L'équipe du CISCA en mars 2021 dans leurs nouveaux locaux de la rue Fontgiève / Crédit visuel : CISCA (DR)

Le CISCA pose la première brique de la résilience territoriale

Depuis janvier 2021, le « pré-programme » initié par le centre d’innovation sociale clermontois est en cours d’application auprès d’une dizaine de collectivités locales.


Contenu réalisé en partenariat avec le CISCA

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Pourquoi cet article ?

Nouvelle série d’articles sur Tiko : le suivi du programme de résilience territoriale du CISCA. Cette association clermontoise, que je m’en vais vous présenter ci-dessous, est presque entièrement dédiée à la question de la préparation des acteurs locaux aux chocs générés par le dérèglement climatique. Etant moi-même convaincu qu’il faut prendre ces enjeux en compte, et vite, je ne pouvais qu’être intéressé pour les suivre.

Je précise toutefois que, au-delà de l’aspect éditorial, je participe à plusieurs initiatives en partenariat avec le CISCA, et qui peuvent déboucher sur des prestations d’accompagnement dans le cadre de Sens9. J’ai néanmoins tenté d’être le plus neutre possible dans la rédaction de ce dossier, afin de vous présenter l’enjeu de ce programme de résilience, le « point de départ » de trois collectivités que je suis dans ce cadre, et les premières avancées constatées.

Damien

Les principaux points à retenir

  1. Le CISCA, centre de R&D et de transfert en innovation sociale, est une association clermontoise en lien avec les acteurs institutionnels du territoire puydômois (Métropole, Université …). Depuis 2020 et la crise sanitaire, il s’est orienté sur la question de la résilience territoriale : comment les acteurs territoriaux de notre département peuvent travailler ensemble à mieux se préparer et « dépasser » les crises à venir, liées au dérèglement climatique et à ses conséquences sociétales.
  2. Pour ce faire, le CISCA a lancé début 2021 un dispositif d’accompagnement, tourné vers les acteurs locaux et – en direct – vers les collectivités. Une dizaine de communes et d’EPCI du département se sont rapprochés du CISCA afin d’être suivies dans cette démarche qui doit durer entre 3 et 4 ans.
  3. La première phase de ce dispositif consiste en un « pré-programme« , de janvier à septembre 2021. Chaque collectivité partenaire accueillera ainsi un doctorant en lien avec le CISCA, qui étudiera les enjeux locaux, rencontrera les acteurs-clé et estimera la réceptivité aux notions de résilience et de transition.
  4. D’ici l’été, ces doctorants, sous la direction scientifique du CISCA, produiront les premiers livrables, notamment sur les vulnérabilités systémiques des territoires. La mise en commun des informations et des pratiques permettra de définir des stratégies d’action qui seront par la suite appliquées dans le « programme « principal, toujours en cours de négociation. Celui-ci impliquera notamment des rencontres plus collectives avec tous les acteurs locaux concernés.
  5. Ce dossier éditorial vous propose une « photographie » à date du programme, à travers trois collectivités que j’ai étudiées – les villes de Sayat, de Cournon, et la Communauté de Communes du Massif du Sancy. Quel est le « point de départ » des enjeux de transition écologique, vus par les élus locaux ? Quelles sont les attentes du programme du CISCA ? Et comment les doctorants concernés commencent-ils à travailler sur site ? D’autres points d’étape vous seront proposés en juin puis à la rentrée, afin d’estimer l’efficacité du parcours et les changements opérés au sein des structures partenaires.
  6. A Sayat, les enjeux écologiques portent sur la pérennité de la ressource en eau, la mobilité des transports en commun, et le manque d’informations sur l’état des forêts. Le maire, Nicolas Weinmeister, regrette la complexification administrative notamment héritée de la loi NOTRe, ainsi que le manque général de temps à accorder au long terme. L’apport d’Anaïs Bodino, doctorante au CISCA, pourra ainsi concerner les processus de co-construction et de participation citoyenne.
  7. A Cournon, c’est la réorganisation urbaine qui préoccupe François Rage, son maire et par ailleurs vice-président de Clermont Métropole en charge de la mobilité. A l’occasion de la refonte de la ligne de bus C, structurante, c’est l’opportunité de traiter la végétalisation de la ville, les trames vertes, les îlots de chaleur, les schémas piétonniers et de mobilité douce … Cournon voit aussi se concurrencer l’usage des terres, entre projets industriels dans la Z.I. et préservation de surfaces agricoles à Sarliève. Pierre Friedrich, doctorant du CISCA, va s’attarder à multiplier les échanges pour travailler sur les imaginaires collectifs, la vision future de la ville partagée. Avant peut-être de réunir les acteurs locaux autour de sujets fédérateurs comme celui de l’autonomie alimentaire.
  8. Dans le Sancy, c’est le changement climatique qui est particulièrement prégnant pour Lionel Gay, président de la Communauté de Communes et maire de Besse. Il est particulièrement attentif à la dégradation de la couverture neigeuse, à l’impact sur la ressource en eau, aux événements météo extrêmes … et à la transition économique nécessaire de l’écosystème des sports d’hiver. Le travail de Jean Gosselin, doctorant du CISCA, accompagné de Marie Fernandez Madrid, chargée de mission Transition Territoriale, sera d’évaluer la perception de la notion de résilience par les acteurs locaux, et d’appréhender les différences territoriales notamment entre les différents versants du Massif.

La structure : CISCA

Centre de recherche, de développement et de transfert en innovation sociale, principalement dédié aux questions de résilience territoriale sur le Puy-de-Dôme


Créé à l’interface des collectivités territoriales, des acteurs socio-économiques du territoire clermontois élargi, et de la recherche académique, le CISCA se consacre à la question de la transformation sociale et sociétale. Son but : « construire des interfaces » entre les acteurs du territoire, notamment en jouant un rôle de « traducteur » permettant l’élaboration de stratégies communes.

Son mode d’action consiste à accompagner les acteurs territoriaux par le transfert de connaissances ou de compétences (en somme de l’existant à déployer) et/ou de la recherche et le développement (autrement dit de la production de connaissances et d’outils d’ingénieries appliqués).

