La Quincaillerie Numérique à Guéret, un des modèles de tiers-lieux mis en avant par Pascal / Crédit photo : Banque des Territoires (DR)

Pascal Desfarges, les tiers-lieux et la résilience des territoires

Dans un territoire résilient, les habitants agissent ensemble pour leur bien commun, notamment via les tiers-lieux. C’est la thèse de Pascal Desfarges, spécialiste en médiation numérique.


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Pourquoi cet article ?

Vous savez sans doute que je travaille sur un projet de livre portant sur les acteurs de la transition écologique et de la résilience territoriale en Auvergne.

Par ce biais, j’ai pu faire la connaissance de Jean-Christophe Lacas, directeur de la Médiathèque de Lezoux et homme passionnant et passionné par les enjeux de « reliance » des habitants de son territoire, dans un but de résilience.

Or, Jean-Christophe avait été aidé – lors de la création de la Médiathèque et du lancement de son modèle hyper-participatif – par Pascal Desfarges, qui est un des principaux spécialistes du sujet des territoires collaboratifs en France.

Pascal connaissant bien le Massif Central (il a aussi travaillé sur le modèle de la Quincaillerie de Guéret, tiers-lieu particulièrement dynamique), il a accepté de me consacrer un entretien, et je l’en remercie (ainsi que Jean-Christophe pour son aide).

Damien

L’intervenant : Pascal Desfarges

Pascal est le fondateur et directeur de Retiss, structure de conseil et d’accompagnement en innovation territoriale. Mais il se définit comme « ingénieur d’idées« .

Après un parcours initial en philosophie, Pascal travaille à diffuser la « culture numérique » dans les médiathèques et les réseaux associatifs, à travers une approche sociétale : changement de modèle, accès au savoir, vision du monde, notion de réseau …

Ensuite, il s’oriente vers les tiers-lieux. Son projet principal, aujourd’hui, consiste à accompagne les territoires, collectivités rurales ou métropoles, dans les changements de modèle et la transition.

Dans ce cadre, il a une mission auprès de la Banque des Territoires pour accompagner des expérimentations de tiers-lieux, et produire des contenus numériques à destination des élus et collectivités sur ce sujet.

Enfin, Pascal fait partie de la P2P Foundation. C’est particulièrement important pour lui : Avec des personnalités comme Michel Bowens – le théoricien de l’économie collaborative – il participe à des groupes de travail, à de la réflexion, et à de la recherche-action. Il résume ainsi son approche : « ma passion, c’est de produire des dispositifs théoriques que j’applique dans le réel. ».

Contacter Pascal par e-mail : contact@retiss.com

La structure : Retiss

S’inspirer de la « culture numérique » et de la structure collaborative et horizontale du réseau Internet pour imaginer et agir sur la dynamique territoriale, c’est le principe de Retiss. L’entreprise se présente comme une « plate-forme spéculative et radicale de valorisation des territoires. »

Portée par Pascal Desfarges, la société accompagne les acteurs publics et privés des territoires, partout en France, dans la construction de dynamiques collaboratives et citoyennes.

Retiss est notamment spécialisé dans l’accompagnement à l’émergence des tiers-lieux et dans leur mise en réseau.

Visiter le site web de Retiss

Ton objet de travail est, de façon large, la “culture numérique”. Néanmoins, tu ne la limites pas à Internet …

En effet, les cultures numériques ne doivent pas être uniquement techno-centrée : c’est avant tout une question de vision du monde. Elles sont d’abord la conséquence de l’architecture du réseau Internet : après une première approche posée par l’US Army dans les années 60-70, on est parvenu à la conception d’un réseau décentralisé, puis à une conception distribuée, en mode “pair-à-pair”, qui atténue le principe de la hiérarchie. S’il n’y a pas de centre, il n’y a pas de chef.

Une cartographie de l’internet en … mars 2005. C’est beau, et surtout c’est complètement réticulaire et distribué, sans hiérarchie apparente / Crédit photo : The Opto Project (Wikimedia Commons, CC BY 2.5)

Quels sont alors les piliers de la culture numérique ?

