Virus de Lassa / Crédit photo : NIH (Wikimedia Commons, domaine public)

Résilience immunitaire : aider son corps à se défendre

Que ce soit en période d’épidémie ou non, il est toujours bon de renforcer ses défenses immunitaires. La résilience sanitaire passe aussi par là ! Quatre spécialistes témoignent.


Cliquez sur les intitulés sur fond noir ci-dessous pour en dérouler le contenu

Accès direct aux interviews

Immunité

Deux « systèmes de défense », l’un inné, l’autre adaptatif, permettent à notre corps de se défendre contre les agressions extérieures. Les connaître permet à la fois de mieux comprendre l’intérêt de réactions telles que l’inflammation ou la fièvre, mais aussi de s’intéresser au rôle des barrières telles que les muqueuses. – avec Sophie-Laure Rigaldo, naturopathe

Lire l’interview
Sommeil

C’est un temps absolument vital pour « recharger les batteries », mais aussi pour nettoyer le corps des toxines, réparer l’usure normal, faire le tri dans la mémoire et les émotions. Et il existe de nombreuses bonnes pratiques pour l’améliorer – avec Sophie-Laure Rigaldo, naturopathe

Lire l’interview
Stress

Les systèmes sympathique et parasympathique s’équilibrent en temps normal. Mais notre mode de vie nous pousse à sur-solliciter le système sympathique, notamment par le stress. Efforçons-nous de rééquilibrer notre corps pour retrouver l’équilibre naturel – avec Virginie Rossigneux, coach en intelligence émotionnelle

Lire l’interview
Alimentation

Privilégier les aliments naturels (le moins transformés possible) et d’origine végétale : ce sont les conseils principaux pour améliorer son alimentation et notamment renforcer le microbiote intestinal, une des principales défenses immunitaires de l’organisme. – avec Matthieu Bonjour, coach en santé durable

Lire l’interview
Sport

Toute pratique sportive est bénéfique ! A condition d’y aller progressivement, surtout quand on débute. Le plus grand ennemi du corps humain étant la sédentarité, les bénéfices de l’activité physique pour la santé et l’immunité sont nombreux – avec Guillaume Gauvin, kinésithérapeute

Lire l’interview

Pourquoi cet article ?

J’étais personnellement surpris de constater que très peu d’articles, durant la crise sanitaire et même aujourd’hui, parlent de nos défenses immunitaires. Il semble que nos seuls recours soient exogènes, comme avec les vaccins, les traitements, les gestes barrière ou le confinement.

Les explications sont nombreuses, du manque d’intérêt médical au problème des modes de vie à l’absence de vrai business dans le domaine, en passant par la volonté (supposée) de nombreux concitoyens qu’on leur apporte des solutions extérieures, préparées et imposées …

Pourquoi ne pas profiter du temps de ce semi-confinement pour renforcer nos défenses immunitaires ? Il me semble que c’est un axe primordial de la résilience immunitaire, puisque le plus petit « territoire » est … notre corps humain.

Je me suis alors tourné vers quatre personnes proches dans mon entourage, tous passionnés de santé et de bien-être dans leurs pratiques respectives, et dont je connaissais la valeur des conseils. Tous mettent en avant des pistes d’amélioration de nos modes de vie, accessibles à tous.

Damien


Immunité : un système efficace

Le corps est naturellement conçu pour se protéger, grâce aux systèmes de défense « inné » et « adaptatif ». Rapide tour d’horizon du fonctionnement de l’immunité naturelle de nos organismes

L’intervenante : Sophie-Laure Rigaldo

Sophie-Laure est conseillère en naturopathie. Spécialisée sur les questions féminines, elle accompagne néanmoins toute personne voulant retrouver sa vitalité, la garder, ou ayant des pathologies diagnostiquée et souhaitant un accompagnement en alimentation, gestion émotionnelle, ou dans l’utilisation des plantes ou des huiles essentielles.

« Nous ne sommes pas médecins, nous ne posons aucun diagnostic » insiste-t-elle, en se référant à la définition de la naturopathie par l’OMS. « Mais on aide la personne sur le chemin de la vitalité, en renforçant ses défenses, son corps et donc l’immunité »

Voir la page Facebook pro de Sophie-Laure : Solo Naturo

Comment fonctionnent les défenses du corps humain face aux agressions extérieures ?

