Rencontre avec le volcanologue Pierre Boivin lors de l'édition 2014 du festival Art'Air, au "beau" milieu de la Chaîne des Puys / Crédit photo : agence Kube (DR)

Selon David Cabal, « les entreprises sont prêtes pour l’événementiel éco-responsable »

Il est possible d’en finir avec le gaspillage de moyens, de matériaux et d’énergie inhérents à l’événementiel « classique » selon David Cabal, fondateur de l’agence Kube et du festival Art’Air.


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Pourquoi cet article ?

J’ai eu la chance de connaître Alexia Darve à travers le C.A. de l’association le Connecteur, que j’ai présidée jusqu’en septembre 2020.

Alexia était alors à la tête de sa propre structure d’événementiel, Enosse. Elle nous avait aidé à lancer le Club Open Innovation et à expérimenter différents événements ponctuels sur l’innovation en Auvergne, dont un sur les objets connectés à Thiers.

Depuis, elle a rejoint l’agence Kube (en mars 2020). C’est là qu’elle me sensibilise à la démarche éco-responsable voulue par David Cabal, son fondateur.

Comment une agence événementielle, par « nature » peu portée sur la réduction des déchets et des moyens, peut-elle engager une telle démarche ? Comme on dit à la télé : « nous avons voulu … en savoir plus » 🙂

Damien

L’intervenant : David Cabal

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David est le fondateur et directeur de l’agence événementielle Kube, et aussi le fondateur du festival Art’Air.

Il a une expérience principalement musicale « dans un groupe qui a bien bourlingué – la scène m’a toujours plu », et dans les médias – directeur publicité dans la presse magazine, et collaborateur aux éditions Freeway.

Une année sabbatique le pousse à obtenir un diplôme de sommelier, après un voyage autour du thème du vin. « Ce voyage m’a bousculé en profondeur sur pas mal de choses » dit David. A son retour, il a opté pour l’événementiel « parce que j’avais besoin de rencontrer des gens, d’être à l’extérieur »

Ce fut la création du festival Art’Air en 2011, en même temps que la fondation de l’agence Kube. Depuis, une association indépendante porte le festival mais David y officie toujours.

Les confinements successifs de l’année 2020, et les difficultés du secteur événementiel – conjuguées à la crise écologique – font opérer à David un pivot stratégique pour son agence, qui s’engage sur l’éco-responsabilité de manière plus nette pour 2021. « Je pense que les clients sont prêts pour cela », estime-t-il.

Contacter David par e-mail : david@agencekube.com
Contacter David par téléphone : 04 73 34 36 04

La structure : agence Kube

Agence événementielle clermontoise axée sur les événements – grand public ou pour entreprises (incentives) éco-responsables. Elle est notamment aux manoeuvres du festival Art’Air, de la fête de clôture du festival du Court-Métrage, des Pyromélodies à Royat et d’Auvermoov (jusqu’en 2019). Et en régie sur la VVX (Volvic Volcanic Experience) et sur les Rencontres des Villes Michelin (avec le Damier).

David Cabal, fondateur et directeur de l’agence, est accompagné par Alexia Darve au développement commercial et entreprises, et par Chloé François, en alternance sur 2020. De nombreux techniciens et artistes free-lance ou en compagnie y sont associés.

L’agence propose les services de la création à l’exploitation d’un événement, en passant par la billetterie et la programmation artistique.

La sensibilité environnementale de l’équipe Kube se complète d’une proximité territoriale et d’un attachement à l’artistique et au patrimoine (notamment la mise en avant des métiers et des savoir-faire).

Visiter le site web de l’agence Kube

Le projet dont tu es clairement le plus fier, c’est le festival Art’Air. Sur quels principes l’as-tu lancé ?

Je suis né en Auvergne … et je trouve qu’on a un territoire de dingue ! (…) Art’Air, c’est un événement de promotion de la région [Auvergne] sur plusieurs axes, mais dans un cadre éco-responsable.

Je trouve qu’on a un territoire de dingue !

[Dès le début], on était déjà en circuits courts, on recyclait tout le mobilier et on minimisait les déchets : éco cups, vaisselle réutilisable …. Du côté gastronomie, on se rapprochait des filières locales. Idem sur la programmation artistique, les premières années. Bref, on avait déjà une approche très territoriale, et dans un cadre naturel.

Art’Air t’a aussi permis de développer une approche des événements “humains” …

[Dans ce festival], on a vu l’importance des rencontres pour les gens du territoire. Et ils en demandent encore plus.

Le principe originel était un festival itinérant : 20 km de randonnée par jour, à la découverte du patrimoine naturel, avec une rencontre quotidienne, un spectacle et une spécialité gastronomique. En 2021, on aura toujours le spectacle et la gastronomie, mais on réduira à 15km … avec deux rencontres à chaque fois. Ça augmentera les temps d’échange … et ça répondra à la demande du public.