Le premier axe est le paradigme collaboratif et contributif, qui se déploie partout aujourd’hui. Ce modèle pair-à-pair peut autant produire des formes mercantiles qu’humanistes : un Marc Zuckerberg arrivera à convaincre qu’il est bon de connecter les gens les uns aux autres. d’où la naissance des réseaux sociaux, et la marchandisation des données personnelles. Dans la version humaniste, cela donne Wikipedia, plate-forme de co-construction des savoirs. Dans les deux cas c’est le même paradigme, mais ne portant pas les mêmes valeurs.

S’il n’y a pas de centre, il n’y a pas de chef.

Le second axe est l’open source, notamment autour de la culture du libre : il s’agit de la réactivation de la notion de “bien commun” : VLC, Firefox, le noyau Linux en sont des exemples courants … car, au-delà des logiciels, ce sont des communautés qui s’échangent savoirs et savoir-faire pour produire des objets libres de droits et partageables entre tous

Concrètement, tu appliques ce travail sur la culture numérique aux territoires, par l’intermédiaire des tiers-lieux. Comment les définis-tu ?

Pour moi, les tiers-lieux produisent de l’espace civique ou citoyen dans l’espace public. Le concept est déjà présent au XIXème siècle, par exemple avec les phalanstères de Fourier – des lieux communautaires d’échange de savoirs, qui se sont notamment diffusés aux Etats-Unis – ou avec Robert Owen en Angleterre. Ces modes d’approche communautaire étaient d’ailleurs présentes dans les monastères du XIIème siècle ou encore dans les communautés utopiques portées par les contre-culture dans les années 60. Les tiers-lieux sont la suite logique de cette longue histoire des infrastructures civiques.

« Idée d’un phalanstère », publiée en 1836 dans un journal créé par Charles Fourier. Y est représenté le lieu de vie de la communauté idéale / Illustration de Victor Considérant (Domaine public)

Mais, ce qui est intéressant, c’est de s’apercevoir que ces lieux émergent quand il y a des “phénomènes de résilience”, des moments de rupture. Par exemple, l’émergence du capitalisme comme système de pensée pendant la première révolution industrielle est parallèle avec l’apparition des phalanstères ou les discours et propositions du socialisme utopique.

Les tiers-lieux produisent de l’espace civique ou citoyen dans l’espace public.

De même, le néolibéralisme des plateformes numériques , associé à l’anthropocène, au changement climatique dans le contexte d’une géopolitique qui voit émerger des régimes autoritaire, pousse aujourd’hui beaucoup de gens à vouloir inventer d’autres façons de vivre, d’interagir, d’apprendre à partager.

Lire l’entretien avec Diego Landivar sur l’anthropocène et les politiques publiques

Un tiers-lieu a-t-il besoin d’une incarnation physique ?

Non, un tiers-lieu n’est pas un lieu, bien qu’il puisse s’incarner dans un espace physique. C’est d’abord un processus conceptuel, qui se met en place dans l’espace public à partir d’une communauté (une association, un collectif citoyen, un groupement libre d’individus …). Cette communauté peut trouver son expression dans un lieu physique, mais pas toujours ! On a des communautés pair-à-pair qui se déplacent, ou qui trouvent leurs terrain d’expression en ligne.

Autrement dit : ce n’est pas parce qu’on a un bâtiment avec un cowork, un fablab, une recyclerie, un café … que c’est un tiers-lieu. L’adjonction des fonctions ne fait pas tiers-lieu. C’est le modèle de gouvernance, de fonctionnement en pair-à-pair de partage et de mutualisation autour des biens communs qui compte.

Comment fonctionne la gouvernance des tiers-lieux ?

Le paradigme distribué [évoqué plus haut] a une influence considérable sur les tiers-lieux : cela implique l’idée de lien social, d’interaction, de refus du mode hiérarchique. Les tiers-lieux sont souvent coordonnés par un concierge ou un facilitateur, un connecteur pair-à-pair, mais sans direction centrale. On voit donc que le modèle issu des cultures numériques distribuées s’incarne concrètement sur les territoires, au bénéfice des humains.

Le modèle issu des cultures numériques distribuées s’incarne concrètement sur les territoires, au bénéfice des humains.

L’exemple premier est Wikipedia. Mais on peut aussi penser à … une grainothèque ! Qui est une forme de bibliothèque libre de droits, un échange pair-à-pair de graines. Le principe est le suivant : je peux prendre des graines à condition que j’en apporte. Et il y a donc une communauté qui gère ces graines, avec un catalogue indexé. Comme tout est libre de droit, je peux faire pousser mes graines comme je l’entends, à condition que je participe et partage avec la grainothèque dans sa production, sa gestion, et en donnant des graines.