Le principe de l’immunité, c’est que le corps est normalement capable de se défendre face à toute substance étrangère ou pathogène. A condition de lui en donner les moyens.

Si l’on résume grossièrement le système immunitaire, il y a deux lignes de défense dans notre corps. La première ligne est ce que l’on appelle le système de défense “inné”, l’immunité non-spécifique : les barrières physiques comme la peau, les poils du nez ou les muqueuses – tout ce qui tapisse les parois en contact avec l’extérieur, même dans l’estomac et l’intestin. Pour entrer dans le sang et la lymphe, [les agents pathogènes] doivent traverser ces muqueuses. 

Le corps est normalement capable de se défendre face à toute substance étrangère ou pathogène.

Sophie-Laure Rigaldo

Dans le cadre de l’immunité non spécifique, le corps peut [alors] avoir des réactions immédiates : l’inflammation par exemple, suite à une coupure, permet de “circonscrire” le problème et de le traiter localement. La fièvre également, est un système de défense “non spécifique”, puisque l’augmentation de la température va booster les défenses et ralentir le développement des pathogènes. La fièvre (…) est donc le signe d’une réaction de notre corps et est bénéfique tant qu’elle est contrôlée et que le corps a un bon état de vitalité pour la supporter

La deuxième ligne de défense est le système de défense “adaptatif”, l’immunité acquise, si l’agent pathogène passe les premières barrières. Principalement grâce aux globules blancs – les lymphocytes B et T : les B sécrètent des anticorps dédiés aux antigènes du virus ; les T détruisent par contact les cellules infectées. L’immunité acquise permet de développer une mémoire, donc on aura une défense plus rapide et plus efficace.

Tous les êtres vivants [disposent d’une] immunité. Mais elle diminue globalement avec l’âge et avec certaines maladies … également avec les habitudes de vie qui peuvent faire la différence.

Le SARS-CoV-2 (le virus), à l’origine de la Covid-19 (la maladie). Comme tous les agresseurs, il doit d’abord traverser nos deux systèmes de défenses biologiques avant de nous infecter / Crédit photo : NIAID RML (Wikimedia Commons, CC BY 2.0)

Quelles sont ces “bonnes” habitudes de vie à adopter pour renforcer son immunité ?

Une bonne immunité est pluri-factorielle. Je compare souvent avec une voiture. On va parfois d’ailleurs plus bichonner sa voiture que son propre corps : on l’alimente avec ce qui lui convient (de l’essence ou du gazole – cela ne nous viendrait pas à l’idée de remplir le réservoir d’eau), on l’entretient régulièrement (changement de l’huile, des plaquettes…), on s’assure que les gaz d’échappements circulent et s’échappent … 

Une bonne immunité est pluri-factorielle.

Sophie-Laure Rigaldo

Pour le corps humain, c’est la même chose:

  • il faut lui donner des apports qui correspondent à ses besoins;
  • il faut s’assurer que les déchets soient correctement évacués;
  • il faut faire en sorte que sa mécanique fonctionne bien.

Cela implique d’avoir une alimentation adaptée, des systèmes d’évacuation des déchets en état de marche (les fameux émonctoires), mais aussi une bonne gestion émotionnelle et une activité physique adaptée (idéalement dehors en profitant du soleil, principal moyen d’avoir suffisamment de vitamine D pour notre immunité).

A l’intérieur du corps, comme à l’extérieur, tous les systèmes sont en lien ! C’est un engrenage.


Sommeil : recharger les batteries

Les principes de l’immunité naturelle étant posés, voyons en détail plusieurs « points de vigilance » sur lesquels nous pouvons facilement agir pour renforcer nos défenses. Toujours avec Sophie-Laure, petit zoom sur le sommeil, temps vital de rechargement, de réparation et de nettoyage de notre organisme.

Le sommeil est capital, notamment pour reconstruire ses défenses. Comment l’améliorer ?

