Jacky Massy en tournage du documentaire réalisé par Mediapart, le 22 mars 2021, à Malauzat / Crédit photo : éditeur

Avec Preva, Jacky Massy focalise l’attention sur la question de l’eau en aval de Volvic

La zone en aval de Volvic semble s’assécher nettement. Les Eaux de Volvic prélèvent-elles trop d’eau ? Que fait la Préfecture ? Des questions posées avec passion par l’association Preva


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Pourquoi cet article ?

Je termine la période pré-estivale par un entretien reprenant plusieurs échanges autour du sujet de l’eau en aval de Volvic. Il semble que ce soit un des principaux points d’échauffement sur la question environnementale en Auvergne. Le débat dure depuis 2018 entre les acteurs public – collectivités et Etat via la Préfecture – entreprises (en l’occurrence Danone, propriétaire de la société des Eaux de Volvic) et monde associatif, porté par Preva.

J’ai pu m’entretenir avec Jacky Massy, président de Preva et un des principaux fers de lance de la lutte contre ce qu’il estime être une exploitation abusive de l’aquifère de Volvic par le groupe Danone. Il s’était déjà exprimé lors d’une Rencontre de la Résilience que j’avais animée le 9 avril dernier, rencontre à laquelle Volvic n’a pas souhaité participer.

J’aimerais bien avoir un retour de la société des Eaux de Volvic, autre qu’un communiqué de presse, car le sujet mérite que l’on entende les différents points de vue en présence. Je tends donc cette petite « perche », en espérant être plus chanceux à l’automne.

D’ici là, merci pour votre fidélité et très bonnes vacances à toutes et à tous !

Damien

Les principaux points à retenir

  1. Estimant que les problèmes environnementaux d’aujourd’hui, principalement autour de l’eau et du changement climatique, pourront rendre nos territoires difficilement vivables d’ici 15 à 20 ans, Jacky Massy s’est engagé dans le militantisme de terrain en co-fondant l’association Preva, qu’il préside. Il estime que les associations ont plus de latitude que les institutionnels ou les entreprises pour projeter un territoire dans l’avenir.
  2. Preva se concentre sur les enjeux d’environnement et de biodiversité entre Volvic et Riom, en ayant pris à bras le corps le problème du manque croissant d’eau pour les milieux naturels. Il constate en effet que les débits des « résurgences » de Saint-Genest l’Enfant, sources naturelles en aval de Volvic reliées à l’impluvium, sont en diminution drastique depuis plusieurs années. Son explication est que la société des Eaux de Volvic prélève trop d’eau, sans prendre en compte la pérennité des zones naturelles en aval.
  3. La revendication principale de Preva est de faire respecter la Loi pour l’Eau et les Milieux Aquatiques de 2006, qui stipule que les prélèvements pour les populations et pour les milieux naturels sont prioritaires sur l’industrie ou l’agriculture. Avec le soutien de nombreuses autres associations de défense de l’environnement, il pousse la Préfecture, mais aussi les collectivités locales, à se saisir du problème et à mettre les acteurs concernés autour de la table pour définir une politique commune et durable.
  4. Son action semble payer, estime-t-il. Plusieurs médias locaux mais aussi nationaux (Le Monde, Mediapart) se sont intéressés au sujet, et une commission d’enquête parlementaire a été menée. Il espère avoir maintenant l’oreille de Frédéric Bonnichon, président de la communauté de communes Riom Limagne Volcans.
  5. Autre levier d’action : la protection de la zone aval de Volvic en tant que « zone humide« , dossier sur lequel il travaille avec le SAGE Allier-Aval.
  6. Enfin, et en marge de Preva, Jacky participe à la création de l’Université des Biens Communs de Clermont-Ferrand.

L’intervenant : Jacky Massy

Président de l’association Preva


Retraité, Jacky se définit comme « très généraliste ». Il s’intéresse particulièrement à la problématique de la projection des sociétés et des territoires dans l’avenir. Actuellement président de Preva, il avait travaillé pour des projets de services rendus aux populations sur Limoges, Orléans et Clermont. « Depuis longtemps, je m’intéresse au monde animal et à l’avenir des écosystèmes face à l’augmentation de la population » , précise-t-il.