Les tiers-lieux sont porteurs de ce processus qui n’est ni plus ni moins que le mode de production distribué des biens communs.

La fameuse grainothèque, mise en place à la médiathèque de Lezoux et entièrement animée et alimentée par les habitants / Crédit photo : Pascal Desfarges (DR)

Et, du côté économique, quels sont les bons modèles ?

Principalement, les tiers-lieux sont en accord avec l’économie de la fonctionnalité, qui consiste à créer la valeur d’usage la plus importante possible tout en consommant le moins de ressources et d’énergie possible

C’est donc le modèle de la transition écologique et de l’économie circulaire que peuvent aujourd’hui incarner les tiers-lieux. Par exemple dans le traitement des déchets, mais aussi avec la production d’objets en s’appuyant sur les acteurs locaux. C’est donc une économie de proximité basée sur les ressources locales et la singularité d’un territoire. Et beaucoup de tiers-lieux en sont porteurs : ils accueillent des acteurs locaux comme des drives de fruits et légumes, des recycleries, des ressourceries, des repair café, etc.

Avec les Fresques du Climat, les rencontres candidats aux municipales 2020 sur l’écologie, ou encore Cocoshaker, Epicentre Factory était un tiers-lieu qui s’orientait sur la transition écologique. Mais le modèle économique n’a pas suivi et il a dû fermer. / Crédit photo : éditeur

On l’a d’ailleurs vu pendant le premier confinement : les FabLabs ont su pallié aux déficiences de l’Etat, dans le monde entier. Ils ont fabriqué des masques, des respirateurs … dans une économie d’hyper-proximité.

Les tiers-lieux peuvent incarner le modèle de la transition écologique et de l’économie circulaire.

Enfin, les tiers-lieux sont des lieux de production des biens communs. Ce concept existe depuis le Moyen-Age, avec les “communaux”, comme les rivières et les forêts. Plus généralement, il s’agit de ce que peut produire et gérer en commun une communauté. Un bien commun n’appartient à personne … et appartient donc à tout le monde !

On arrive à notre sujet central, celui de la résilience … pour toi, les tiers-lieux sont des outils au service de la résilience territoriale. Comment poses-tu ce sujet ?

Les humains habitent les territoires, notamment ruraux, dans un contexte aujourd’hui très dur : d’abord, celui de l’anthropocène, qui nous pousse à réinventer notre rapport à la nature et au non-humain. Ensuite, celui de la fragilité économique, dans un contexte de crise sanitaire.

La résilience, ici, est une aptitude à rester humain [dans ces contextes difficiles]. Elle se construit, s’invente et se partage. On la trouve dans la physique des matériaux, dans la psychologie, et dans l’écologie : la capacité d’un écosystème à se régénérer. C’est pourquoi un “territoire résilient” a du sens.

Lire l’entretien avec Marion Canalès : « Comment Clermont Métropole peut-elle impulser un nouveau modèle ? »

Ma mission à la Caisse des Dépôts [via la Banque des Territoires] est de montrer que les tiers-lieux portent des modèles innovants qui expérimentent au quotidien des solutions, notamment dans la transition écologique, dans les mutations du travail ou dans l’accompagnement à l’inclusion numérique. Ces lieux sont des plateformes d’expérimentation de nouvelles approches et donc une autre conception du territoire dont les élus et les collectivités doivent aujourd’hui tenir compte

Comment un territoire peut-il être résilient ?

Un territoire résilient, cela consiste à revenir à une économie du partage et de la proximité. C’est donc basé sur une forme de rupture avec le modèle du néolibéralisme, des grands centres industriels et du capitalisme des plateformes numériques.

Que peuvent faire les acteurs d’un territoire, comme les collectivités ? Mettre en place des politiques publiques permettant par exemple d’adopter les modèles de la permaculture, de la mobilité innovante, des nouvelles formes de travail. Il s’agit de permettre aux citoyens et aux communautés de « panser » le territoire vers des formes d’économie au plus proche des habitants et des ressources dont ils disposent.

