Anne-Laure (à droite sur la photo) en compagnie d'autres élus et militants écologistes lors de la Vélorution de mai 2021

Anne-Laure Stanislas souhaite « créer du lien » autour de l’écologie à Clermont

Elue EELV à la ville de Clermont et conseillère métropolitaine, Anne-Laure Stanislas mise sur une complémentarité public/citoyens/associations pour faire avancer la cause écologique.

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Les principaux points à retenir

  1. Anne-Laure Stanislas souhaite que les décideurs locaux puissent accompagner la transition en portant notamment des initiatives citoyennes.
  2. En charge de l’animation du Schéma de Transition Energétique et Ecologique (STEE), elle met en œuvre des rencontres de la transition (une fois par an), qui montrent les différentes composantes du Schéma ainsi que des ateliers dédiés à des thématiques spécifiques et aux enjeux contemporains auxquels on doit faire face. Le premier atelier, sur l’alimentation, s’est déroulé le 23 juin dernier à Pont-du-Château.
  3. Pour Anne-Laure Stanislas, la création de lien, la convivialité est très importante dans la mise en place de politiques publiques et doit être le fil conducteur pour faire avancer la transition écologique et solidaire.
  4. Clermont a un rôle à jouer en tant que capitale européenne de la culture en 2028 pour promouvoir une ville plus écologique sans pour autant faire une ville « modèle », l’enjeu est beaucoup plus global selon Anne-Laure Stanislas

L’intervenante : Anne-Laure Stanislas

Elue EELV à la ville de Clermont et conseillère métropolitaine ; Maire adjointe en charge de la Ville en transition, évaluations et impacts carbone des politiques publiques et de la relation avec les usagers


Anne-Laure a une expérience à l’international dans la coopération décentralisée notamment après des études dans les relations internationales. Pour elle, « le local ne peut se passer du national mais c’est à partir du local que l’on peut faire bouger les choses« . Elle voit la transition comme un mouvement et ne considère pas qu’elle sera un « acquis figé« . C’est un « processus que l’on mène avec les autorités locales, avec les associations et les citoyens, à la base du mouvement« .

Elue à la ville de Clermont et à la métropole, elle souhaite préparer la ville aux changements inéluctables pour les 30 ans à venir à travers notamment un meilleur partage de l’espace public en « rendant la ville aux habitants » .

Contacter Anne-Laure par e-mail : alstanlislas [chez] ville-clermont-ferrand.fr

Crédit photo : Anne-Laure Stanislas (DR)

Quel regard portes-tu sur les initiatives en faveur de la transition écologique et solidaire dans notre département ?

Nous sommes dans un territoire qui se met en mouvement, les collectivités mais aussi les citoyens et les associations.

En disant cela, je rejoins les propos de Jean-François Caron qui indique que la puissance publique doit associer les [actions publiques] et les initiatives citoyennes. Dans les limites administratives qui nous sont imposées par la taille des collectivités, nous ne pouvons pas tout faire. Mais nous nous devons d’accompagner les initiatives sur le territoire et d’avoir un rôle catalyseur de la dynamique de transition. En restant très vigilants à ne pas s’accaparer des initiatives populaires !

Lire l’entretien : avec Jean-François Caron, la transition des collectivités se construit ensemble

En tant qu’élue à la ville de Clermont et à la Métropole, tu es en charge de l’animation du Schéma de Transition Energétique et Ecologique (STEE). Quelles initiatives sont mises en œuvre dans ce cadre ?

Il y a plusieurs initiatives développées. Les Rencontres de la Transition, qui se déroulent une fois par an et qui montrent un panorama, non exhaustif, embrassant toutes les composantes du schéma. A savoir, la préservation des ressources naturelles, l’énergie, la question du carbone …. Elles doivent faire la place à toutes les initiatives qui contribuent au STEE et ne doivent pas uniquement être portées par la collectivité.