On sait naturellement qu’en étant fatigué on est plus sujet aux agressions extérieures. Pendant le sommeil, le corps prend le temps de se restaurer, de se nettoyer et de cicatriser. Parce que l’énergie peut y être dirigée, alors que pendant la journée elle sert à autre chose : digérer, bouger, réfléchir … l’énergie n’est pas extensible. Le repos est une phase capitale pour être moins vulnérable aux infections, parce que le corps reconstitue ses défenses.

Pendant le sommeil, le corps prend le temps de se restaurer, de se nettoyer et de cicatriser.

Sophie-Laure Rigaldo

Pour mieux dormir, il y a plein de conseils de base :

  • mieux organiser ses journées : éviter le sport cardio le soir, les écrans dans son lit … et privilégier des activités plus calmes, rituelles, et les heures de coucher (et de lever) régulières. Dédier la chambre au sommeil et à l’activité sexuelle, rien d’autre;
  • prendre certaines plantes aux vertus apaisantes, mais le choix dépend de la situation (difficulté à s’endormir, réveils nocturnes …). Je pense particulièrement à la valériane ou la passiflore qui faciliteront le sommeil naturel.
Plusieurs « bonnes pratiques » existent pour améliorer son sommeil, une des clés pour un système immunitaire performant / Crédit photo : Rachel Calamusa (Wikimedia Commons, CC BY SA 2.0)

As-tu également des conseils alimentaires pour faciliter le sommeil ?

[Principalement,] éviter le repas trop lourd le soir : en effet, si le corps a besoin de beaucoup de temps pour digérer (ce qui est le cas si l’on mange un repas « lourd » ou trop copieux), c’est autant de temps qu’il ne passera pas à s’occuper de son nettoyage et de sa réparation.

Il est également recommandé d’éviter les protéines animales le soir. En effet, l’hormone du sommeil est la mélatonine. Pour la sécréter correctement, il faut avoir un taux suffisant de sérotonine, qui est son neurotransmetteur précurseur également responsable de la régulation de l’humeur. Un manque de sérotonine entraînera donc des difficultés d’endormissement, des réveils nocturnes, mais aussi de l’irritabilité, de l’agressivité ou encore des compulsions alimentaires.

Il est également recommandé d’éviter les protéines animales le soir.

Sophie-Laure Rigaldo

La sérotonine, elle, a pour précurseur un acide aminé, le tryptophane. Ce dernier est notamment présent dans les aliments glucidiques comme les fruits, les légumes et les céréales complètes. Mais son assimilation sera perturbée par les protéines (viandes, laitages), qu’il faut donc limiter le soir et réserver au début de journée.

A noter enfin que le sommeil, ce n’est pas bénéfique que pour l’immunité. Le corps va profiter du repos pour réparer ce qui doit l’être par exemple. C’est aussi le moment où l’on emmagasine sa mémoire notamment, où on “fait le tri” de ce qui nous est arrivé dans la journée. 7 heures de sommeil sont généralement le minimum pour garder un corps en pleine vitalité … et être prêt à une nouvelle journée !

Propos recueillis le 14 mai 2020, mis en forme pour plus de clarté puis relus et corrigés par Sophie-Laure. Crédit photo de Une : Sophie-Laure Rigaldo


Stress : une question d’équilibre

Les systèmes sympathique et parasympathique s’équilibrent en temps normal. Mais notre mode de vie nous pousse à sur-solliciter le système sympathique, notamment par le stress. Efforçons-nous de rééquilibrer notre corps pour retrouver l’équilibre naturel.

L’intervenante : Virginie Rossigneux

Virginie est coach professionnelle – individuelle et d’équipe – avec une spécialité sur l’intelligence émotionnelle et interpersonnelle. « Dans les processus de décision, il y a une composante émotionnelle forte. » insiste-t-elle. « Etant attachée à la performance, il est nécessaire de prendre [la composante émotionnelle] en compte – et elle ne passe pas par le cognitif et l’objectif. » L’intelligence émotionnelle se travaille notamment en groupe, « parce que la performance s’organise dans un groupe, lieu de socialisation, de transformation, d’innovation … »

Virginie est également danse-thérapeute. « J’ai un grand souci de performance, ce qui m’a poussé à devenir très jeune pro de la danse« . Ce qui l’a poussée à mieux comprendre le processus de pensée par la philosophie – elle possède un DEA dans cette matière – puis à accompagner les femmes et les hommes avec la dimension corporelle et artistique.