Un territoire résilient, cela consiste à revenir à une économie du partage et de la proximité.

Mais la résilience, c’est une culture, ça ne se décrète pas. Il n’y a pas de stratégie définie. C’est d’abord une façon d’occuper le monde, de le voir, c’est donc avant tout une vision politique. Et ça met du temps, comme pour la résilience psychologique : tu mets des années à te reconstruire … ce sera la même chose pour les territoires.

Et quel est l’apport des tiers-lieux à la résilience territoriale ?

Principalement, ils donnent au citoyen la possibilité de contribuer. Et cela devient un très bon moyen de le responsabiliser politiquement ! Car ça l’implique sur des questions de valeurs, d’éthique, de vision du monde, de rapport à l’altérité. C’est en ce sens que les tiers-lieux participent de la résilience territoriale.

Le Grin est un des tiers-lieux clermontois actifs sur l’angle événements, culture et médias. Ici, lors d’une des « Rencontres de la Résilience » en septembre 2020 / Crédit photo : Théo Durand (DR)

Au fond, je pense que tous les services publics – bibliothèques, CAF, musée, centres sociaux … – devraient permettre aux citoyens de contribuer, et inclure le processus du tiers-lieu dans leur démarche. C’est ça qui construit l’espace civique : ce qui aide l’humain à jouer son rôle de citoyen. C’est même un outil de laïcité ! Parce qu’on peut y croiser toutes sortes de gens, qui ont des religions, des valeurs différentes. C’est la rencontre des singularités qui produit la richesse. Les tiers-lieux sont des espaces dédiés à tous.

Lire l’entretien avec Matthieu Poinot : « le Grin accueille toutes les façons de questionner le monde »

A un niveau plus large, tu défends un modèle de “territoire distribué” au sein desquels les tiers-lieux génèrent de l’échange et de la co-construction …

Il s’agit de dépasser le simple modèle centralisé qui prédominait jusqu’alors (la mairie au centre du village) qui représente une vision descendante des politiques publiques. Grâce aux lois Defferre [de 1982], la décentralisation s’est enclenchée avec les intercommunalités permettant de mailler les territoires et construire l’idée de mutualisation et de partage des décisions entre les élus.

Le mouvement des tiers-lieux portent une idée nouvelle, celle du « territoire distribué » qui dépasse les cadres politiques, administratifs ou juridiques institués. Il s’agit d’interconnecter, en pair-à-pair, tous les acteurs innovants du territoire, dans un écosystème qui ouvre un autre champ des possibles, hors du cadre de l’administration publique.

Le territoire distribué dépasse les cadres politiques, administratifs ou juridiques institués.

Si on tisse ce maillage d’“îles civiques” grâce aux tiers-lieux, chacun pourra influencer, polliniser son territoire de ses nouveaux modèles et de ses nouvelles visions du monde. C’est par la que l’on peut commencer à entrer dans un processus de résilience des territoires porté par les citoyens. Autrement dit, si une personne m’apprend dans un tiers-lieux à faire du compost, à mon tour je pourrai enseigner cette compétence à quelqu’un sur un autre territoire, dans un autre tiers-lieu … Il y a ici une dynamique communautaire, une praxis, une logique pragmatique de partage des savoirs-faire qui relève du bien commun.

Comment une collectivité peut-elle créer un tiers-lieu sur son territoire ?

Pour y parvenir, ça passe par le projet que portera la communauté locale. Par exemple, à Saint-Etienne, nous avons produit un atelier en s’appuyant sur le concept de “FabCity”, c’est-à-dire fabriquer avec les citoyens un objet , un commun partageable entre tous et basé sur le principe de l’open source.

A Saint-Etienne, notre projet consistait à réunir des familles pour qu’elles inventent ensemble une aire de jeu urbaine démontable pour les enfants. On a mis ces derniers en “condition d’atelier” avec les parents, et on s’est associés avec le fablab Open Factory à la cité du Design et un collectif de designers stéphanois, Captain Ludd.

Pascal a suivi le projet FabCity monté à Saint-Etienne. Il consistait à rassembler parents et enfants autour d’une aire de jeux démontable / Crédit photo : Pascal Desfarges (DR)

Pendant une journée, ils ont tous inventé un prototype d’air de jeu urbaine co-construit par ce collectif. Juridiquement, ce modèle est libre de droits – c’est un bien commun. Cela veut dire que la ville de Clermont-Ferrand peut en télécharger les plans pour le fabriquer. A deux conditions : qu’elle améliore le modèle, et que l’aire de jeu soit fabriquée par des artisans et des producteurs locaux.

