Nicolas Bonnet : « Il ne faut pas avoir peur de certains changements. »

*DOSSIER SPECIAL* L’élu écologiste revient en détail sur le rôle du politique dans la transition, les avancées du mandat précédent et les projets à venir d’ici 2026.


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Pourquoi cet article ? *DOSSIER SPECIAL*

Cet entretien est réalisé dans le cadre d’un Dossier spécial sur les municipales 2020 à Clermont : comment les trois listes présentes envisagent de traiter les enjeux de la transition écologique et sociale et de la résilience territoriale ?

Pour vous faire un avis le plus éclairé possible, rien de tel que de prendre connaissance des différents points de vue exprimés à travers les entretiens proposés 🙂

Voir le reste du dossier spécial municipales 2020 sur Tikographie

Damien

L’intervenant : Nicolas Bonnet

Nicolas est adjoint à la mairie de Clermont en charge de l’eau, de l’énergie et de la mobilité. Il est également conseiller communautaire à Clermont Auvergne Métropole. Militant écologiste de longue date, membre de Europe Ecologie les Verts [EELV], il souhaite avancer notamment sur la réduction de la place de la voiture en ville.

Suivre Nicolas sur Facebook : @NicolasBonnet63

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Qu’est-ce qui t’a motivé à entrer à EELV, à t’impliquer dans la politique locale et in fine à devenir élu municipal ?

La politique concerne tout le monde et tout le monde doit se sentir concerné par la politique. Depuis longtemps intéressé par cet univers, j’ai tardé à en devenir acteur car les postures traditionnelles ne me convenaient pas. Le débat « projet contre projet » y laissait trop souvent la place aux petites phrases assassines de la droite contre la gauche, et inversement, au détriment du débat d’idées.

J’ai fini par m’engager chez Les Verts (devenu depuis Europe Ecologie Les Verts) par adhésion aux idées portées par ce parti, mais aussi parce qu’il a un projet de société qui ne se limite pas à être “en opposition à” … Il s’agit d’un vrai projet sociétal (…), positif, constructif – même s’il faut aussi parfois savoir s’opposer à des initiatives, des acteurs ou des phénomènes comme la pollution.

Pour impulser le changement, il faut chercher comment faire autrement et expliquer ces alternatives.

En local, j’essaye de donner envie d’autre chose. (…) Il ne faut pas avoir peur de certains changements. [Pour y parvenir], on commence par montrer les incohérences de notre mode de vie actuel, par mettre des chiffres sur les dérives de notre modèle de société. Exemple : mesurer la qualité de l’air ou de l’eau. [Ensuite,] pour impulser le changement, il faut chercher comment faire autrement et expliquer ces alternatives. [Et, parfois,] interdire certaines pratiques néfastes pour tous !

Nicolas en opération tractage place de Jaude en 2017 / Crédit photo : Nicolas Bonnet (DR)

L’élu est-il la clé de voûte de la transition écologique territoriale ?

Par leur action, [les élus] ont les moyens de créer les conditions pour des changements de modes de vie. Mais il ne faut ni tout attendre [d’eux], ni inversement des citoyens : chacun a son rôle à jouer dans la transition écologique, [ils] sont en interaction permanente !

Plus les élus mettront en œuvre des politiques écologiques, plus les citoyens découvriront et apprécieront de nouvelles façons de vivre ensemble, et plus ils choisiront des élus ayant à cœur de pousser encore plus loin la transition.

Elus et citoyens ont chacun un rôle à jouer dans la transition écologique.

[Ainsi,] les élus ne vont pas nous imposer [la] sobriété si une bonne part de la population n’y est pas prête. Car [ils sont] à l’image des attentes de la société, pour une grande part. Par exemple, je ne dirais pas que l’Etat doit laisser brutalement couler Air France parce que « les avions polluent », ça laisserait de nombreuses personnes sur le carreau et d’autres compagnies prendraient la place. Il faut plutôt avoir le courage de légiférer pour qu’il y ait moins de déplacements aériens, réformer [ce secteur d’activité] d’un point de vue systémique.