Voir le site de Virginie : www.virginierossigneux.com
Contacter Virginie par mail : virginie@rossigneux.net

Nous sommes tous régis par un équilibre entre deux “systèmes nerveux”, sympathique et parasympathique. Quels sont-ils ?

Ce sont des systèmes nerveux autonomes qui contrôlent des activités importantes du corps, comme la digestion ou les battements du cœur. Le système sympathique permet de se défendre : montées d’adrénaline, augmentation de la pression artérielle, stimulation des muscles pour courir, réaction au froid … alors que le système parasympathique aide l’organisme à se reposer et à digérer, au relâchement musculaire, nerveux … ce qui entraîne aussi une meilleure oxygénation des cellules. On dit [d’ailleurs] qu’on grandit la nuit, car il y a une assimilation durant le repos de l’énergie accumulée et mobilisée pendant l’activité.

Le système sympathique permet de se défendre, alors que le système parasympathique aide l’organisme à se reposer et à digérer.

Virginie Rossigneux

Ces deux systèmes fonctionnent de concert, et s’équilibrent en temps normal – on parle alors d’homéostasie. Le stress est une cause majeure de la rupture de cet équilibre.

Comment analyses-tu l’impact du stress sur notre organisme ?

Le stress mobilise beaucoup d’énergie qu’on n’évacue pas. C’est pourquoi le sport, par exemple, est très conseillé pour évacuer l’énergie accumulée en situation de stress. 

Le stress mobilise beaucoup d’énergie qu’on n’évacue pas.

Virginie Rossigneux

Dans ces moments, le système nerveux sympathique va fonctionner à plein en augmentant entre autre la pression artérielle. Cela entraîne une augmentation des hormones endocriniennes (cortisol, testostérone par exemple), stimulées par le stress et nécessaires pour répondre à une situation donnée. Elles peuvent être nécessaires pour répondre à des agressions, mais il faut les évacuer après, et surtout ne pas les laisser emmagasinées dans les tissus, les viscères, etc. 

L’action du système parasympathique permet de relâcher cette énergie qui est en trop-plein, donc de revenir à un équilibre homéostatique.

La méditation, comme le travail sur la respiration, permettent de mieux solliciter le système parasympathique / Crédit photo : Kanzeon Zen Center (Wikimedia Commons, CC BY 2.0)

Quelles pratiques conseilles-tu pour diminuer son stress ?

Commencer par mieux respirer. Au quotidien, on inspire beaucoup, on expire pas assez : on ne vide jamais ses poumons complètement ! Seuls les sportifs y parviennent parce qu’ils ont appris à le faire. Or, dans les crises d’angoisse ou le stress en général, i y an une hyperventilation. Et l’inspiration sollicite le système sympathique, et l’expiration, le parasympathique  …

Au quotidien, on inspire beaucoup, on expire pas assez : on ne vide jamais ses poumons complètement !

Virginie Rossigneux

Également, se relier à la nature. Marcher, écouter, sentir … pour sortir de la connexion, de la rapidité. La “prise de terre” est capitale, parce que la résilience c’est sortir de l’instantané et comprendre les processus de l’évolution. C’est se reconnecter au vivant, mais aussi respirer en étant attentif à son expiration, pour faire fonctionner le para-sympathique.

En général, toutes les pratiques physiques et corporelles – sophrologie, yoga – synchronisées avec la respiration stimulent correctement le système parasympathique. On peut par exemple “se centrer sur une chaise” : s’installer confortablement sur sa chaise, le dos étant droit et aligné avec le bassin, et surtout, les pieds posés au sol. Décroiser les jambes, fermer les yeux, laisser les épaules tranquilles. Et là, inspirer par le nez, expirer par la bouche mais plus lentement que l’inspiration, en imaginant que l’air sort par les pieds.

La “prise de terre” est capitale, parce que la résilience c’est sortir de l’instantané et comprendre les processus de l’évolution.