Depuis 2019, à l’initiative notamment de Clermont Métropole, le CISCA déploye progressivement un dispositif de construction de la résilience territoriale. L’objectif est d’accompagner, par un « programme » de 3 ans à partir de septembre 2021, les collectivités et EPCI du territoire à faire dialoguer acteurs publics et privés (dont les entreprises) dans une logique de prise en compte de l’urgence environnementale et de définition d’une stratégie pragmatique et collective de résilience.

Ce programme de trois ans est précédé d’un « pré-programme » de 6 à 9 mois conçu pour introduire le sujet de la résilience auprès des acteurs des collectivités concernées – élus et techniciens en priorité.

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Ecrire un mail au CISCA : coordination@cisca.fr


Ce dossier a pour but de suivre l’application concrète, et les impacts locaux, de l’action du CISCA pour la résilience territoriale. Cela se fait à travers trois collectivités que je suivrai sur les mois à venir : la ville de Cournon, la ville de Sayat et la communauté de communes du Sancy. Je tenterai de voir comment l’interaction entre l’équipe du CISCA et les élus et collaborateurs de ces structures permettra de sensibiliser à la résilience, et de préparer des échanges constructifs ultérieurs avec l’ensemble des acteurs du territoire.

Aujourd’hui, premier volet du dossier, consacré aux premiers mois du pré-programme et à une « photographie » de l’état de départ (premier trimestre 2021)

Comment lire ce dossier spécial ?

Introduction : quand les planètes s’alignent peu à peu sur la résilience territoriale

Faire face, avec lucidité, aux conséquences du dérèglement climatique sur notre territoire, n’implique pas un laisser-aller ni un défaitisme. C’est le credo du CISCA, qui – par le biais de la R&D en innnovation sociale – milite pour que les acteurs locaux se mobilisent à travers une stratégie adaptée. Dans cet objectif de résilience territoriale, nous devons être, collectivement, capables de prévoir et préparer les chocs majeurs (sanitaires, environnementaux, sécuritaires) qui arriveront prochainement. Mais aussi de les « dépasser », en résistant à la tentation de retour à la situation antérieure, génératrice du choc.

Cela implique beaucoup de choses, comme connaître et assumer les vulnérabilités du territoire, ou encore contrer les réflexes de retour en arrière après la crise. Mais le plus délicat, semble-t-il, sera de faire dialoguer – en amont du choc comme en aval – les différents acteurs du territoire. « Il faut accepter que le changement ne peut se faire que dans un dialogue entre conservateurs et progressistes dans lequel le bien commun l’emporte. » résume Nicolas Duracka, directeur du CISCA.

Lire l’entretien avec Nicolas Duracka : « on est obligé de changer de logiciel, et ce n’est pas facile »

Qui dit dialogue dit d’abord volonté d’échanger avec l’autre, et – potentiellement – d’aboutir à un compromis. Donc, de changer volontairement son point de vue afin de co-construire une solution. Pas si évident pour la très grande majorité des humains, et encore plus de leurs structures : quand une entreprise a fonctionné pendant des décennies sur la commercialisation d’un produit, a développé son image, a recruté des collaborateurs, comment opérer une redirection si ce produit s’avère incompatible avec l’avenir à court terme du territoire ? C’est un peu le débat, désormais classique, « fin du monde / fin du mois ».

Qui dit dialogue dit aussi langue commune … ou, a minima, un traducteur. Voilà sans doute le rôle le plus important du CISCA. En tous cas, celui qu’il met en avant quand il parle de « construire des interfaces » entre les acteurs du territoire. Depuis sa création en 2019, l’association avait notamment initié des « Comités d’Orientation Territoriale » (COT), réunissant le temps d’ateliers de quelques heures des acteurs variés.

Il faut maintenant passer la vitesse supérieure. C’est l’ambition du « programme résilience territoriale », porté à Clermont Métropole par Marion Canalès et qui se concrétise, enfin, cette année. Lors d’un échange en mai 2020, elle en résumait ainsi l’enjeu : « chacun doit déconstruire ses modèles, ses systèmes, ses méthodes, et les faire différemment. Il faudra prendre ce temps nécessaire ! » … mais reconnaissait que l' »on n’est pas encore à la hauteur des enjeux de modification du système.« 

Lire l’entretien avec Marion Canalès : « Comment Clermont Métropole peut-elle impulser un nouveau modèle ? »

Ce n’était pas une injonction bien sûr. Plutôt un signal de la volonté de la Métropole d’avancer sur le sujet et d’entraîner dans son sillage qui la suivre. Aujourd’hui, une petite dizaine de collectivités sur tout le département ont conventionné avec le CISCA (six conventions signées au 1er avril 2021, trois en finalisation, deux en négociation).

A noter que la progression des échanges reste plus laborieuse avec Clermont Métropole, qui pourtant fait partie des fondateurs du CISCA. Reflet du manque de réactivité des gros acteurs, de la taille des enjeux à faire pivoter, ou des négociations politiques propres à une capitale (fût-elle symbolique) … en attendant, le pré-programme a débuté avec les collectivités signataires, et s’adaptera en cours de route aux nouveaux entrants.

L’ENJEU DU PLAN METROPOLITAIN DE SAUVEGARDE

Depuis 2004, le Plan Communal de Sauvegarde (PCS) était obligatoire à l’échelle communale, sous la responsabilité du maire, pour planifier les actions des acteurs communaux de la gestion du risque (élus, agents municipaux, bénévoles, entreprises partenaires) en cas d’évènements majeurs naturels, technologiques ou sanitaires. Il a pour objectif l’information préventive et la protection de la population.

Actuellement examiné à l’Assemblée nationale, le Plan Intercommunal de Sauvegarde (PICS) – Métropolitain dans le cas de Clermont – pourrait le supplanter pour les intercommunalités ayant au moins une commune soumise à un PCS. Son objectif est multiple et souhaite pallier aux incertitudes et difficultés rencontrées par les communes et gestionnaires des risques :
manque de moyens (financiers, humains …) face aux crises de grande ampleur;
absence de cohésion dans les différents PCS d’un même territoire;
mauvaise articulation entre « crise globale » et « gestion locale », typique des problématiques environnementales et climatiques;
– plans d’urgence trop souvent réalisés dans le cadre d’une obligation réglementaire, et à moindre frais donc de qualité variable.