Notre société est-elle prête à cette approche collaborative ?

Je pense que la solidarité est essentielle à l’équilibre d’une société et que nous en manquons actuellement, il faut la re-stimuler. Notre mode de vie tourné vers le consumériste et le productiviste nous pousse vers le chacun pour soi. Il y a un enjeu à en sortir de l’individualisme, à réaliser qu’on est tous dans le même bateau. [On constate d’ailleurs] une attente visant à faire davantage “société”, “écosystème” à l’échelle des bassins de vie. 

Lors d’un meeting avec Eva Joly à Vichy, en 2011, dans le cadre de EELV / Crédit photo : Nicolas Bonnet (DR)

As-tu perçu ce besoin suite à la pandémie du Covid-19 ?

On a plus perçu notre interdépendance. Des pans entiers de la société se sont arrêtés, et ça l’a mise en lumière. On a réévalué la valeur de nos différents biens et services, (…) et on a compris ce qu’est l’essentiel, d’autant plus qu’une partie de la population a encore, hélas, du mal à y accéder.

On constate une attente visant à faire davantage “société” à l’échelle des bassins de vie.

J’espère qu’une part de cette sobriété imposée, [issue] du confinement, pourra devenir une sobriété choisie, nécessaire pour éviter qu’à terme notre société ne s’effondre brutalement face à la crise environnementale. On a vu qu’on pouvait renoncer à des choses superflues sans pour autant que ça nous rende malheureux. [De toute façon,] on n’arrivera pas à changer la société sans une révolution des consciences.

Comment définis-tu la notion de résilience territoriale ?

Un territoire résilient, c’est un territoire capable de résister à des chocs, à des crises, il est donc primordial qu’il soit auto-suffisant pour satisfaire ses besoins essentiels. L’idée n’est pas de se couper d’apports extérieurs mais de les réduire et de les concentrer à ce qui est difficile voir impossible de produire localement (le chocolat, par exemple!), tout en produisant localement le maximum de ce dont nous avons besoin pour nous garantir une autonomie. Ainsi, s’il y a une crise, on peut la surmonter, quitte à changer ses habitudes, et notre survie et celle de notre système n’est pas mis en danger. 

On n’arrivera pas à changer la société sans une révolution des consciences.

De plus, une des grosses sources de gaz à effet de serre réside dans les transports. Produire localement ce dont on a besoin permet de réduire le besoin en transport, c’est bon pour la planète, ça recrée du lien entre le consommateur et le producteur, et ça permet de savoir d’où vient et comment a été produit ce que l’on consomme, ce qui nous invite à redonner de l’importance à la qualité et donc la durabilité de ce que l’on achète.

Lire l’entretien avec Marion Canalès sur la politique de résilience territoriale de la Métropole

Aujourd’hui, [le terme de résilience] matérialise bien l’objectif qu’on doit avoir ! Vers une société équilibrée et durable dans le temps, qui ne fasse pas reposer sur les générations futures les conséquences de nos [propres] comportements, présents ou passés.

Comment peut donc agir le politique dans le cadre de la société actuelle, et dans un but de résilience territoriale ?

L’évolution de notre société au cours des dernières décennies a progressivement déconstruit la résilience territoriale qui préexistait. Pour la retrouver, nous allons devoir accepter de nous questionner sur les principes qui régissent actuellement notre société. Ceci à l’aune des limites de notre planète, tel que le productivisme, le consumérisme, le scientisme.

Les citoyens et leurs élus ne doivent plus déléguer aux scientifiques ou aux financiers la direction de notre société.

