Marion Canalès présente la labellisation Territoire Commerce Equitable le 30 septembre dernier / Crédit photo : Geoffrey Volat (DR)

Clermont souhaite accélérer sur le commerce équitable

Lentement, mais sûrement, le commerce équitable progresse sur notre territoire. Une nouvelle étape a été annoncée par la Métropole fin septembre, accélérant une dynamique déjà ancienne.

Le 30 septembre dernier a eu lieu dans les salons de l’Hôtel de Ville de Clermont la présentation du label « Territoire Commerce Equitable » décroché par la Métropole, grâce au soutien de nombreux acteurs locaux. Certes, « un label de plus« , pensez-vous probablement. Oui mais il s’agit d’une avancée symbolique mais marquante, qui nous permettra d’accélérer sur la transition autant écologique que sociale, en particulier dans l’alimentation. Petit retour sur le contexte et sur le projet …

Commerce équitable et externalités environnementales

Un produit « commerce équitable », ce n’est pas que le kilo de café Max Haavelar arborant un cultivateur équatorien sur l’emballage. Plus largement, il s’agit d’une démarche visant à rémunérer un producteur (agriculteur, artisan …) à la juste valeur de son travail. Cette logique apparemment évidente s’inscrit dans le mouvement du développement durable depuis les années 1990.

Mais le commerce équitable est surtout une charte précise … et contraignante ! En France, deux lois* en ont posé le cadre : celle de 2005, qui fournit la définition plus haut, et celle de 2014 sur l’ESS, qui complète sur le commerce « nord-nord ». Cela a pu donner naissance aux coopératives laitières comme C’est qui le patron ? Le but du législateur étant, ici, d’imposer les bonnes pratiques du commerce équitable par un cahier des charges précis.

Le Commerce équitable vise à rémunérer un producteur à la juste valeur de son travail.

Ces bonnes pratiques ont-elles un impact environnemental positif ? « Un des intérêts du commerce équitable est qu’il lie dans son ADN la question sociale et la question environnementale. » précise Alain Bussière, enseignant-chercheur au master LEA de Clermont. « Dans le rapport Brundtland [qui a posé les bases du développement durable en 1987], il est dit qu’il n’y a pas de progrès écologique s’il n’y a pas une éradication de la pauvreté. Dans le champ politique récent, c’est par exemple la question des Gilets Jaunes. »

Quand on cherche « commerce équitable », on tombe sur ce genre de visuels … certes, mais il ne faut pas réduire la notion à des produits alimentaires exotiques / Crédit photo : Isaac Fryxelius (Pixabay)

On constate en effet que 85% de produits « Sud-Nord » labellisés Commerce équitable respectent le label bio. Ainsi, selon Alain Bussière, « l’avantage du commerce équitable est qu’il est organisé en amont, souvent par des structures coopératives, et qui invitent à réfléchir démocratiquement à des projets de développement au niveau local. Et cette dimension est clairement dans le cahier des charges du label commerce équitable. »

*elles-mêmes se situant dans le cadre d’un mouvement international initié en 1988 par l’ONG Fairtrade, aux Pays-Bas.

Sur Clermont, un écosystème déjà favorable

Dans ce cadre à la fois mondial et national, le territoire clermontois bénéficie d’une bonne dynamique. Déjà, il y a le mouvement de « locavores » – au sens large – présent et actif sur le territoire. Fromages, viandes, calamars, et plus généralement les productions locales en fruits et légumes proposées et distribuées par les AMAP, ou les « enseignes » que sont notamment le Biau Jardin ou les Marchés de Max et Lucie.

Lire l’entretien avec Lucie Vorilhon : « c’est très dur de trouver des maraîchers en local »

Un des acteurs principaux, partenaire de la démarche initiée par la Métropole, est la Coop des Dômes. « Le commerce équitable, qu’il soit Nord-Sud ou Nord-Nord, sans forcément le nommer, est omniprésent dans notre manière de fonctionner » selon Antoine Ferron, salarié de la coopérative. « Principalement de par les valeurs et l’éthique défendues au sein de notre magasin coopératif et participatif. »

A l’instar de plusieurs « distributeurs engagés », la Coop des Dômes souhaite développer la production dédiée au commerce équitable. « Nous essayons de favoriser autant que possible l’installation de nouveaux producteurs.trices locaux, en bio et défendant l’agriculture paysanne, en leur assurant dans la mesure du possible un débouché régulier pour leur production« , précise Antoine Ferron.