Les PICS permettront alors d’être pris en charge, en totalité ou en partie, par les EPCI ou permettront au groupement de communes de profiter d’économies d’échelle.

Il faudra attendre l’été – les conseils métropolitains d’avant ou après vacances, selon l’ordre du jour – pour être fixés sur l’engagement formel de la Métropole dans le programme de résilience territoriale porté par le CISCA. Un refus, ou plutôt un engagement sous forme de compromis, sans y mettre les moyens ni la volonté nécessaires, signera-t-il l’arrêt de mort de la dynamique ? Difficile à dire, tellement il est possible d’adapter le dispositif à la réalité des acteurs engagés.

Ce qui est sûr, c’est que l’urgence écologique ne fera pas de pause, et que ceux qui s’engagent plus tôt dans leur stratégie de résilience auront moins de difficultés par la suite.

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La transition écologique vue par trois collectivités

Pour rappel, il s’agit d’une série d’échanges avec trois représentants de structures signataires de la convention de pré-programme CISCA : les maires de Cournon et de Sayat, ainsi que le président de la communauté de communes du Massif du Sancy (par ailleurs maire de Besse). Le CISCA travaille avec d’autres collectivités du département, mais ces trois collectivités que j’ai choisi de suivre me semblent représentatives de la diversité environnementale, économique et démographique du territoire.

Accès direct aux trois collectivités étudiées:

Les collectivités (communes et comcom) signataires ou en négociation avec le CISCA pour le pré-programme de résilience territoriale, au 1er avril 2021 / Crédit visuel : CISCA (DR)

A Sayat, le volontarisme de Nicolas Weinmeister face aux complexités réglementaires

Le maire de Sayat, commune de 2250 habitants située entre Durtol et Volvic, souhaite faire de ce mandat celui de l’action face au dérèglement climatique, après un premier mandat en tant que maire (2014-2020) vécu « en posture de réaction » notamment face à « la baisse des dotations de l’Etat et à l’application de la loi NOTRe » qui a pris deux années aux élus.

L’intervenant : Nicolas Weinmeister

Maire de Sayat depuis 2014


Nicolas bénéficie d’un parcours professionnel varié qui lui procure « une grosse sensibilité » aux enjeux environnementaux et, d’une manière générale, à ce qui sort du cadre strict de sa fonction d’élu local. Bac scientifique, Sciences Po Bordeaux, Fac de lettres, master d’urbanisme … son travail actuel étant celui de géomètre.

Il insiste sur l’importance de travailler en transversalité. « Nos politiques sont trop segmentées et hermétiques« , reconnaît-il. Entré au conseil municipal de Sayat en 2008, maire depuis 2014, il regrette néanmoins le manque de moyens mais surtout de temps, conjugué à la complexité administrative depuis la loi NOTRe (qui se constate notamment dans la compétence mobilité) et au manque d’outils pour avancer sur la résilience territoriale.

Visiter le site web de la ville de Sayat

Crédit photo : ville de Sayat (DR)

Quels sont les problématiques et les défis de la transition écologique, vus par Nicolas Weinmeister ? Quelques éléments issus de notre entretien du 11 février 2021 :

La méthode : travailler en transversalité, dégager du temps pour le long terme

Si l’écologie devrait transcender l’ensemble des partis politiques, elle devrait aussi aider à décloisonner l’organisation des politiques et des services « techniques ». Or, les limites sont omniprésentes : parce que « nos politiques sont trop segmentées et hermétiques », reconnaît Nicolas Weinmeister, mais aussi au sens « financier, juridique, de compétences au sens institutionnel »

Le maire de Sayat est assez critique vis-à-vis des conséquences de la loi NOTRe, qui a réorganisé les collectivités territoriales et redistribué leurs compétences. Ainsi, Sayat dépend de l’aire urbaine de Clermont mais est membre de la communauté de communes Riom Limagne et Volcans : un paradoxe (s’expliquant néanmoins par certaines raisons) qui entraîne des conséquences très négatives en termes de transports en commun – comme l’impossibilité d’adhérer au SMTC.

Nos politiques sont trop segmentées et hermétiques

Nicolas Weinmeister

Mais le problème principal reste ce diable de temps, toujours fuyant : pour les élus, et pour les habitants. « Plein de gens auraient envie de nous rejoindre », reconnaît Nicolas, « et seraient prêts à s’engager pour leur village, mais n’ont pas le temps. ». Le mandat 2014-2020 a été vécu par l’élu comme une longue période de gestion de l’urgence, aggravée par la crise sanitaire. Mais, d’une façon générale, « la routine de la gestion nous prend trop, et on risque de perdre la capacité à innover, à être à l’initiative des choses » conclut-il.

Pour une communication plus fréquente avec les habitants, et davantage d’interaction

Quand leur apport est encadré en termes de méthodologie, les gens savent exprimer ce qu’ils veulent : telle est l’opinion de Nicolas Weinmeister. Cela s’illustre bien dans la dynamique Inspire, lancée par Clermont Auvergne Métropole en 2021. « Inspire, c’est très bien pour faire entrer le citoyen dans le processus, au moins de collecte de besoins et d’idées« . Il cite le covoiturage, où une collectivité peut aménager une aire qui ne sera pas utilisée, alors que les habitants vont monter une aire spontanée sur un parking. « Les collectivités, en général, ont un temps de retard » observe-t-il.

Essaimer, sensibiliser, embarquer les gens avec nous … c’est déjà un grand pas !

Nicolas Weinmeister

Voilà pour les remontées d’idées. Mais quid de la communication plus descendante ? « Essaimer, sensibiliser, embarquer les gens avec nous … c’est déjà un grand pas » résume Nicolas. Pour toucher les habitants, il y a bien sûr les outils déjà existants comme les bulletins municipaux. Mais ils ne sont pas assez fréquents en termes de parution. Entre la décision d’une action et sa justification dans le bulletin, les réactions de la population (à travers des pétitions par exemple) peuvent survenir.

Il faudrait donc une forme de communication, d’échange, à la fois plus horizontal et plus fréquent. Le but serait tout simplement que les gens « sachent ce qu’il se passe », de manière globalement continue, et se sentent impliqués dans les problématiques de terrain. Dans ce cadre, une nouvelle formule du bulletin municipal « Say’Actu » va sortir, programmée tous les trois mois, dans un objectif de réactivité.