Les gens font-ils le lien entre un festival éco-responsable et la nécessaire protection de l’environnement ?

Il y a eu une prise de conscience depuis dix ans sur les richesses de notre territoire, mais pas forcément sur l’environnement. Je ne sais pas si les gens font le lien (…) Car il n’y a pas forcément d’action concrète, même s’ils sont touchés par la beauté des paysages.

Nous montrons que les spectacles ne se font pas que dans une salle.

Néanmoins, des événements comme Art’Air restent une belle façon de sensibiliser. Ça peut pousser les gens à changer de pratiques, et ça ouvre les chakras : nous montrons par exemple que les spectacles ne se font pas que dans une salle, et qu’on peut suivre une conférence géniale debout dans un champ. On est ainsi beaucoup moins dans l’institutionnel, ce qui peut même être très efficace ! Parce que c’est concret, parce que quand l’agriculteur parle de ses bêtes, elles sont vraiment à côté de lui.

Exemple d’événement « incentive » en plein air : participation des salariés de MC2 à une animation percussions réalisée par Kobra Productions / Crédit photo : agence Kube (DR)

Tu as souhaité orienter clairement l’agence Kube sur les événements éco-responsables, mais la démarche est assez récente. Pourquoi ?

Le confinement nous a permis de nous demander ce qu’était l’avenir, mais aussi la raison d’être de Kube. En mars 2020, [j’ai compris que] c’était l’occasion de prendre le temps de réfléchir. On est toujours la tête dans le guidon … En plus, on venait d’intégrer Alexia [Darve, en charge de l’événementiel corporate].

On veut tous donner du sens à notre travail.

J’avais notamment besoin de comprendre comment Chloé et Alexia voyaient les choses : on est une équipe, je tranche éventuellement à la fin mais on a vraiment besoin d’être sur la même longueur d’ondes. Et ce qui est ressorti, c’est génial : on veut tous donner du sens à notre travail.

Quelles sont aujourd’hui les valeurs de ton agence ?

Kube a toujours eu un côté “local” : on fait appel à des artistes, à des prestataires locaux. D’autant plus que c’est super intéressant économiquement de faire appel à des prestataires de proximité : par exemple, notre mobilier bois en circuit court coûte bien moins cher, et pourtant on le fait faire sur mesure, par des artisans [du département].

On applique tant que possible un principe de recyclage ou de réutilisation des matériaux utilisés.

Personnellement, je suis très bricoleur, et je sais qu’on peut réemployer. Je n’aime pas jeter ! Donc on applique tant que possible un principe de recyclage ou de réutilisation des matériaux utilisés. On peut ainsi [détourner] des caisses de vin pour faire des tabourets, ou réutiliser des palettes pour monter une expo … Economiquement parlant, c’est très intéressant pour un événement.

Comment peut-on réutiliser des caisses de vin et des tourets dans un événement professionnel ? Comme ça / Crédit photo : agence Kube (DR)

Notre ADN reste le même : arts, nature et authenticité. On essaiera donc systématiquement d’intégrer ces éléments dans les événements sur lesquels nous sommes sollicités. Par contre, nos engagements sont plus clairs : on veut s’inscrire dans une démarche durable et responsable et, pour ce faire, notre rôle est avant tout de sensibiliser fortement nos clients pour qu’ils adhèrent à cette démarche.

Au final, c’est très paradoxal : ça oppose le gaspillage, l’opulence et la surconsommation qu’on voit beaucoup dans l’événementiel, au fait de mettre en avant l’humain, la nature et le respect de l’environnement. On veut définitivement partir là-dedans, c’est un gros challenge à relever.

Les luminaires sur la scène sont bien des têtes de lampadaires / Crédit photo : agence Kube (DR)

Comment comptes-tu prouver ces belles intentions ?

J’ai missionné Chloé sur cet aspect process. Fanfaronner sur notre site qu’on est RSE, c’est facile … mais encore faut-il aller plus loin en opérationnel, notamment dans le suivi et la mesure de ce qu’on fait, et de ce que font nos prestataires.

Notre rôle est avant tout de sensibiliser fortement nos clients sur cette démarche durable et responsable.

On veut donc être sûrs que notre traiteur, demain, sera en circuit court, en s’approvisionnant localement par exemple, et qu’il sache précisément comment optimiser les quantités dans un événement, avec le minimum de déchets.

Plus généralement, on se basera sur les trois axes principaux de la RSE : environnement, social, économique. Par exemple, on poussera pour travailler si possible avec des sociétés d’insertion.

Et c’est opérationnel ?