Virginie Rossigneux

On peut le faire trois fois, en visualisant le chemin de l’air dans tout son corps. Enfin, “ouvrir son espace kinesthésique” : sentir que ses épaules sont reliées à la pièce, comme si elles étaient chacune connectées à un mur. Je le fais plusieurs fois par jour, et surtout quand je sens que je suis en stress, avant de prendre la parole par exemple. 

Comment cela permet-il de rééquilibrer les deux systèmes nerveux ?

Au niveau de l’imagerie cérébrale, ces exercices de conscience corporelle et de respiration reconnectent avec le néo-cortex : en situation de stress, on est plutôt connecté avec le cerveau limbique, émotionnel – la partie du cerveau qui réagit le plus vite, car c’est celle qui est liée aux réactions de survie.

Or, le cortex préfontal gauche, qui “tempère” les émotions et les sentiments, permet la prise de recul. Ces exercices permettent de ralentir … et donc de rééquilibrer progressivement les connexions cérébrales. On revient à la question de l’équilibre.

Propos recueillis le 19 mai 2020, mis en forme pour plus de clarté puis relus et corrigés par Virginie. Crédit photo de Une : Virginie Rossigneux


Alimentation : passez au vert

Privilégier les aliments naturels (le moins transformés possible) et d’origine végétale : ce sont les conseils principaux pour améliorer son alimentation et notamment renforcer le microbiote intestinal, une des principales défenses immunitaires de l’organisme.

L’intervenant : Matthieu Bonjour

Matthieu a grandi à proximité de Clermont-Ferrand où il a effectué ses études de médecine. Passionné par la transversalité de la médecine, il a choisi de se spécialiser en Médecine Interne.

Il souhaite améliorer la qualité de vie des malades et agir plus profondément sur les causes de leurs pathologies. Plus généralement, il vise à participer activement à la prévention de certaines maladies chroniques.

Actuellement interne en médecine en Lorraine, Matthieu propose, en présentiel ou à distance, un accompagnement à la « santé durable » par l’alimentation et le mode de vie (sommeil, activité physique…). L’objectif est d’obtenir une amélioration sur le long terme de la santé et du bien-être (qualité de sommeil, perte de poids, performance et récupération sportives…).

Il s’agit d’un accompagnement qui ne substitue pas à un suivi médical et n’a donc pas vocation à diagnostiquer, prescrire ou gérer un traitement. 

Voir le site de Matthieu : www.coachingsantedurable.com

Une séance de découverte est offerte pour faire le point sur vos objectifs et définir un plan d’action.

Contacter Matthieu par mail : matthieu@coachingsantedurable.com

Dans la pandémie du Covid-19, le surpoids est un des principaux facteurs aggravants. Quel est selon toi l’enjeu sanitaire des maladies chroniques ?

Pour le Coronavirus, en France, plus de 80 % des patients en réanimation sont en surpoids, ou obèses. On retrouve la même tendance aux États-Unis et dans les autres pays où l’excès de poids est un facteur de risque indépendant de gravité. Par ailleurs, les autres maladies chroniques déjà présentes chez un patient telles qu’un diabète mal équilibré, une hypertension, multiplient le risque de passage en réanimation par deux à trois. Et la BPCO (Broncho-Pneumopathie Chronique Obstructive), causée à 90 % par le tabac, le multiplie par six !

Le vrai fléau dans le monde, ce sont les maladies chroniques.

Matthieu Bonjour

Le vrai fléau dans le monde, ce sont les maladies chroniques. Un tiers de la population française est atteinte d’au moins une de ces maladies. Cela représente plus de 80 % des causes de la mortalité et du budget de la Sécurité Sociale. Les maladies chroniques incluent notamment des cancers, les maladies de l’appareil respiratoire, le diabète, les maladies cardio-vasculaires – infarctus, embolies pulmonaires…- et cérébro-vasculaires – Accident Vasculaire Cérébral (AVC), Accident Ischémique Transitoire (TIA) -, etc.