Ecrire un mail à Jacky : jc63ma [chez] orange.fr

Crédit photo : éditeur

La structure : Preva

Association basé à Mozac (entre Riom et Volvic) dédiée à la préservation de la ressource en eau et de la biodiversité en aval de l’impluvium de Volvic


Créée en 2018, l’association – initialement dédiée aux sujets environnementaux et de biodiversité – se concentre sur la question de la ressource en eau en aval de l’impluvium de Volvic.

Forte d’environ 250 membres d’après son site internet, elle est actuellement présidée par Jacky Massy. Elle participe à de nombreuses actions militantes contre la surexploitation de la ressource en eau de la part de la société des Eaux de Volvic, qu’elle dénonce par rapport à l’impact constaté en aval. Elle est aussi associée à plusieurs autres associations de défense de l’environnement dans le cadre de collectifs.

Elle a lancé d’autres actions comme un Observatoire de l’Eau, à destination du grand public, en 2021, ainsi qu’une initiative de valorisation de l’entrée du territoire auvergnat par ses accès nord (proches de Riom).

Voir le site web de Preva


Tu es très engagé au niveau associatif, local et militant. Qu’est-ce qui t’anime principalement ?

En fait, ce qui m’anime ce sont surtout les questions d’avenir, ce que pourrait être le monde de demain. Pour traiter de telles questions, il faut une méthodologie car de nombreuses personnes ont peur, ne voient pas, ou tout simplement ne sont pas intéressées par ces sujets. 

Si on ne fait rien, d’ici 15-20 ans, on ne pourra plus vivre normalement dans le territoire de Riom.

On sait par exemple que l’agriculture restera un levier capital dans notre territoire. Pourtant, tout le monde sait qu’en Limagne, il faudra un jour sortir du maïs qui n’est pas du tout adapté aux évolutions [climatiques]. Pareil pour l’eau, qui finira par être un gros sujet de préoccupation.

Pour tous ces sujets, si on ne fait rien, d’ici 15-20 ans, on ne pourra plus vivre normalement dans le territoire de Riom ! Il est donc urgent de poser ce type d’équations et solliciter ceux qui ont du pouvoir et travailler avec eux à changer les choses.

Plants de maïs en Limagne, entre Lempdes et Aulnat. Les besoins en eau de cette plante posent question à de nombreux acteurs locaux face à l’assèchement progressif de la plaine céréalière / Crédit photo : éditeur

Ce travail de projection sur l’avenir des territoires est-il une mission des associations ?

Oui et non … à la base, ce sont surtout les collectivités, l’Etat et les entreprises qui ont ce rôle. Par exemple, réfléchir à ce qui se passera sous l’impact de la dérive climatique, et définir comment s’y préparer et s’adapter.

Et pourtant, je constate que ce sont les associations qui manifestent le plus de liberté dans ce domaine et qui s’emploient à imaginer l’avenir des territoires. Beaucoup plus que les institutions ou les entreprises, trop contraintes par leurs modèles de fonctionnement. A Preva, nous essayons de provoquer cette réflexion, d’analyser les problèmes rencontrés, de mettre des choses en perspective.

Ce sont les associations qui s’emploient à imaginer l’avenir des territoires.

Par exemple, nous [Preva] avons proposé la réalisation d’un “incubateur” de pratiques agricoles durables, sans intrants et sans produits phytosanitaires, avec une utilisation maîtrisée de l’eau … Et la communauté de communes Riom Limagnes Volcans [RLV] était vraiment intéressée par ce projet ! On voit donc que les collectivités ne rejettent pas [forcément] une idée, venant du monde associatif.

Lire l’entretien : pour Laurent Campos-Hugueney, « l’eau ne peut être privatisée au profit de quelques intérêts »

Quel est le sujet traité par Preva, l’association que tu présides ?

Preva, c’est une association créée pour défendre les questions environnementales et la biodiversité. Elle s’est très vite engagée sur la question de l’eau et plus particulièrement sur la zone située en aval de Volvic et alimentée par les résurgences de Saint-Genès – quatre sources issues de l’impluvium de Volvic

Depuis la création de cette nappe, voici 8 à 10 000 ans, et jusqu’à récemment, ces sources étaient très connues et très régulières en volume. Elles alimentaient même, dès le XIIIème siècle, la ville de Riom en eau potable.

La pisciculture de Saint-Genest l’Enfant, à l’époque où elle était encore alimentée par les résurgences

Pourquoi s’intéresser particulièrement à ce sujet de l’eau en aval de Volvic ?