Le magasin de la Coop des Dômes, dans le quartier des Vergnes à Clermont / Crédit photo : Coop des Dômes (DR)

De manière plus transversale, la Doume – la monnaie locale participative et citoyenne – référence 352 prestataires et partenaires sur tout le territoire du Puy-de-Dôme. Ceux-ci doivent respecter la Charte de la Doume, qui correspond de près à l’approche du commerce équitable. Pour Angèle Dransart, du collectif ADML63, « nous voyons la Doume comme un outil qui permet de flécher la consommation vers des acteurs respectueux de l’environnement et de l’humain. C’est donc un outil au service du commerce équitable. »

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Enfin, l’Université Clermont Auvergne avait pris les devants en se faisant labelliser « Ecole Commerce Equitable » (si, si, ça fait partie de la galaxie des labels sur le commerce équitable, tous encadrés par la loi). Cela concerne plus précisément le Laboratoire Communication et Sociétés, au sein du Master LEA. « [Cette labellisation] a préparé le terrain au label de Territoire obtenu en 2020. » précise Alain Bussière. « Le rôle de Geoffrey Volat [doctorant au sein du Laboratoire et salarié à Clermont Métropole] s’inscrit dans cette logique : il est un relais actif de nos pratiques d’ESS et de nos démarches Commerce équitable. »

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Un nouveau label, et maintenant ?

Tout cela a fini par converger, de manière sans doute un peu laborieuse – le travail de labellisation s’est étendu sur 2019 et n’a pu être « consacré » que fin 2020 – à une annonce officielle le 30 septembre dernier. Ce jour-là, c’est Marion Canalès, adjointe au maire de Clermont et conseillère métropolitaine en charge de l’ESS, qui a présenté l’attribution du label « Territoire Commerce Equitable« .

Lire l’entretien avec Marion Canalès : « Comment Clermont Métropole peut-elle impulser un nonuveau modèle ? »

J’espère que vous arrivez à suivre … on a parlé sud-nord, nord-nord, label international puis français, écoles … et maintenant « territoire ». Il s’agit en fait de la déclinaison nationale du mouvement « Fair Trade Towns« , reprise en France par Max Haavelar, Faire, Commerce Equitable France et Artisans du Monde. Ce label concerne à ce jour 31 collectivités dans le pays, dont Clermont depuis juillet 2019.

Marion Canalès présente la labellisation Territoire Commerce Equitable le 30 septembre dernier / Crédit photo : Geoffrey Volat (DR)

Pour la Métropole, l’objectif est donc d’accélérer la dynamique déjà initiée par les acteurs du terrain :

  • rassembler les principales parties prenantes – commerçants, associations militantes, chercheurs, acteurs publics … – sous une même bannière, notamment à travers plusieurs comités de pilotage;
  • valoriser les activités de production pour multiplier l’installation des producteurs;
  • favoriser l’acte d’achat responsable pour les organisations privées et publiques : cantines, distributeurs, mais aussi (par exemple) l’achat de tissus pour les blouses médicales … tout cela suivant la loi Egalim de janvier 2020;
  • enfin, sensibiliser le grand public, comme avec la Quinzaine du Commerce Equitable (qui a normalement lieu en mai) proposant des expos photo, des conférences, des ateliers, des dégustations de produits, etc.

Que reste-t-il à faire ? Plein de choses ! Si la démarche s’est un peu formalisée par l’attribution du label, les acteurs locaux continuent leur progression individuelle … ou collective. C’est le cas d’une réflexion en cours sur la création d’un Coopérative Alimentaire Auvergnate de Proximité (CAAP), qui proposerait notamment un service logistique mutualisé. « Ou bien des initiatives comme Auvabio qui rassemble des dizaines de maraîchers bio locaux pour proposer l’ensemble de leur produits via (…) un seul service de livraison, et qui pratique un prix « juste ». » souligne Antoine Ferron, de la Coop des Dômes.

Alternatiba63, partenaire de la démarche métropolitaine, reste néanmoins prudent sur la réalisation des intentions. « C’est un début, mais il y a encore beaucoup de travail à faire » selon Antoine Pesnel du collectif d’Alternatiba63. « Ce sont des mesurettes, pour l’instant. Mais on espère que ça va être plus ambitieux, il y a notamment un gros enjeu sur la commande publique. » C’est en effet sur ce type d’engagements que l’on verra si tous les services des collectivités impliquées suivent les intentions affichées.

La politique publique en matière de Commerce équitable est engagée, mais les initiatives individuelles ou collectives des acteurs se poursuivent.

Du côté du Master LEA, à l’université, Alain Bussière coordonne un groupe d’étudiants sur la labellisation d’acteurs économiques qui adopteraient des bonnes pratiques du commerce équitable. L’initiative, qui doit aboutir d’ici avril, s’inspire d’exemples proches. « Dans la grande région, Lyon, Bourg en Bresse et Annemasse sont déjà labellisés Territoire commerce équitable. » précise Alain Bussière. « L’intérêt est d’élargir la notion à un territoire en identifiant des acteurs qui défendent cette cause, voire qu’ils s’identifient entre eux.« 

Donc, les choses avancent, par l’angle économique – qui est le point d’entrée du commerce équitable – et par les externalités positives sur l’environnement et les bonnes pratiques. « Les gens sont de plus en plus conscients de la relation consommation/écologie/santé, et ont tendance à essayer de mettre leurs actes en accord avec leurs idéaux. » selon Antoine Ferron. « En ce sens, la labellisation est une très bonne chose et s’inscrit dans cette émulation collective. »

Damien