Un adulte obèse : 182 kg à 25 ans. L’obésité est sans doute le principal facteur de co-morbidité pour la Covid-19 / Crédit photo : FatM1ke (Wikimedia Commons, domaine public)

À quoi cela est-il dû ? La génétique a parfois une part de responsabilité, mais toujours mineure, disons de 10 à 15%. Le mode de vie est grandement prépondérant. Pour résumer, on peut dire que “la génétique charge le pistolet, et que le mode de vie appuie sur la détente”. On le constate quand on étudie des populations sans problème de maladie chronique : dès lors qu’elles intègrent un pays occidental ou adoptent leur mode de vie – par exemple les populations d’Hawaï, ou certains pays d’Asie – ces maladies apparaissent.

Pour résumer, on peut dire que “la génétique charge le pistolet, et que le mode de vie appuie sur la détente”

Matthieu Bonjour

Par ailleurs, regardons les populations mondiales qui vivent le plus longtemps en bonne santé : Okinawa au Japon, Icarie en Grèce, certaines parties de la Sardaigne …. Quel est le secret de leur longévité ? Le point commun est une alimentation avec au moins 90% de produits d’origine végétale, peu ou pas transformés. Également, une activité physique modérée, mais régulière – la marche, par exemple, pour le pastoralisme, le jardinage… – et d’autres points comme la gestion du stress, ou l’appartenance à une communauté (interactions sociales).

Tu es passionné par l’alimentation. Comment peut-on changer ses habitudes à ce niveau ?

Le principal problème vient de l’alimentation trop riche en aliments ultra-transformés et en calories d’origine animale. Les aliments ultra-transformés sont caractérisés par l’ajout d’au moins un ingrédient pour imiter ou restaurer les propriétés sensorielles perdues lors du processus d’ultra-transformation. Il existe plusieurs degrés de transformation des aliments, mais concrètement, c’est ce qui ne ressemble à rien de trouvable dans la nature : bonbons, barres chocolatées, biscuits industriels …

En gros, plus on privilégie les produits naturels, variés, de saison et mieux c’est. Cela implique aussi d’éviter les chaînes logistiques longues avec des produits à longue conservation que l’on trouve dans la grande distribution.

Le principal problème vient de l’alimentation trop riche en aliments ultra-transformés et en calories d’origine animale.

Matthieu Bonjour

On sait en outre que ce sont les végétaux qui vont véritablement apporter les vitamines, minéraux, antioxydants et phytonutriments par rapport aux produits d’origine animale. On aura donc un organisme qui aura ce dont il a besoin, tout en diminuant fortement les chances de maladies chroniques, comme le diabète ou les maladies cardio-vasculaires. 

Quel est le problème posé par les produits d’origine animale ?

Les produits animaux sont riches en acides gras saturés et peuvent parfois contenir des hormones, des métaux lourds, divers composés toxiques. Il ne faut pas oublier le risque infectieux non négligeable représenté par les salmonelles, les Escherichia coli, le Campylobacter, etc.

Il existe aussi ce que l’on appelle le principe de bio-accumulation : un animal vivra un certain temps avant d’être abattu. Pendant sa vie, il va accumuler des toxines, notamment en se nourrissant de végétaux contaminés (par des engrais chimiques ou des pesticides, par exemple). Le végétal est de toute façon préférable, entre autres pour cette raison.

As-tu des conseils spécifiques pour améliorer son immunité par l’alimentation ?

[Une généralité importante à saisir :] il n’existe pas d’aliments ni de compléments en vitamines miracle.

Par exemple, on cite souvent le zinc pour son efficacité à réduire la sévérité et la durée des rhumes. La vitamine C et la vitamine D sont également connues pour leurs rôles importants dans l’immunité. On retrouve de la vitamine C principalement dans les légumes verts et agrumes, et la vitamine D qui provient principalement de l’exposition au soleil et des poissons gras. En réalité, les effets bénéfiques en supplémentation de ces nutriments ont été démontrés principalement en cas de carence préexistante.

Il n’existe pas d’aliments ni de compléments en vitamines miracle.

Matthieu Bonjour

Pour éviter l’excès d’inflammation, il faudrait augmenter son apport en Omégas 3 au détriment de celui en Omégas 6. (…) Le problème est que notre “mode de vie occidental” est très inflammatoire. Beaucoup de gens vivent dans l’inflammation “à bas bruit”, due à l’alimentation, mais aussi au stress, au manque de sommeil, à la pollution intérieure et extérieure, etc. Les maladies chroniques citées tout à l’heure sont très liées à une inflammation excessive.