Le problème vient de la surexploitation, à longueur d’année, de la nappe d’eau souterraine de Volvic. (…) Et notamment, en période de fortes chaleurs, durant lesquelles les prélèvements représentent des dizaines de milliers de mètres cubes quotidiens ! L’été, ce sont jusqu’à 250 camions, voire trois trains de 27 wagons, qui partent chaque jour de l’usine Volvic.

Le problème vient de la surexploitation, à longueur d’année, de la nappe d’eau souterraine de Volvic.

Cette surexploitation laisse des traces visibles et alarmantes sur le territoire : ainsi, la pisciculture de Saint-Genès est maintenant totalement fermée depuis 2017 par manque d’eau et les sources locales sont désormais à sec l’été. (…). Autre trace tangible de la surexploitation de la nappe : la mort, en aval, de nombreux arbres complètement stressés par manque d’eau.

Avez-vous étudié précisément la déperdition en eau au niveau des résurgences ?

L’investigation que nous avons entreprise dans ce domaine part de chiffres reconnus et admis par tous. Plus précisément, l’eau disponible de la nappe d’eau souterraine de Volvic est chiffrée en litres par seconde, soit à 450 à 500 litres/seconde.

Les prélèvements [déclarés] aujourd’hui sont : eau potable 130 litres, et les Eaux de Volvic (Danone) pour un peu moins de 90 litres. Cela représente donc en moyenne 220 litres par secondes. Mais ce chiffre est trompeur, car durant les périodes chaudes de l’année, nous consommons plus d’eau potable. Or, les Eaux de Volvic ont la possibilité de prélever beaucoup plus que d’ordinaire pour satisfaire les marchés.

La commune de Volvic, dont l’impluvium alimente notamment tout une partie de l’agglomération riomoise / Crédit photo : Matthieu Perona (Wikimedia Commons, CC BY 3.0)

Or, aujourd’hui, le compte y est pas. A l’étiage bas, les résurgences ont un débit de 60 à 70 litres par secondes, et elles font le yoyo toute l’année pour pratiquement se tarir en période caniculaire. Donc, à proprement parler, nous ne pouvons pas évoquer une déperdition d’eau au niveau des résurgences, mais plutôt que l’alimentation des résurgences et des zones humides qui en dépendent est la variable d’ajustement du système.

Quelle est donc votre revendication principale ?

Nous souhaitons principalement que l’alimentation des populations en eau potable et pour les milieux naturels soit prioritaire. Cela correspond à la loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques. Or, aujourd’hui, on constate que personne ne se soucie de cette loi, qui date pourtant de 2006 ! Ce sont malheureusement les milieux naturels et la biodiversité qui en font les frais de cette situation « non gérée ».

L’alimentation des résurgences et des zones humides qui en dépendent est la variable d’ajustement du système.

Selon nous, il est donc grand temps que les services de l’Etat et les collectivités territoriales concernées reprennent la main et fassent établir un état des lieux précis et complet de l’aquifère de Volvic. Et, qu’en fonction de son état et de sa capacité de recharge, soit définie une gestion vertueuse et durable de la ressource.

Comment analyses-tu les raisons du blocage constaté aujourd’hui ?

Nous ne voyons qu’une seule explication rationnelle à ce blocage : la Société des Eaux de Volvic, forte de ses emplois et des impacts économiques qu’elle génère, contraint l’Etat et les collectivités à ne rien faire.

« Marche pour l’Eau » organisée par de nombreuses associations, dont Preva, le 21 mars 2021. Les manifestants ont convergé sur l’usine du Chancet, à Volvic / Crédit photo : Alternatiba 63 (DR)

Quel est le mode d’action de Preva ?

Notre approche est avant tout pragmatique. Face aux craintes manifestées par les populations locales qui assistent aux modifications écologiques de leur territoire, nous avons entrepris une démarche d’investigation qui nous a permis de clarifier la situation de l’eau.

Ensuite, nous avons cherché à composer avec l’Etat, les collectivités territoriales et même Danone, pour solutionner le problème de l’eau, mais en vain … Les seuls à nous tendre la main et à nous aider ont été le monde associatif (FRANE, UFC QueChoisir 63, LDH Combrailles, H2O Sans frontières) et la presse surtout nationale (Le Monde, Médiapart, l’AFP, France 3, France 5, M6, Euronews …).