Nous avons besoin de redonner du sens à notre “développement”, d’appliquer des préceptes tels que “science sans conscience n’est que ruine de l’âme”. Les citoyens et leurs élus ne doivent plus déléguer aux scientifiques ou aux financiers la direction de notre société ! Par exemple, pour le nucléaire, quand on a pu techniquement faire des centrales, il n’y a jamais eu de débat citoyen sur le sujet, alors que c’était un choix de société majeur.

La centrale nucléaire du Tricastin, sur le Rhône. Nicolas regrette l’absence de débat citoyen sur des sujets aussi impliquants pour la société / Crédit photo : Marianne Casamance (Wikimedia Commons, CC BY SA 4.0)

Tu es aussi proche du monde associatif, tu participes à de nombreuses initiatives et parfois de manière très informelle et personnelle. Quel est le rôle des associations engagées sur la transition écologique du territoire ?

Certains acteurs associatifs agissent en sensibilisant, informant, en mobilisant sur des problématiques diverses. Elles abordent les sujets avec une vision plus transversale, moins cloisonnée que bon nombre d’institutions. Elles permettent ainsi de créer du lien entre différents acteurs, de faciliter l’émergence d’alternatives, là où des logiques descendantes et sectorisées échouent. Elles jouent aussi un rôle de lobby citoyen essentiel auprès des institutions des entreprises, …

D’autres acteurs associatifs sont plus dans la mise en pratique de nouvelles solutions. L’association “Terre de Liens” par exemple agit très concrètement pour permettre l’installation de nouveaux agriculteurs bio rencontrant des difficultés pour accéder à des terres.

A une manifestation contre l’incinérateur en 2011. Nicolas est, par conviction, proche des associations comme Greenpeace ou Alternatiba, et n’hésite pas à aller sur le terrain / Crédit photo : Nicolas Bonnet (DR)

Revenons sur le mandat municipal qui s’achève. Qu’en retires-tu au niveau du travail réalisé par toi et ton équipe ?

J’ai tenu, pendant 6 ans, un rôle de porteur ou de facilitateur sur toute une série de dossiers, principalement sur les questions énergétique, d’environnement, d’eau et de vélo. J’ai aussi pu apporter ma pierre à l’édifice dans nombreux dossiers en lien avec le développement durable. 

Pour structurer tout cela et donner un cap,  nous avons réalisé le Schéma de Transition Energétique et Ecologique. Plus particulièrement dans le domaine de l’énergie, nous avons travaillé par exemple au développement du photovoltaïque avec Combrailles Durables, au développement des réseaux de chaleur urbain… Ces derniers nous permettent de distribuer à de nombreux logements de l’énergie soit renouvelable et locale (bois), ou de récupération, c’est à dire générée par des activités industrielles mais non valorisée par ces dernières. Cela permet d’économiser du gaz [naturel] ou de l’électricité.

Combrailles Durables est une coopérative favorisant la production « d’énergie citoyenne » / Crédit photo : Combrailles Durables

[En outre,] ces réseaux permettent de mutualiser des sources de chaleur. Dans une ville dense, ça permet de chauffer beaucoup de personnes au bois sans que chacun ait individuellement besoin d’acquérir son propre système. Mais ces réseaux nécessitent des travaux d’ampleur…

Prochaines étapes : on va raccorder les deux réseaux au Nord de clermont, et créer un nouveau au Sud – sur le plateau Saint-Jacques. Sur ces réseaux, de nouvelles étapes ont été franchies ! Mais il y a encore beaucoup de travail.

Tu parlais également du déploiement du vélo à Clermont, une politique sans doute plus “clivante” … Quelles étaient tes priorités dans ce domaine ?

Développer les voies cyclables sécurisées, grâce notamment à des aménagements adaptés. Renforcer [aussi] l’efficacité des déplacements à vélo, en rapprochant la vitesse du vélo de celle de la voiture, temps de stationnement compris. Pour y parvenir, il faut davantage de priorités pour les vélos et, des aménagements cyclables au moins aussi confortables pour les vélos que pour les voitures. 