La situation géographique de Sayat, à double tranchant

A cheval sur les aires urbaines de Clermont et de Riom, mais dans la zone d’attraction économique de la capitale auvergnate, Sayat bénéficie d’un emplacement agréable et recherché : « nous sommes en position péri-urbaine / rurale » résume Nicolas Weinmeister. « Sayat est située dans le PNR des Volcans, avec une partie haute dans le périmètre UNESCO. Et nous sommes une commune forestière … »

Des atouts qui plaisent à de nombreux résidents, et qui justifient le développement démographique de la commune + 9,14% de population entre 2014 et 2018 (versus moins de 3% pour le Puy-de-Dôme). Mais il y a un revers à la médaille : « la nature étant proche, on a l’impression qu’il n’y a pas le même degré d’urgence environnementale qu’ailleurs » regrette le maire de la ville.

Vue de Sayat depuis les hauteurs, avec le plateau de Lachaud en fond (Chateaugay). La commune bénéficie d’une vraie proximité avec la nature … ce qui ne facilite pas la prise de conscience de l’urgence écologique / Crédit visuel : ville de Sayat (DR)

L’urgence première : la raréfaction de la ressource en eau

Sayat est topographiquement en escalier le long de la faille de Limagne. Proche de Volvic, elle bénéficie d’une eau provenant d’une source unique de la même qualité. Le Bédat, affluent de l’Allier, en est son ruisseau principal. « Mais la rivière et les milieux naturels ne sont pas alimentés correctement [ces dernières années] » note Nicolas. « Notre indicateur est simple : c’est le moulin à huile. [Grâce à lui], on voit très vite quand il n’y a pas assez d’eau dans le Bédat »

Si le débit d’eau sortant de l’affleurement rocheux en amont est encore suffisant pour assurer les approvisionnements de Sayat et du bourg d’Argnat (situé en surplomb mais dépendant de la commune), l’élu craint la dépendance de cette source unique. D’autant plus qu’il y a une forte inertie temporelle, propre aux impluviums volcaniques : « L’eau que l’on consomme tout de suite est tombée depuis plusieurs années. Le peu de précipitations que l’on vit aujourd’hui se fera sentir dans les années à venir », précise Nicolas.

Voir le compte-rendu de la Rencontre de la Résilience du 9/4/21 sur l’eau en bouteilles et la situation à Volvic

Quelles solutions sont envisagées ? Un arrêt de l’alimentation des fontaines publiques est toujours possible mais avec un impact très limité. Plus utile serait, sans doute, le branchement au réseau intercommunal du côté de Riom, « pour avoir une ressource de secours en eau potable » selon Nicolas … ce qui, reconnaît-il, ne règlera pas le problème de l’eau pour les milieux naturels.

Pour l’agriculture et les forêts, un manque d’informations et d’outils pratiques

Les hauteurs de Sayat sont bien garnies de forêts mixtes. On y trouve des bois privés, en production, et une châtaigneraie publique. Un syndicat mixte de production forestière (SMGF) couvre les communes de Sayat, Chanat et Saint-Ours gère une partie des forêts communales et privées, en complément des propriétaires individuels.

Conséquence : l’information ne circule pas toujours bien. « On ne sait pas vraiment comment vont les arbres » résume le maire de Sayat. « On voit les arbres morts quand il y a des coups de vent, mais, pour le reste, les puys et côteaux sont des espaces privés, et peu de données nous remontent ». L’espoir étant que les plans de prévention du risque inondation (compte tenu de la déclivité du terrain) permettent de mieux connaître l’état des forêts.

La forêt au-dessus de Sayat, au nord-ouest de Clermont : des arbres commencent à mourir de chaud par groupes / Crédit photo : éditeur

Plus largement, sur la question de la production agricole (et forestière), Sayat dispose de quelques activités en exploitation et en vigne – c’est un ancien village vigneron. Le problème soulevé par Nicolas Weinmeister est ici celui des leviers réglementaires à disposition de la commune : « Un des seuls outils utilisables [concernant la forêt] est le règlement de boisement (…) qui ne concerne que les espaces boisés des exploitations agricoles ».

Lire l’entretien : « Valoriser tout le patrimoine forestier, selon Marie Forêt »

De même, comment peser sur la préservation ou la destination des terres agricoles ? « Autant il y a un PLU pour la construction », regrette l’élu, « autant on n’a rien d’équivalent pour l’agriculture. (…) Il manque un tel outil qui nous aiderait à définir quels secteurs doivent être valorisés pour aider la filière, d’abord par le foncier »

Pour résumer la position du maire de Sayat sur le sujet : « Je ne vois pas comment on peut travailler sans outil clair, pratique et un peu contraignant » … qui serait d’origine parlementaire. « On sait que l’agriculteur est un acteur de l’aménagement du territoire », conclut-il.

La mobilité est devenue un casse-tête administratif qui favorise la voiture

Dernier point soulevé par Nicolas Weinmeister : la complexité du dossier « mobilité » à Sayat. Comme nous l’avons vu, la commune dépend de Riom Limagne et Volcans pour la compétence mobilité, mais a besoin d’être reliée en transports en commun à Clermont, son pôle d’attractivité économique. Elle était d’ailleurs adhérente du SMTC … jusqu’à ce que la loi NOTRe l’oblige à en sortir.

Il reste une ligne de bus T2C qui relie la ville à Clermont, la numéro 32. « On a pu la maintenir, au prix de nombreuses négociations souvent compliquées. » détaille l’élu. « Car, comme on passe la frontière des intercos, il s’agit d’une compétence tripartite avec la Région … ». Convention tripartite qui prendra fin en 2022, sans avoir de visibilité sur l’avenir.

Je ne vois pas comment on peut travailler sans outil clair, pratique et un peu contraignant.

Nicolas Weinmeister

Résultat : d’une part, des services de transports en commun à la demande, ou pour personnes à mobilité réduite, n’ont pas été reconduits. D’autre part … les usagers prennent de plus en plus la voiture pour se rendre à Clermont, chargeant les routes de Durtol et de Nohanent.

