » est certes un processus plus long et potentiellement plus complexe, mais il est plus riche et bien plus pérenne que tout ce qui sera imposé d’en haut.

Ainsi, la transition ne pouvant être imposée au risque de ne jamais « prendre », elle doit être acceptée par la grande majorité. Il faut traiter au même niveau les volets écologiques et sociaux, dans ses pistes de solutions autant que dans ses prérequis.

Donc : transition écologique ET sociale.

Pour conclure (je reprends le résumé du début):
– nous allons vivre rapidement plusieurs chocs au moins aussi graves que celui du Covid-19, la plupart étant d’origine naturelle;
– il faut pouvoir les « encaisser » en les anticipant, les préparant et les dépassant : c’est la résilience;
– mais, pour réduire peu à peu la gravité et la fréquence de ces chocs, il faut réparer les bêtises commises par notre illusion de supériorité, et avec un caractère d’urgence. Ca, c’est la transition, la recherche d’un nouvel état sociétal basé sur un paradigme différent dans notre relation avec la nature;
– si cette transition a un volet écologique évident, elle ne peut se faire sans une approche sociale complète, pour dépasser les « blocages » liés aux inégalités sociales, mais aussi parce qu’une solution élaborée par le plus grand nombre sera plus riche et plus pérenne. D’où la notion de « transition écologique et sociale« 

Reste à traiter l’intérêt majeur d’agir au niveau territorial, et c’est par ici.

Damien