Les Cotes de Clermont, site naturel aux portes de la ville, est en passe d’être classé Espace Naturel Sensible sur une partie de sa superficie. C’est le principal projet mené conjointement par la Métropole et par le Conseil départemental. / Crédit photo : Danyel Massacrier, Ville de Clermont-Ferrand (DR)

Cependant, un risque à contenir : éviter que les acteurs ne s’enferment dans une thématique. Ainsi, voir les choses de manière panoramique est capital. Par exemple, des personnes qui travaillent sur la préservation et la protection de la biodiversité peuvent se nourrir en écoutant d’autres acteurs parler de transition énergétique.

Il faut éviter que les acteurs ne s’enferment dans une thématique. Voir les choses de manière panoramique est capital [lors des rencontres].

Autre axe, que l’on développe notamment avec l’association Alternatiba 63 : les Ateliers de la Transition. Ce sera un travail plus thématique sur un enjeu du Schéma mais pas seulement. Là, des pistes sont en cours d’étude pour des séances d’une demi-journée. Par exemple, l’alimentation, la nature en ville, le budget carbone … Finalement, cela concerne toutes les thématiques qui correspondent aux enjeux contemporains. Le premier Atelier sur l’alimentation a eu lieu le 23 juin dernier à Pont-du-Château et a rassemblé une cinquantaine de personnes (élus, associations, agriculteurs et citoyens). Le prochain Atelier se déroulera en Novembre sur la nature en ville.

Lire l’entretien : Quentin Dabouis, « on aimerait que les décisions soient prises par le prisme écologique »

Le STEE a été élaboré en 2018 et adopté en 2019. Y a-t-il une révision prévue prochainement ?

Oui, le Schéma sera évalué en 2022 et révisé en 2024. Le législateur a, depuis 2018, fait déjà quelques avancées : par exemple, le décret tertiaire sur la rénovation thermique des bâtiments. Ce sera inclus dans le futur schéma et intégré dans nos engagements sur la rénovation de notre patrimoine bâti. Tous les bâtiments de plus de 1000 m2 devront ainsi réduire de 40 à 60% leur consommation énergétique avec des objectifs à 2030 et 2050.

La préservation des ressources reste le premier axe du Schéma de transition.

Cela dit, nous parlons énergie mais la préservation des ressources reste le premier axe du schéma de transition – qui porte sur la transition énergétique et écologique ! Cela inclut le foncier agricole, l’eau, mais aussi la biodiversité. On y travaille notamment avec la Ligue de Protection des Oiseaux [LPO] qui va réaliser un atlas de la biodiversité. C’est très important.

En ville et sur la Métropole clermontoise en général, la forte présence de zones non urbanisées rend l’enjeu de la biodiversité capital. Ici, une bBalade découverte de la flore sauvage, et échange avec les conservateurs des ENS / Crédit photo : Valentin Uta, Conseil départemental du Puy-de-Dôme (DR)

N’oublions pas que le schéma de transition, c’est un outil, une référence pour nous … mais aussi un système qui doit être vivant. Il faut pouvoir l’adapter et le faire évoluer. L’approche par thématique, par exemple lors des ateliers de la transition, est faite pour ça. Mais en gardant toujours en tête un objectif global de division par quatre des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. C’est une feuille de route qui évolue, mais qui donne un cap.

Est-ce que tu t’inspires de chercheurs, de penseurs qui peuvent être présents sur notre territoire ou au-delà ?

J’ai effectivement échangé avec Nicolas Duracka du CISCA. Je n’ai pas encore rencontré l’ESC – notamment l’équipe autour du Master Design de l’Anthropocène – de façon formelle. Cela dit, nous le faisons dans le cadre de l’évaluation de notre budget climat, avec la 27ème Région, qui nous aide à travailler sur la notion de triple capital: capital humain, capital environnemental et capital financier, qui semble être une grille de lecture adaptée pour une collectivité. Mais aussi avec le Centre d’Excellence Jean Monnet ERASME, dirigé par Arnaud Diemer de l’Université Clermont Auvergne, qui travaille sur des outils d’évaluation carbone à l’échelle territoriale.

Aujourd’hui, Il y a cette prise de conscience, collective et générale, sur le besoin de préserver la nature. (…) C’est le cas du monde scientifique, mais aussi industriel qui commence à s’en préoccuper.