Notre “mode de vie occidental” est très inflammatoire

Matthieu Bonjour

Dans la “tempête inflammatoire” (“orage de cytokines“) déclenchée par la maladie infectieuse respiratoire appelée Covid-19, c’est le système immunitaire qui s’emballe : il sur-réagit et peut causer de plus importants dégâts que le virus lui-même.

Quelle est l’importance de la “flore intestinale” ?

Un microbiote intestinal en bonne santé est capital. Il représente 70% du système immunitaire, car c’est l’interface principale du corps, mais aussi un lieu de production de substances ayant une action systémique bénéfique. Il est composé principalement de bactéries en très grand nombre qui doivent être en “bonne santé”. Cela passe essentiellement par la consommation de fibres qui le nourrissent (exclusivement contenues dans les végétaux). 

Le microbiote intestinal représente 70% du système immunitaire.

Matthieu Bonjour

À partir de la fermentation de ces fibres, les bactéries vont produire, par exemple, des “acides gras à chaînes courtes“ qui auront de nombreux effets systémiques sur le système immunitaire. Il est donc important de consommer suffisamment de fibres, une quantité minimum quotidienne de 30 grammes, même idéalement de 40 grammes. Or, les Français n’en consomment en moyenne que 20. 

On trouve des fibres dans tous les végétaux, majoritairement dans les céréales complètes, les légumineuses et les fruits à coque et les graines oléagineuses. Mais attention : les fibres ajoutées dans les produits ultra-transformés n’ont pas les mêmes effets bénéfiques que celles contenues dans les aliments entiers !

Petite assiette de légumes sympathiques, qui apporte nutriments, vitamines et fibres nécessaires / Crédit photo : Acabashi (Wikimedia Commons, CC BY SA 4.0)

Tu recommandes d’être modéré, même quand on veut améliorer son immunité …

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que dans les maladies infectieuses, une faiblesse du système immunitaire et une réaction disproportionnée de celui-ci peuvent entraîner le décès. Ce qui est particulièrement vrai pour la Covid-19. On comprend alors que ce n’est peut-être pas une si bonne idée de vouloir absolument “booster” son système immunitaire plus que de raison. Comme souvent en médecine, la réalité est bien plus complexe qu’il n’y paraît et il y a beaucoup de choses que l’on ignore ou que l’on ne comprend pas.

Le véritable secret serait d’aider le corps à maintenir au mieux un certain équilibre (homéostasie) afin qu’il puisse lutter au mieux contre l’infection. C’est pour cela qu’il faut faire attention à son alimentation et à son mode de vie. En effet, si on lui donne ce dont il a besoin (vitamines, minéraux, antioxydants…), et que l’on réduit les sources d’agression (produits ultra-transformés, alimentation trop riche en calories d’origine animale, etc.) il sera plus “armé” pour lutter efficacement contre l’infection. Le corps humain est à la base une machine sophistiquée, très intelligente.

Le véritable secret serait d’aider le corps à maintenir au mieux un certain équilibre (homéostasie) afin qu’il puisse lutter au mieux contre l’infection.

Matthieu Bonjour

Au-delà de cela, les bénéfices sont très importants pour la santé globale, car tout est lié. Bien entendu, il existe toujours des exceptions à cette règle générale (personnes qui n’ont jamais fumé atteintes d’un cancer du poumon, etc.). [Mais] on sait cependant comment optimiser ses chances de plus vivre plus longtemps et en bonne santé !

Propos recueillis le 19 mai 2020, mis en forme pour plus de clarté puis relus et corrigés par Matthieu. Crédit photo de Une : Matthieu Bonjour


Sport : éviter la sédentarité

Toute pratique sportive est bénéfique ! A condition d’y aller progressivement, surtout quand on débute. Le plus grand ennemi du corps humain étant la sédentarité, les bénéfices de l’activité physique pour la santé et l’immunité sont nombreux.

L’intervenant : Guillaume Gauvin

Kinésithérapeute professionnel depuis 1993, Guillaume s’est installé à Clermont en 2000. Il pratique la kiné libérale dans le quartier du 1er mai, traitant beaucoup de sportifs mais pas exclusivement. « Il est important de s’occuper de tout le monde. » précise-t-il.