Rapprocher la vitesse du vélo de celle de la voiture, temps de stationnement compris.

La notion de priorité de circulation des vélos sur les voitures est un principe essentiel bien peu appliqué. Pourtant l’ordre de priorité théorique est bien piéton, vélo, voiture. Malheureusement, l’aménagement de la voirie vient souvent en contradiction avec ce principe, préférant favoriser la vitesse de circulation des voitures.  Les piétons n’osent d’ailleurs guère faire jouer leur priorité sur les voitures.

Pas toujours facile de combiner les axes dédiés aux transports et commun avec l’espace de circulation des vélos / Crédit photo : éditeur

[Enfin,] pour sécuriser les déplacements cyclables et piétons, pour les rendre plus rapides, il faut ralentir la voiture en ville une vitesse maximale de 30 km/h dans la plupart des rues est bien suffisante. Ca peut être la clé pour sécuriser les piétons et les voitures. Pour moi, la voiture doit être là non pas pour faire gagner du temps mais pour rendre des services que les vélos, les transports en commun, la marche ne peuvent assurer.

Dernier de tes “principaux” domaines d’activité, la gestion de l’eau. Là, tu étais contraint par des compétences réglementaires limitées …

Sécuriser la fourniture en eau potable des habitants est un point de vigilance. A Clermont-Ferrand, nous suivons de près la ressource en eau et nous n’avons pas eu de gros problème de pénurie comme on a pu le voir dans les Combrailles durant les dernières sécheresses. (…). [Il faut savoir que] la consommation d’eau par habitant est en baisse depuis des années sur Clermont-Ferrand, grâce aux efforts des habitants et de notre régie publique de gestion de l’eau potable qui entretient durablement le réseau pour limiter aux maximum les fuites.

Sécuriser la fourniture en eau potable des habitants est un point de vigilance.

Mais nous (la Métropole, en fait) sommes malheureusement limités en compétences pour intervenir directement sur la préservation de la ressource en eau : notre compétence consiste à capter, acheminer jusqu’aux robinets, puis s’assurer que les eaux dites “usées” ne polluent pas la nature quand elles y retournent.

Nous n’avons malheureusement pas le pouvoir  de décider de réductions de l’irrigation agricole, ou des prélèvements pour de la mise en bouteille. Mais nous pouvons sensibiliser les citoyens aux bonnes pratiques de modération de consommation et à l’usage de l’eau du robinet au lieu de l’eau en bouteille.

La campagne de sensibilisation aux écogestes sur l’eau est lancée depuis plusieurs semaines à Clermont / Crédit photo : Véronique Jal (DR)

Quelles sont les pistes de solution concernant le problème de l’eau ?

La ressource eau est un bien commun, elle n’appartient à personne … et à tout le monde en même temps ! Elle n’est pas davantage aux agriculteurs ou aux industriels qu’à l’ensemble des citoyens. (…) Ces usages devraient être mieux régulés et priorisés pour garantir la pérennité de la ressource, notamment en arrêtant certains usages trop consommateurs, ou en misant sur le stockage naturel.

Cette question de l’eau met aussi en lumière le besoin de coopération territoriale …

[Au-delà de Clermont Auvergne Métropole], il y a d’autres acteurs sur le même territoire : la préfecture, la chambre d’agriculture, la PAC …. c’est un système qui est complexe localement et qu’il est difficile de faire bouger. On n’a hélas pas tous les leviers, on doit convaincre collectivement.

On n’a hélas pas tous les leviers, on doit convaincre collectivement.

La clé, c’est qu’un maximum d’acteurs se mettent en mouvement. Il ne faut pas attendre un absolu avec une prise de conscience de tous les politiques, de toutes les entreprises … ça se fera en changeant le maximum de choses à chaque niveau, progressivement.