Et la situation semble difficilement soluble sans casser des œufs : « si on adhère à Clermont Métropole, ça résoudra le problème du transport » reconnaît Nicolas. « Sauf que la crèche de Sayat est gérée par Riom Limagne Volcans. Or, la CAM n’a pas cette compétence, et on ne pourrait alors pas maintenir [ce service public]. » L’élu passe donc une bonne partie de son temps, dans ce dossier comme dans de nombreux autres, à mesurer les impacts de chaque décision pour les habitants. « Mais le rôle de l’élu est d’abord de garantir les services publics, pas de les mettre en balance » conclut-il.

A Cournon, François Rage souhaite revoir l’organisation urbaine à l’aune de la transition

Le maire de la seconde ville du département est également président du SMTC et premier vice-président de Clermont Métropole, en charge des questions de mobilité. Une position idéale pour revoir l’organisation de sa ville – l’urbanisation générale datant des années 70 – en y appliquant les principes de la transition écologique ? Si la volonté semble être bien présente, l’applicabilité des mesures sera un défi.

L’intervenant : François Rage

Maire de Cournon, vice-président de Clermont Métropole en charge de la mobilité durable, et président du SMTC clermontois


François Rage a commencé sa carrière dans le monde de l’éducation. Enseignant-formateur à l’IUFM de Clermont, puis directeur d’une grosse école primaire à Cournon – 350 élèves – il y a notamment travaillé sur l’organisation et le projet éducatif. Il en a gardé une forte sensibilité en faveur de la pédagogie et de l’action de sensibilisation auprès des scolaires.

Il est également proche de la nature et du monde associatif, de par son passé militant aux Eclaireurs de France (branche laïque du mouvement scout). « Mon engagement est sur la laïcité et l’éducation.« , résume-t-il.

En 2014, il devient président du SMTC clermontois, fonction qu’il exerce encore aujourd’hui.

Enfin, il est élu maire de Cournon en 2020, et devient ainsi premier vice-président de Clermont Métropole, en charge de la mobilité durable.

Contacter François Rage par e-mail : f.rage@cournon-auvergne.fr

Crédit photo : Alparslan Coskun, ville de Cournon (DR)

Retour sur les principaux points issus de l’entretien avec François Rage, par ailleurs publié dans Tikographie le 2 avril dernier :

Lire l’entretien complet avec François Rage : « l’organisation urbaine doit intégrer les questions de transition »

Parvenir à embarquer tous les acteurs de la ville dans la transition écologique

On retrouve chez François Rage ce souhait de rendre la transition écologique transversale à toutes les actions municipales, « même les plus anodines : donner une subvention, agir dans le domaine social … ». L’élu parle plus volontiers de « transition énergétique », tout en admettant qu’on peut y raccrocher les autres thématiques environnementales comme l’eau ou les déchets.

Sa marotte reste l’éducation et la sensibilisation – cela étant lié à son passé de directeur d’école et d’associatif dans le mouvement Eclaireurs de France. Il souhaite notamment implanter dans les écoles des éducateurs au développement durable, d’ici 2 ou 3 ans : « Il faut aider les ‘petits gestes’ comme récupérer les déchets de la cantine, récolter le compost … » précise-t-il. « Je crois beaucoup à ce passage par les écoles et les centres aérés ! »

Je crois beaucoup à ce passage par les écoles et les centres aérés.

François Rage

Pour les « adultes », il faut davantage miser sur la co-construction. Ainsi, les conventions établies entre la ville de Cournon et les acteurs locaux poussent – selon François Rage – les acteurs à être plus vertueux. En effet, les partenaires sont les mieux à même d’« analyser leur fonctionnement aujourd’hui, et voir (…) là où ils peuvent progresser. »

Vue depuis les hauteurs de Gergovie, la délimitation entre les espaces agricoles de la plaine de Sarliève (le long de l’A75) et la zone industrielle de Cournon sont marquants. Le projet porté par Terre de Liens consiste à sauvegarder et faire « transitionner » ces terres agricoles / Crédit photo : Tabl trai (Wikimedia Commons, CC BY SA 3.0)

Reste que pour le monde économique, l’équation est forcément plus délicate que pour les associations ou les particuliers. Cournon disposant d’une des plus grosses zones industrielles du département, limitrophe de la plaine de Sarliève qui fait l’objet d’un projet de sauvegarde de terres agricoles. « Les industriels ont des appétits très forts sur ce terrain-là » reconnaît le maire de la ville. « C’est donc un arbitrage difficile, mais il faut considérer que les porteurs de projets et les chefs d’entreprise peuvent être nos partenaires » dans la transition écologique.

La réorganisation urbaine, fil rouge de la transition à Cournon

Deux opportunités semblent motiver François Rage pour engager plus activement la transition urbaine et écologique de sa ville : d’abord, le fait que l’urbanisation principale date des années 1970, ensuite, la mise en place du nouveau Plan de Déplacement Urbain (PDU) avec une refonte profonde de la ligne C, « qui sera régulier et cadencé comme un tram » espère l’élu, par ailleurs président du SMTC.

Comment ne pas devenir un simple « quartier » de Clermont ? Pour ce faire, l’idée est de développer « plusieurs lieux de centralité » autour du centre-ville, en les reliant entre eux de manière intelligente. En outre, ce sera le vrai test pour voir si la municipalité parvient à prendre en compte toutes les problématiques de transition écologique.

Cournon est la seconde ville du département de par sa population. En termes d’urbanisme, elle est nettement séparée entre le vieux bourg aux ruelles assez tortueuses et très minérales, et les quartiers plus modernes – résidentiels pour la plupart, plus la zone industrielle. Le tout encadré par l’Allier, les Puys et la plaine agricole de Sarliève / Photo domaine public

Un des éléments de réponse consiste à favoriser la « nature en ville ». « On va établir une ‘charte de l’arbre’ (…) et réparer les erreurs du passé. » indique François Rage. « Qu’on ne travaille plus au jugé, comme planter un résineux au-dessus d’une tombe ». Au-delà, une étude est en cours sur le principe de « trame verte ».