C’est aussi un sportif convaincu : « Je pratique depuis longtemps de la course à pied, plus du ski, du vélo dont VTT et route, l’escalade, la randonnée, l’alpinisme … je suis très attiré d’une manière générale par les sports nature.« 

Contacter Guillaume par téléphone : 06 33 51 44 63

Le sport est bénéfique pour la santé et l’immunité. Quels sports pratiquer et comment ?

On a souvent une vie sédentaire. [Pour lutter contre cela,] une pratique sportive régulière est une bonne chose. Toutes les activités exercées correctement sont bénéfiques ! 

On distingue les sports d’endurance dits « cardio » qui font travailler le cœur, ceux qui entretiennent muscles et articulations tels que la gymnastique, le Pilates, le yoga, etc. Certains combinent les deux, comme les sports de combat ou les sports collectifs. 

Toutes les activités exercées correctement sont bénéfiques !

Guillaume Gauvin

Cependant il faut respecter certaines règles : [en fait,] il n’y a pas de mauvais sports mais plutôt de mauvaises pratiques. La sédentarité est à proscrire mais l’excès de sport peut être dangereux. Il faut guider les pratiquants, les conseiller.

On dit que certains sports peuvent tout de même fragiliser l’organisme. Qu’en penses-tu ?

Certains sports sont plus traumatisants que d’autres et leurs pratiques nécessitent des précautions. Cependant, les risques encourus restent mineurs par rapport à une sédentarité accrue.

Encore une fois, c’est plutôt la pratique qu’il faut adapter et ajuster à ses besoins. Chaque sport peut être bénéfique [s’il est bien pratiqué]. [Ainsi], trop de contraintes sur un tendon ou un muscle peuvent engendrer des blessures … [mais] ces mêmes contraintes en quantité raisonnable renforcent l’organisme.

C’est la pratique qu’il faut adapter et ajuster à ses besoins

Guillaume Gauvin

Écouter son corps avec objectivité peut être une règle à suivre. La douleur est une information – un message du corps – à prendre en compte. Un marathonien n’augmentera pas son volume d’entraînement à l’approche de la compétition si ses tendons d’Achille sont déjà douloureux.

David Bizet, athlète handisport, arrive au Trocadéro lors du Marathon de Paris 2014. Selon Guillaume, tout sport correctement pratiqué est bénéfique pour l’organisme et son immunité / Crédit photo : Marie-Lan Nguyen (Wikimedia Commons, CC BY 3.0)

Quels sont tes conseils pour commencer la pratique du sport ?

Deux activités par semaine sont suffisantes pour un débutant. L’idéal est de mixer de l’endurance : marche, course ou vélo, et une activité de type « gym » où l’on travaille souplesse et renforcement musculaire. Ces deux heures de sports complémentaires assurent une bonne santé

On dit souvent qu’avec deux entraînements par semaine, on s’entretient. A partir de trois entraînements, on progresse. Les athlètes de bon ou de haut niveau s’entraînent beaucoup plus.

Deux activités par semaine sont suffisantes pour un débutant.

Guillaume Gauvin

Pour être conseillé et suivi, il y a les clubs, ce qui permet d’avoir un groupe d’entraînement et un programme. L’utilisation d’internet peut être aussi utile. Attention toutefois aux exercices proposés : une vidéo ne remplace pas un coach !

Quel est le lien entre immunité et pratique sportive ?

Un corps en bonne santé fonctionne mieux et ses défenses immunitaires s’en trouvent renforcées. Une activité physique même légère (mais adaptée) pour des patients affaiblis ou malades améliore nettement leur état de santé.

Un corps en bonne santé fonctionne mieux et ses défenses immunitaires s’en trouvent renforcées.

Guillaume Gauvin

L’intérêt psychologique est tout aussi important. On n’est pas dans la performance mais dans la progression. Le patient est acteur de sa santé et tend vers l’autonomie. On n’est jamais aussi bien soigné que par soi-même.

Propos recueillis le 19 mai 2020, mis en forme pour plus de clarté puis relus et corrigés par Guillaume. Crédit photo de Une : Guillaume Gauvin.