Cette démarche est portée par l’association « Département des petits mondes » et nous comptons bien monter ce type d’atelier au Puy-en-Velay ou à Lezoux.

Quels sont les territoires distribués les plus remarquables en France, selon toi ?

Je cite souvent la Creuse, alors que ce département est censé faire partie de la “diagonale du vide”. Or, c’est un des plus résilients de France. Mais on a de beaux exemples dans d’autres régions, comme l’Hermitage dans l’Oise. Globalement, je pense que, là où il y a une dimension « désertique », une sensation d’abandon, les humains décident de co-construire ensemble des solutions.

La Quincaillerie numérique, à Guéret, est ainsi un très bel exemple de tiers-lieu. Là, en trois-quatre ans, ont été créés par des collectifs treize autres tiers-lieux dans les communes du département. Résultat : le réseau TELA s’est constitué, pour interconnecter ces tiers-lieux en mode distribué. Ils échangent ainsi des savoirs, mutualisent des moyens … mais ce réseau n’a pas de soubassement administratif ni juridique, hormis une association. Il ne dépend pas d’une collectivité ni d’un pouvoir centralisé, il a son propre mode de fonctionnement et représente concrètement l’idée de « territoire distribué ».

La Quincaillerie Numérique à Guéret, un des modèles de tiers-lieux mis en avant par Pascal / Crédit photo : Banque des Territoires (DR)

Plus proche de Clermont, tu as participé activement à l’émergence de la médiathèque de Lezoux comme modèle national de tiers-lieux. Quelle a été ton implication ?

Je suis un des acteurs parmi d’autres. Mon arrivée à Lezoux a eu lieu après la phase de conception citoyenne, au moment où Jean-Christophe Lacas, directeur de la médiathèque, porteur d’une vision innovante de la lecture publique, a rencontré mes propres centres d’intérêts, notamment sur la question des tiers-lieux.

Nous avons réfléchi ensemble à l’intégration de ce processus dans la médiathèque. Ce dernier se voulait contributif, et s’intitulait : “la médiathèque dont vous êtes le héros”. J’ai tout simplement collaboré avec Jean-Christophe car son projet devenait pour moi une expérimentation concrète de l’idée de « territoire distribué ».

Aujourd’hui, la médiathèque de Lezoux fait référence au niveau national ! C’est un vrai tiers-lieu, où le citoyen participe : il n’est pas simple consommateur de biens culturels, il apporte des savoir-faire, des savoirs, et il fabrique du commun.

Un atelier cuisine à la médiathèque de Lezoux. Comme quoi on n’y trouve pas que des livres et des DVD, et que c’est le fait de relier les habitants qui compte / Crédit photo : Pascal Desfarges (DR)

Comment voit-on l’aspect “tiers-lieu” dans la médiathèque de Lezoux ?

On le sent dans le discours mais surtout dans le pragmatique, dans la production-même des citoyens. Par exemple, la grainothèque de Lezoux n’est pas un produit des bibliothécaires. Ceux-là ont donné la logistique, l’espace, le temps pour que les citoyens produisent ce bien commun. Idem pour le jardin partagé derrière la médiathèque.

La médiathèque de Lezoux apporte des savoir-faire, des savoirs, et fabrique du commun.

Et on s’aperçoit que les gens adorent transmettre et échanger. Ça les valorise ! Quand un citoyen propose quelque chose et que cela fonctionne, c’est aussi de la résilience. Dans le sens où un senior, qui pouvait se sentir inutile auparavant, se sent utile pour les autres grâce à son implication dans le bien commun. C’est une notion capitale : trouver du sens à sa vie. C’est ce que produisent les tiers-lieux.

Pour aller plus loin (lien proposé par Pascal) :
l’article « Tiers-lieux, des infrastructures civiques de résilience » qu’il a rédigé pour la Banque des Territoires

Propos recueillis le 3 novembre 2020, mis en forme pour plus de clarté puis relus et corrigés par Pascal. Crédit photo de Une : Pascal Desfarges (DR)