Aujourd’hui, Il y a cette prise de conscience, collective et générale, sur le besoin de préserver la nature – même si ça ne veut pas toujours avec le “passage à l’acte”. C’est le cas du monde scientifique, mais aussi industriel qui commence à s’en préoccuper. J’ai échangé avec le responsable développement durable au sein du groupe Michelin, il se pose vraiment la question sur une stratégie bas carbone propre.

Lire l’entretien : la prospective face au défi environnemental, mission de Gaël Queinnec chez Michelin

Qu’en est-il du monde politique et des élus, face à la transition écologique ?

L’acculturation ne se fait pas du jour au lendemain. On est une équipe municipale avec des anciens élus, des nouveaux élus, des tendances au sein de la gauche qui ne sont pas monolithiques – nous formons une majorité plurielle.

Mais il y a un changement ! On n’a plus seulement un élu au développement durable : il y a désormais plusieurs élus en charge de l’énergie, de l’espace public, de la nature en ville … Moi, j’ai la chance d’avoir un portefeuille extrêmement large : “Villes en transition”, ça allait aussi avec l’évaluation et l’impact carbone des politiques publiques.

Ce que je trouve extrêmement important, c’est créer du lien. Humainement, c’est porteur. C’est la question de la convivialité, de l’ambiance que l’on met dedans. Avoir un discours alarmiste, à part générer des réactions à rebrousse-poil, ça ne va pas susciter l’engouement. Finalement, Ségolène Royal, en son temps, était visionnaire avec ses “désirs d’avenir”…

Lire l’entretien : pour Dominique Giron, la transition écologique est une mission de service public

La notion de résilience est-elle un sujet pour toi ?

Oui, bien entendu. D’ailleurs, le fait que le terme fasse polémique est intéressant.. A la base, avec la pensée de Boris Cyrulnik notamment, il y a le volet psychologique de s’adapter et renaître après un choc. Mais il faut aller plus loin : s’adapter sans anticiper ne sert pas à grand-chose.

Il y a un an, on nous bassinait avec le “monde d’après”. Ce discours a plus ou moins disparu, mais si c’est le retour du monde d’avant, ça n’a pas de sens ! Pour moi, la résilience consiste à faire quelque chose de mieux que ce qu’on faisait avant et plus durable. Et je pense que dans 10 ans, on utilisera ce terme d’une meilleure manière et il sera approprié par de nombreuses personnes.

Comment la résilience peut t-elle se traduire dans la politique de la ville ?

Cela passera par le travail sur l’anticipation selon moi. Savoir expérimenter et sortir un peu du cadre. Demander à une administration d’être résiliente n’est pas forcément antinomique – on le voit avec l’adaptation de nombreux services de la mairie à la pandémie – mais intégrer les défis à venir consiste à laisser une part à l’incertitude et à l’expérimentation en posant des jalons.

Lire l’entretien : pour François Rage, « l’organisation urbaine doit intégrer les questions de transition »

Les acteurs associatifs reprochent souvent à Olivier Bianchi, maire de Clermont, de ménager “la chèvre et le chou” et de ne pas prendre des décisions “radicales” liées à l’écologie. Qu’en penses-tu ?

Les écologistes sont plutôt partisans d’une forme de radicalité, mais en cherchant malgré tout un consensus … Typiquement, au premier conseil métropolitain de juillet 2020, quand on a abordé la question des liaisons aériennes vers Orly, les écologistes ont choisi de ne pas voter… car pour nous c’est le monde d’avant !

En fait, nous souhaitons envisager un nouvel avenir et travailler dès maintenant à la reconversion des personnes qui travaillent dans la filière aéronautique et arrêter d’engouffrer de l’argent public dans l’aéroport. C’est notre discours.

Mais nous sommes [à Clermont] dans une configuration de majorité plurielle. Sur la mobilité, les communistes par exemple prônent beaucoup la gratuité, nous ont va plutôt favoriser le développement d’alternatives. Ca se nourrit !

Lire l’entretien : Olivier Bianchi, « corriger ce qu’on peut, préparer la gestion de crise »

Pointer du doigt les grandes entreprises du territoire n’est il pas contre-productif ?