Comme partout en ville, les îlots de chaleur sont un enjeu majeur. Le traitement des cours d’école (par la végétalisation), la fin des enrobés systématiques, et le changement des pratiques d’arrosage sont des pistes étudiées. Cela dit, « notre ville est assez pavillonnaire, donc il y a pas mal de verdure, même si elle est privée » souligne l’élu, « sans parler des bords d’Allier et des puys. Il faut qu’on relie ces ensembles, en travaillant sur les trames ». Ce qui implique beaucoup d’interaction et de sensibilisation des habitants.

Lire l’entretien : pour Diane Deboaisne, « l’urbanisme doit faire la synthèse de beaucoup d’enjeux »

Un « système vélo » et un schéma piétonnier à l’étude

Côté mobilité, et outre la structuration en transports en commun apportée par le PDU, François Rage insiste sur le parallèle entre rénovation urbaine et schémas de déplacement de proximité. Il mise ainsi à la fois sur le piétonnier et le vélo : « Ce type de déplacements est, pour moi, une richesse ! ». Il essaye notamment de réfléchir « système vélo », mêlant infrastructures, équipement, formation, financement …

Lire l’entretien : « pratique, culture et système vélo, selon Serge Fabbro »

Le maire de Cournon ne croit en revanche pas dans la motorisation à l’hydrogène. Il préfère parier sur un mix biogaz – en lien avec le pôle Vernéa, assez proche – et électrique pour convertir la flotte de véhicules municipaux. Il est cependant réservé sur la généralisation des voitures électriques, de par la contrainte posée par les bornes de recharge en ville.

La proximité de l’Allier rend l’eau moins problématique

Dernier point soulevé par l’élu : le lien entre la rivière Allier et la ville. Concernant la ressource en eau, les nombreux puits de captage (sur l’Allier mais aussi en ville, à flanc de puy) et la présence du réservoir du puy de Bane font que les risques de pénurie semblent moins prégnants. « On progresse néanmoins sur des usages plus raisonnés » souligne François Rage « comme l’arrosage plus parcimonieux et à l’eau de la rivière, ou encore l’identification des captages abandonnés »

Ce sont sans doute plus les aléas de la rivière qui posent problème. Les nombreux enrochements réalisés peuvent protéger certains sites comme des campings, mais finissent par déplacer le problème de crue en aval. « On est alors obligé de refaire régulièrement [les aménagements] ce qui prouve bien que [la solution] n’est pas satisfaisante. » conclut le maire de Cournon.

Les enrochements sur l’Allier, au niveau du plan d’eau de Cournon. Une protection à double face, qui peut aussi déplacer le problème de la crue en aval / Crédit photo : éditeur

Et sur la biodiversité, pas d’alerte rouge non plus : les flancs de puys et les bords d’Allier sont des réservoirs de faune et de flore suffisants, selon François Rage. Une politique de réimplantation de certaines espèces, comme la vigne, et de développement d’une agriculture de proximité est néanmoins en discussion avec des partenaires comme la LPO, les associations locales et les agriculteurs. L’espoir du maire repose notamment sur le futur Plan Local d’Urbanisme Intercommunal auquel il participe en tant que premier vice-président de Clermont Auvergne Métropole.

Dans le Sancy, Lionel Gay cherche à mobiliser autour du dérèglement climatique

A l’opposé des communes métropolitaines, proches de Clermont et généralement péri-urbaines, j’ai choisi de suivre l’engagement de la Communauté de Communes du Massif du Sancy dans le pré-programme du CISCA. Avec ces célèbres stations de ski et ses villes thermales, son altitude élevée (800 mètres minimum … versus 360 pour Clermont), sa couverture forestière importante, le profil du territoire est à l’opposé de celui de la Métropole. Nous verrons par la suite comment le CISCA parvient à travailler avec une telle diversité d’espaces.

L’intervenant : Lionel Gay

Président de la Communauté de communes du Massif du Sancy ; conseiller départemental ; maire de Besseet-Saint-Anastaise


A 54 ans, Lionel Gay est aujourd’hui notamment maire de Besse-et-Saint-Anastaise (dont fait partie la station de ski Super-Besse) et conseiller départemental (groupe « La gauche 63′). En 2020 a été réélu à une très forte majorité président de la Communauté de Communes du Massif du Sancy.

Il est particulièrement moteur sur les sujets d’environnement et de transition écologique, qui peuvent « faire partie des atouts du territoire » de demain, indique-t-il.

Crédit photo : Ville de Besse (DR)

Dans les trois interviews d’élus que j’ai pu faire pour ce dossier, Lionel Gay est celui qui a tout de suite mis en avant les conséquences du dérèglement climatique sur son territoire.

Le constat d’un changement climatique inéluctable

En effet, le changement climatique peut se traduire par un réchauffement, même si ce n’est pas toujours le cas. Dans le Sancy, comme sur de nombreux domaines skiables de moyenne montagne, l’impact est de plus en plus visible. « On est en plein coeur d’un territoire qui subit cette évolution climatique » reconnaît Lionel Gay, « avec de grandes variations, mais [au global] un réchauffement continu. »

On est en plein coeur d’un territoire qui subit cette évolution climatique.

Lionel Gay

La couverture neigeuse est la première à être touchée : une étendue plus réduite, une épaisseur moindre, une « saison » plus courte. « Nous étions encore abondamment couverts de neige il y a 30 ou 40 ans. Aujourd’hui, les durées de précipitations neigeuses diminuent » poursuit le maire de Besse.

Lire l’entretien : « le changement climatique dans le Massif Central, suivi par Vincent Cailliez »

Ce phénomène se combine à une grande variabilité météo sur l’année, avec des étés de plus en plus chauds et des phénomènes météo plus extrêmes. « Tout est beaucoup plus exacerbé, violent et rapproché, avec contraste de plus en plus fort » conclut Lionel Gay.

Le Mont-Dore et le massif du Sancy, vus du Puy Gros. Le Puy de Sancy culmine à 1886 mètres / Crédit visuel : Fabien 1309 (Wikimedia Commons, CC BY SA 2.0)

Des conséquences encore limitées pour l’eau et la biodiversité

Sur la ressource en eau, l’altitude et la configuration géomorphologique du massif du Sancy les protègent des phénomènes constatés en plaine. Le Sancy est exposé directement aux flux océaniques en provenance de l’ouest, et bénéficie de précipitations abondantes. C’est « l’effet montagne », très localisé puisque, à 15 kilomètres en aval, le niveau de précipitation est divisé par deux.