Clermont est (notamment) connue pour ses nombreuses fontaines d’eau potable, qui peuvent donner l’impression d’une véritable abondance de l’or bleu … / Crédit photo : éditeur

Quelles seront tes priorités pour le nouveau mandat ?

Un des priorités nouvelles du mandat à venir devra être d’agir sur la question de l’alimentation. Ce n’est pas dans nos compétences de base, tant à la ville qu’à la métropole, mais nous devons avancer sur l’autonomie alimentaire de notre territoire : développer dans un rayon proche des cultures vivrières, dédiées aux besoins du territoire, sur un mode durable – biologique (labellisée ou pas) et résistante comme avec l’agroforesterie qui apporte des avantages intéressants. 

Un des priorités nouvelles du mandat à venir devra être d’agir sur la question de l’alimentation.

Comment faire ? En utilisant au maximum les leviers à notre disposition, et ce même si les “échelons supérieurs” (Etat, Europe, régions) n’ont pas encore pris conscience des changements à apporter. Par exemple, on ne peut pas légalement obliger à cultiver en bio, mais, en achetant du foncier agricole, on pourra choisir d’y installer des agriculteurs qui respecteront nos critères environnementaux et commercialiseront leur production en circuits courts.

Comme pour l’eau, l’alimentation est donc un problème de coopération …

On cherchera [en effet] à associer des communes proches pour acheter du foncier agricole ensemble. (…) On voit qu’il y a [actuellement] une pénurie de terrains, que les nouveaux agriculteurs ont du mal à s’installer … et qu’il y a de plus en plus de monoculture, de grandes exploitations dédiées à l’export. Il faut inverser cette logique ! 

C’est l’idée d’une réappropriation citoyenne, par l’intermédiaire des collectivités (…) ça compléterait la démarche du Projet Alimentaire Territorial qui, dans un objectif de résilience alimentaire, a fait dialoguer ensemble les différents acteurs de l’alimentation.

C’est l’idée d’une réappropriation citoyenne, par l’intermédiaire des collectivités.

Clermont-Ferrand aura besoin pour mener ce projet de s’associer à d’autres communes qui maîtrisent davantage les questions de fonciers sur leur territoire. Cette approche [collective] va matérialiser la coopération entre l’urbain, le périurbain et le rural. C’est pour moi essentiel, et ça ouvrirait la voie à d’autres coopérations, par exemple sur la question des mobilités qui génère beaucoup de pollutions.

Lire l’entretien avec Jean-Pierre Buche, président du Projet Alimentaire Territorial

Pour les mobilités, justement, comment vas-tu poursuivre ton action en faveur du vélo en ville ?

Le Schéma Cyclable Métropolitain a récemment dressé un plan d’un réseau de pistes pour Clermont-Ferrand et les communes de la métropole. Il commence à peine à être mis en place, et le prochain mandat le verra se concrétiser bien davantage. 

Ce sera aussi l’occasion de revoir le plan de circulation automobile, ce qui est indispensable pour faire de la place au vélo (et donc moins à la voiture) dans la partie la plus urbaine de la métropole. 

L’enjeu sera de répartir différemment l’espace public, en privilégiant les mobilités écologiques.

L’enjeu sera [donc] de répartir différemment l’espace public, en privilégiant les mobilités écologiques – piétons, vélos, transports en communs – pour les rendre plus efficaces. La voiture en sera forcément un peu plus lente, et nous serons invités à nous déplacer autrement quand nous le pourrons. Et quand on ne pourra pas, il faudra accepter d’y consacrer plus de temps.

Préparation des pistes cyclables en « urbanisme tactique », boulevard Jean Jaurès à Clermont le 15 mai 2020. Difficile partage de la chaussée … / Crédit photo : éditeur

D’autres sujets à évoquer dans le projet électoral ?