Aujourd’hui, on n’est pas encore capable de faire ce suivi. Néanmoins, je tiens à ce que ça aille loin. Je me suis notamment renseigné sur la norme ISO 20121, sur l’événementiel éco-responsable. Sans forcément y répondre – elle coûte excessivement cher ! – on peut s’en inspirer pour nos objectifs.

En revanche, on travaille sur des offres qui vont dans ce sens. Par exemple des incentive corporate autour de la nature, des artistes et d’authenticité en général. On mettra ces publics en immersion, mais toujours avec une part humaine très importante, en insistant sur la transmission de savoir-faire, de patrimoine … Au minimum en montrant et en sensibilisant !

Mise en avant de métiers typiques du territoire : ici, un tailleur de pierre échange avec les salariés de l’entreprise Kury lors d’un événement « incentive » / Crédit photo : agence Kube (DR)

Les clients – entreprises – sont-ils demandeurs de ces types d’événements ?

Oui, je pense vraiment que les clients sont prêts pour cela, désormais. Parce qu’ils ont été bousculés par le confinement, parce qu’ils sont plus conscients du changement climatique … et parce que, en termes de communication – interne surtout – c’est une certitude que l’effet sera positif.

Je pense vraiment que les clients sont prêts pour cela.

De fait, l’événementiel corporate, c’est une manière pour les décideurs de faire passer un message aux salariés. C’est à eux [les décideurs] de montrer l’exemple. Et ces messages “descendent” la hiérarchie à une vitesse incroyable !

A la Journée Sans Voiture, le 26 septembre 2020 dans Clermont – ici le projet Benur, véhicule pour PMR qui sera proposé en libre service / Crédit photo : éditeur

Comment réagirais-tu à une action de greenwashing de la part d’une entreprise cliente ?

Si une entreprise sans démarche environnementale sincère venait nous voir … C’est trop nouveau, on n’a même pas encore annoncé aux clients notre nouvelle orientation. Mais, dans ce cas, ce qu’on fera, c’est essayer d’accompagner le client vers plus de sensibilisation … et si ce n’est toujours pas cohérent avec la réalité de nos engagements, je pense qu’on dira non.

C’est une vraie question, notamment concernant les grands groupes. Par exemple, comment analyses-tu l’engagement de Volvic dans l’événement VVX, que tu organises ?

Il y aura toujours des débats autour de l’impact des grands groupes sur un territoire. Mais ils ont aussi une force de frappe qui est considérable ! De ce que je vois, ces entreprises ne sont pas bonnes sur tout, en termes environnementaux, mais elles essayent souvent de faire des efforts.

Il y aura toujours des débats autour de l’impact des grands groupes sur un territoire.

Pour la VVX de Volvic, par exemple, je pense sincèrement que les 700 bénévoles en grande majorité issus du bassin volvicois sont imprégnés de l’image de leur ville et sa grande entreprise, qu’ils en sont fiers, et que c’est bien mené socialement parlant. [De plus,] il y a une forte mise en avant du territoire, et des retombées économiques importantes localement.

Enfin, VVX sollicite la norme ISO 20121, et l’équipe est à fond dans la démarche RSE. Je trouve ça super que la ville, accompagnée de la marque [Volvic] et d’autres partenaires puissent pousser cela, le rendre possible.

Départ du trail VVX, organisé par l’agence Kube pour Volvic / Crédit photo : Gérard Fayer (DR)

Par la nouvelle orientation de Kube, que souhaites-tu atteindre au final ?

J’espère qu’on va vraiment mettre du sens dans notre métier. Il y a une pression phénoménale dans l’événementiel … et j’ai du mal à continuer sur le “toujours plus, toujours plus vite”. Je sais qu’on peut faire très simple, et très efficace.

C’est la volonté d’en faire trop qui amène du gaspillage et impacte l’environnement, tout en coûtant toujours plus cher.

D’ailleurs, je me sens très “simple”, personnellement ! Revenir à la simplicité, c’est donc important. Dans mon métier, au-delà de vouloir être plus engagé, responsable, et de le transmettre, j’aimerais surtout que les gens se détendent.

Enfin, c’est la volonté d’en faire trop qui amène du gaspillage et impacte l’environnement, tout en coûtant toujours plus cher. C’est la finalité de mon propos : on pourrait faire autrement. Je souhaite qu’on transmette cela, et que les gens l’entendent. Dans ce cas, on aura apporté une pierre à l’édifice.

Pour aller plus loin (lien proposé par David) :
écouter les chansons d’Olafur Arnalds, « pianiste islandais qui fait une musique incroyable. La part de silence, dans ses morceaux, est très importante. »

Propos recueillis le 16 octobre 2020, mis en forme pour plus de clarté puis relus et corrigés par David. Crédit photo de Une : agence Kube (DR)