Notre chance est de bénéficier de nombreuses réserves naturelles comme Chaudefour ou Chastreix

Lionel Gay

Y a-t-il pour autant des sécheresses, ces dernières années ? « Oui, avec des problèmes en aval sur la production fourragère ou les estives » reconnaît Lionel Gay – qui insiste sur l’adaptation progressive de ces pratiques. « Le problème est surtout celui des ‘grandes chaleurs » qui peuvent plaire aux estivants mais impactent plus la végétation.

Les forêts, quant à elles, commencent à changer : « on voit les conséquences (…) un peu partout en-dessous de 1000 mètres, avec des arbres sécher. » insiste Lionel. « Mais notre chance est de bénéficier de nombreuses réserves naturelles comme Chaudefour ou Chastreix, qui sont aussi des lieux de protection de la biodiversité et de sensibilisation à l’environnement ».

Un mouflon sur les flancs du Sancy. L’ensemble du massif, notamment ses zones protégées, sont des réservoirs uniques de biodiversité en milieu subalpin / Crédit visuel : Marie-Lan Taÿ Pamart (Wikimedia Commons, CC BY SA 4.0)

Ces espaces préservés font office de « tampon » des aléas climatiques … même si on y constate, comme partout, une chute de la population de certaines espèces, les insectes en particulier. Le président de la communauté de communes constate cela parfois de manière très pragmatique : « on ne lave plus un carreau de voiture ! ». Idem pour certaines hirondelles qui parviennent désormais à nicher à 1300 mètres d’altitude. « A vue d’homme, le bouleversement est très rapide » conclut Lionel Gay.

Le casse-tête de la transition économique des sports d’hiver

L’économie d’hiver « traditionnelle » – celle principalement basée sur le ski de descente – n’est donc plus tenable à moyen terme. Cependant, cette dernière était très spécifique et structurante pour le territoire du Sancy. « un pouvoir d’achat important, des infrastructures onéreuses avec des amortissements lourds … » résume Lionel Gay. « Le ski, c’est un modèle de consommation qui n’existe pas ailleurs dans le tourisme »

A vue d’homme, le bouleversement est très rapide

Lionel Gay

D’autant plus que les investissements autour de la neige artificielle (canons à neige installés à Super-Besse notamment) créent un effet de trompe-l’œil en permettant à l’activité neige de perdurer encore 20 ans.

Lire l’actu : « le master Design de l’anthropocène questionne le modèle des stations de ski »

Cependant, la diversification est en cours, insiste l’élu. « Dans les Alpes, le « hors neige » représente 7% des revenus. Nous, on est plus vers 15% » C’est la transition vers un modèle du tourisme « pleine nature », mais qui sera forcément différent en termes d’impact économique … et environnemental. « La philosophie du sport pleine nature est foncièrement différente » insiste Lionel Gay. « Ce n’est pas un modèle de surconsommation. »

A Super Besse, le lac des Hermines rend possible le fonctionnement des canons à neige et la pérennité – artificielle – de la station pour plusieurs années. N’est-ce pas pour autant une manière de repousser le changement nécessaire ? / Crédit visuel : Sylenius (Wikimedia Commons, CC BY SA 4.0)

Bonne pour l’environnement, la pleine nature n’est donc pas évidente à envisager pour les acteurs économiques qui s’étaient organisés autour d’une approche radicalement opposée. Mais Lionel Gay souligne que « la transition ne se fait pas d’un seul coup, il faut du temps. Et nous tenons à maintenir une activité ‘neige’ sur nos territoires, même si elle prend une autre forme ».

Mobilisation et prise d’initiatives

Comment embarquer les acteurs du territoire dans l’adaptation à ce changement ? « Le constat n’est sans doute pas évident pour tout le monde, et beaucoup de gens ont peur des conséquences » analyse Lionel Gay. « Leur modèle [économique] – ski, agriculture – peut être complètement remis en cause. Ainsi, nombreux sont ceux qui interrogent ces changements, [sans pour autant] questionner le système qui les a fait naître. »

Certains acteurs prennent néanmoins les devants, avec pourtant peu d’associations engagées. C’est donc, selon Lionel Gay, surtout la collectivité qui avance. « Mais le décalage entre ce qu’on peut faire sur le terrain et la vitesse du changement climatique ne donne pas des perspectives claires. Et la collectivité doit assurer le court terme dans le cadre d’une adaptation long terme. » insiste le maire de Besse.

Nombreux sont ceux qui interrogent ces changements [sans pour autant] questionner le système qui les a fait naître.

Lionel Gay

Et que se passe-t-il de concret ? Divers exemples m’ont été cités dans l’interview, comme des jardins partagés à Besse, une installation de maraîchers (« mais on a du mal à trouver des gens pour embrayer en local » reconnaît Lionel Gay), des plantations de haies pour la biodiversité et des réserves de neige, un travail sur l’énergie avec l’Aduhme (sur le photovoltaïque) ou encore le turbinage (turbines installées sur des conduites de descente d’eaux) …

Lire l’entretien : « Sobriété, performance et diversification énergétiques : la recette de Sébastien Contamine »

Il est cependant, pour certains dossiers, plus facile d’avancer et d’expérimenter en local. En effet, la commune de Besse ne compte que 1500 habitants … mais elle avance sur plusieurs fronts, notamment la production agricole locale organisée en régie (cantines scolaires, maison de retraite …), les chartes de bonnes pratique et la mise en réseau d’acteurs.

Au niveau de la communauté de communes, le travail porte sur la structuration de la filière eau et bois, dans le cadre d’une réflexion globale de protection de la ressource. La question agricole est aussi sur la table, avec l’hypothèse d’un Projet Alimentaire Territorial « qui travaillerait en partenariat avec d’autres territoires, au-delà de la communauté de communes » selon Lionel Gay. Enfin, des ateliers « Petites villes de demain » , transverses, sont organisés par le Ministère de la Cohésion des Territoires.