Autour du vélo, il y a [aussi] la question de la sécurité. Tout le monde n’a pas un garage, notamment en centre ville, on va [donc] réaliser des garages partagés pour les vélos, qui pourront par exemple être dans les parkings souterrains. Pour la réparation, on a la chance d’avoir un Guidon dans la Tête ; il faudra pérenniser cet atelier et tâcher d’en faire naître d’autres [ateliers de ce type], sur tout l’espace de la ville !

On sortira de l’approche du végétal ornemental pour aller vers un végétal plus naturel.

Sans oublier de redonner davantage de place au végétal dans l’espace public. Clermont-Ferrand est encore une ville très minérale. Par le passé, on a souvent préférer bitumer, c’était plus simple à gérer que  l’entretien de végétaux. Pour éviter cet écueil, on sortira de l’approche du végétal ornemental qui nécessite beaucoup d’entretien pour aller vers un végétal plus naturel qui rendra tout aussi bien, si ce n’est mieux, ses services écosystémiques, notamment le rafraichissement de la ville. On ira vers une forme de fleurissement permaculturel de l’espace public.

La place de Jaude : beaucoup de pierres, peu d’arbres, et un îlot de chaleur problématique quand les canicules s’intensifient / Crédit photo : éditeur

Pour conclure, quel est ton point de vigilance principal vis-à-vis de la transition écologique et sociale du territoire ?

Un danger serait d’avoir une approche simpliste des problèmes que nous devons résoudre, et qui reposerait sur quelques boucs émissaires à incriminer. Notre société est complexe, comme les solutions pour la faire évoluer. Nous sommes tous parties prenantes de “systèmes” dont il sera difficile de s’extraire. Refuser de voir le monde tel qu’il est, divers, complexe, c’est se condamner à l’impuissance pour avoir une influence sur lui.

Refuser de voir le monde tel qu’il est, divers, complexe, c’est se condamner à l’impuissance pour avoir une influence sur lui.

[Par exemple], Michelin produit des pneus qui permettent à des voitures de rouler, donc de polluer … qui est responsable ? Michelin ? Le citoyen automobiliste ? Le politique qui construit les routes ? … Question complexe !

Si on prend conscience que bien souvent les responsabilités sont partagées dans notre société qui regorgent d’interdépendances, on identifiera mieux les acteurs à mettre en mouvement pour impulser un changement, et on aura plus de chance de prendre les bonnes décisions d’actions à mener.

Lire l’entretien avec Olivier Bianchi réalisé à 6 jours du second tour

Et ces “bonnes décisions”, comment les faire émerger ?

La radicalité, dans le sens de “prendre les problèmes à la racine”, est ce qu’il nous faut faire, avec une approche systémique : traiter les causes avant de traiter les conséquences, anticiper les effets secondaires des choix qui s’offrent à nous, ne pas se limiter à une approche palliative pour régler les problèmes … et cesser d’empiler des pansements sur nos blessures sans se demander pourquoi on s’est blessé.

Si on ne revient pas à la racine des choses, on en restera à de fausses solutions qui ne résoudront rien.

[Par exemple], les problèmes écologiques liés aux mobilités ne se limitent pas au fait que nos voitures émettent pour la plupart des gaz à effets de serre quand elles roulent. En ayant une approche globale du cycle de vie d’une voiture, on constate que même les voitures électriques, bien qu’elles n’émettent pas de GES quand elles roulent, sont polluantes lors de leur construction et à travers la production de leur carburant.

Mettre des voitures électriques partout, en lieu et place des actuels voitures thermiques, ce serait déplacer le problème. La solution passe par des outils de mobilité moins énergivores, globalement, pas juste un changement des motorisations. Si on ne revient pas à la racine des choses, on en restera à de fausses solutions qui ne résoudront rien.

Pour aller plus loin :
voir le site de la liste portée par Olivier Bianchi : « Naturellement Clermont »

Propos recueillis le 8 juin 2020, mis à jour le 30 juin, mis en forme pour plus de clarté puis relus et corrigés par Nicolas. Crédit photo de Une : éditeur