Lire l’entretien : l’association Frane veut « porter une voix commune pour la protection de l’environnement »

Parce que les acteurs locaux ne voulaient pas en discuter auparavant ?

En 2017, Preva a demandé au maire de Volvic d’organiser une réunion avec des représentants de la Société des Eaux de Volvic en mairie. On a proposé de réaliser avec l’entreprise un contrat territorial comprenant l’amont et l’aval concernés par l’eau de la nappe souterraine, afin d’identifier le problème posé et de trouver des solutions. Seul le maire a trouvé cette idée intéressante …

Heureusement, aujourd’hui, Preva constate que les lignes semblent bouger, car la question de l’eau « bien commun » est pleinement dans l’air du temps. Nous essayons par ailleurs de rencontrer prochainement Frédéric Bonnichon, Président de RLV et maintenant vice-président régional à “l’écologie positive”.

Lire le Grand Format : la Marche pour l’eau s’attaque aux multinationales du territoire

Preva a-t-elle lancé une initiative média en propre ?

Oui, nous avons créé, avec nos partenaires associatifs cités plus haut, un Observatoire de l’Eau. Ce nouvel outil vise à adresser à la population de Riom Limagne Volcans un message clair et documenté sur la situation locale de l’eau.

Intervention de François-Dominique de Larouzière, géologue expert, sur la structure de l’aquifère de Volvic, lors de la journée de présentation de l’Observatoire de l’Eau, le 22 mars dernier / Crédit visuel : éditeur

Avez-vous des leviers d’action au niveau national ?

Outre les médias nationaux qui suivent de très près la situation locale, nous avons participé à l’enquête parlementaire pilotée par Mathilde Panot sur la mainmise sur l’eau.

Est-il également possible de protéger le territoire par un dispositif adapté ?

Outre la mise en place d’un système de gestion durable de l’eau de la nappe de Volvic, nous aspirons à réalisation d’un autre dispositif : faire reconnaitre le territoire situé en aval de Volvic en zone humide. Dans cette perspective, nous travaillons avec le SAGE [Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux] Allier-Aval.

Mais l’affaire n’est pas gagnée car il reste maintenant à obtenir l’aval formel des maires concernés, sans oublier de convaincre les propriétaires fonciers locaux concernés.

Lire l’entretien : pour Lucie le Corguillé, « les zones humides ont un rôle capital dans le cycle de l’eau »

Pour conclure sur Preva, comment vois-tu l’avenir maintenant que les choses semblent commencer à bouger ?

Au final, nous aimerions conclure un contrat territorial qui unirait autour de RLV, les acteurs locaux et les associations de défense de l’environnement et de l’eau. Là aussi, cela reste à concrétiser …

Nous aimerions conclure un contrat territorial qui unirait autour de RLV, les acteurs locaux et les associations de défense de l’environnement et de l’eau.

Je dirais que deux scénarios sont possibles dans les mois à venir : le premier est celui de l’enlisement de la situation et de donc de l’épuisement de la ressource, ce qui serait catastrophique. Le second, idéal pour nous, serait est une prise de décision forte de L’Etat, qui forcerait toutes les parties prenantes à solutionner le problème posé et qui aboutirait à la définition d’une gestion durable de l’eau allant dans le sens de la loi de 2006.

En complément de Preva, tu es aussi engagé sur le projet d’Université du Bien Commun …

Je suis effectivement, avec un groupe d’amis pour la plupart universitaires, dont la Présidente, Mary-Françoise RENARD, à l’origine de la création de l’Université des Biens Communs de Clermont-Ferrand.

Cette nouvelle structure de la connaissance, créée en novembre 2020, a pour objet de diffuser les savoirs relatifs aux biens communs par le biais de conférences, de tables-rondes, etc. Elle s’attachera à créer les conditions d’échanges de qualité sur la question des différents biens communs : l’eau, les sols, la biodiversité, l’école, la santé … Elle se rapprochera également des initiatives associatives territoriales qui travaillent dans cette optique.

Pour aller plus loin :
Rencontre de la Résilience du 9 avril 2021 en présence de Jacky Massy – podcast audio et synthèse

Propos recueillis le entre février et juillet 2021, mis en forme pour plus de clarté puis relus et corrigé par Jacky. Crédit photo de Une : éditeur