La question peut se poser. L’intérêt d’une politique de résilience est, selon moi, d’emmener des acteurs économiques dans la préparation d’un monde durable. Économiquement pour eux, et sur la vision de long terme. En cela, les approches venant des acteurs de l’ESS sont intéressantes, et permettent de faire évoluer les mentalités. Il faut réussir à faire converger les intérêts de tout le monde. Mais, au final, les intérêts sociaux et environnementaux doivent primer.

Je prends l’exemple du PDG de Danone, Emmanuel Faber qui s’est fait débarqué par son Conseil d’Administration en voulant prôner une entreprise à mission … C’est vraiment déplorable et ça montre le pouvoir du patriarcat et du capitalisme.

Emmanuel Faber, PDG du groupe Danone jusqu’en mars 2021, et personnalité économique reconnue pour son engagement sociétal et environnemental / Crédit photo : Semaine Sociale de France (Wikimedia Commons, CC BY SA 3.0)

On doit donc travailler profondément là-dessus, notamment sur la question de la relocalisation de l’économie, en créant de l’emploi durable et en rapatriant les capitaux de ces entreprises. Les décisions sont souvent prises à des milliers de kilomètres sans considération sur le capital social et environnemental au niveau local. Aujourd’hui, il y a des situations qui font qu’un ouvrier de Volvic et un militant d’Alternatiba peuvent ne pas se comprendre sur certains enjeux. L’un et l’autre se sentent pris à revers de ce qui les fait vivre et de ce à quoi ils croient.

L’intérêt d’une politique de résilience est d’emmener des acteurs économiques dans la préparation d’un monde durable.

Une piste intéressante peut être le modèle des coopératives qui se développe depuis une vingtaine d’années : c’est un modèle qui selon moi devrait faire tâche d’huile. Il y a une perte de sens des citoyens et des citoyennes aujourd’hui. Il faut retrouver le pouvoir d’agir !

En parlant des systèmes de gestion “alternatifs”, quel rôle à jouer pour les tiers-lieux ?

A ce titre, un exemple : quand on va à l’association Tous Deux Roues et qu’on voit toutes ces personnes, de tous âges, qui apprennent à réparer leur vélo, avec le côté éducation/ émancipation populaire qui est véritablement porteur de sens en éduquant sur le réemploi … nous ne pouvons que nous réjouir.

Et finalement, c’est complémentaire du service public. On ne peut pas vouloir être un territoire en transition et ne souhaiter que des maisons de quartiers et des choses figées… encore une fois, laisser la place à l’expérimentation est essentiel.

Anne-Laure (à droite sur la photo) en compagnie d’autres élus et militants écologistes lors de la Vélorution de mai 2021

Clermont pourrait-elle devenir une ville modèle pour la transition sur un angle particulier ?

D’un côté, oui, pour l’attractivité et pour faire plaisir à l’élu ou à l’habitant. Mais j’espère que la dynamique ne sera pas que clermontoise, qu’elle ira bien au-delà. Je crois beaucoup dans le périmètre européen ! Ce n’est pas l’objectif de faire de Clermont “la” ville ou “le” lieu de pèlerinage pour les prochaines années.

J’espère que la dynamique ne sera pas que clermontoise, qu’elle ira bien au-delà. Je crois beaucoup dans le périmètre européen !

Je pense cependant à Clermont comme potentielle capitale européenne de la Culture en 2028. Le projet doit être construit de manière transverse sur les questions écologiques. Quand un territoire s’implique dans une démarche de Capitale Européenne, ça crée un sentiment d’appartenance. La culture, c’est ce qui fait le lien entre nous – que l’on parle d’identité, de folklore ou de livres. La culture contribue à diffuser des images : c’est le médium qui permet de rassembler les personnes.

Et, quand je parlais des “désirs d’avenir”, une perspective enthousiasmante comme la Capitale Européenne de la Culture en 2028 peut nourrir une ville qui veut rentrer dans une démarche de transition écologique et solidaire.

Entretien réalisé par Damien Caillard ; mis en forme et réorganisé pour plus de lisibilité par Bastien Durand puis relu par Anne-Laure Stanislas / Crédit photo de Une : Anne-Laure Stanislas (DR)