Vue du massif du Sancy / Crédit visuel : Communauté de Communes du Massif du Sancy (DR)

Cinq questions à Lancelot Fumery sur le fonctionnement du pré-programme

Coordinateur du CISCA, Lancelot passe la grande majorité de son temps sur le suivi du pré-programme : conventionnement, administratif, recherche de financements principaux ou complémentaires, suivi des doctorants … il revient ici sur le fonctionnement opérationnel du pré-programme.

L’adhésion des collectivités ?

C’est surtout une question d’opportunités … et d’échanges préalables, comme ceux réalisés à travers les Comités d’Orientation Territoriale (COT). Le mouvement a été lancé dans une tribune que nous avons publiée en mai 2020 sur la résilience territoriale, et avec l’entretien que Nicolas a accordé à Tikographie.

On s’est ensuite organisés avec nos contacts et un peu d’appui de la Métropole. Par exemple, à Gerzat, nous avons parlé à une conseillère municipale, qui a relayé au maire, qui a relayé à l’ensemble du conseil … tout cela produit beaucoup d’interconnaissance.

Enfin, les élections municipales de 2020 nous ont aidé, car nous avons pu nous “appuyer” sur les programmes des élus en leur apportant des éléments de réponse.

Le conventionnement ?

Le conventionnement est une formalité. Le gros du travail se fait avant, dans la phase de recrutement : faire comprendre notre approche, et évoquer les enjeux financiers  – qui restent assez faibles pour beaucoup de communes.

Il y a beaucoup à gagner et peu à perdre quand on réfléchit à la résilience territoriale.

Lancelot Fumery

On a eu néanmoins des refus, comme avec Olby ou Chanat. Les arguments se résument à des questions de financement, de temps disponible, ou de complexité du projet. Pourtant nous sommes convaincus d’une chose : il y a beaucoup à gagner et peu à perdre quand on réfléchit à la résilience territoriale.

Un Comité d’Orientation Territoriale (COT) mené par le CISCA et rassemblant différents types d’acteurs locaux autour des questions de résilience et de transition / Crédit photo : CISCA

Le financement du pré-programme ?

Le pré-programme implique environ 250 000 € de frais. Cela va être assez classique : frais de de transport, matériel de recherche, loyer, et évidemment, les frais de personnel, les moyens humains, ce qui est le plus gros poste de dépense.

Il est important de dire que nous sommes une association, qui n’a donc pas de but lucratif. Cela veut dire que le pré-programme coute uniquement ce qu’il nécessite en ressources pour être réalisé. Ce sera la même chose pour le programme. On est bien un outil au service du territoire. De toute façon, toutes les collectivités qui s’engagent sont invités à intégrer le CA de l’association.

Nous sommes une association, qui n’a donc pas de but lucratif.

Lancelot Fumery

Après, tout dépend évidemment des moyens humains que veulent allouer les communes sur ce pré-programme. Mais dans l’ensemble, c’est à peu près équivalent pour toutes les communes en fonction de leur taille.

Pour notre part, nous essayons au maximum d’amener les communes à jouer le jeu de la solidarité territoriale. Quand on est Clermont-Ferrand, on a forcément davantage de marges de manœuvre que quand on est Sayat. Sachant que ce qui va se passer à Sayat pour nourrir Clermont, et inversement !

Enfin, les moyens alloués par le CISCA en réponse correspondent à environ 9 ETP répartis sur toute l’équipe coordination et sur les doctorants. Sans parler du travail réalisé par les agents de la Métropole, Raymond Collet et Geoffrey Volat, du Comité exécutif, et des membres du C.A. qui font ce travail de médiation absolument essentiel : ils sont des passeurs, des facilitateurs, des traducteurs qui ont compris les enjeux et prennent le temps d’expliquer, de sensibiliser, d’accompagner.…

Lire l’entretien: « Co-construire démocratiquement les politiques publiques, selon Geoffrey Volat« 

Les livrables ?

Chaque doctorant attribué à une collectivité travaille aussi sur sa thèse. Par exemple, Laurie Mazaud (Bromont-Lamothe) : “quelle stratégie territoriale des éco-mobilités dans le Puy-de-Dôme ?”, ou encore Louisa Fonlupt (Orcines) : “monnaie locale et inscription de l’économie dans la résilience économique”.

Chaque doctorant attribué à une collectivité travaille aussi sur sa thèse.

Lancelot Fumery

En outre, le pré-programme prévoit un objectif de construction d’interconnaissance, et un objectif d’évaluation des atouts et des vulnérabilités de chaque territoire. On souhaite faire les premiers retours de ces livrables au début de l’été 2021.

La coordination de ces livrables sera assurée par une équipe de codirection, l’un assurera l’interface avec les collectivités territoriales et les acteurs socioéconomiques, tandis que l’autre assurera l’interface avec le monde scientifique ainsi que la coordination globales des travaux de R&D.

Une partie de l’équipe du CISCA en mars 2021 dans leurs nouveaux locaux de la rue Fontgiève / Crédit visuel : CISCA (DR)

Et, demain, le programme principal ?

On souhaite travailler à l’échelle de la bio-région, qui correspond à peu près au département du Puy-de-Dôme, dans un rayon de 100 kilomètres autour de Clermont. Ce en mobilisant surtout l’échelle des intercommunalités – communautés de communes, Métropole, Grand Clermont, Pôle Métropolitain … jusqu’au conseil Départemental et à la Région.

Il se construit progressivement avec les collectivités qui nous rejoignent dans cette phase de pré-programme. Comme je le disais, pas de lucrativité mais de la démocratie et de l’engagement. Notre but, c’est que l’argent ne soit pas un frein, pour aucune commune. On se bat pour aller chercher des fonds de French Impact, de France Relance etc. pour minimiser le coût pour les collectivités. Ensuite, en fonction des thématiques qui auront émergé durant le pré-programme, on verra comment on peut mutualiser entre communes, créer des ponts, des passerelles.

Notre but, c’est que l’argent ne soit pas un frein, pour aucune commune.

Lancelot Fumery

Aujourd’hui il faut d’abord mettre sur la table les volontés des communes et des EPCI. Quels sujets souhaitent-elles traiter ? Comment ? Est-ce que ça nécessite une thèse ? Est-ce que c’est juste du transfert ? Un programme de recherche action ? Les quatre R, c’est notre ligne directrice, notre fil conducteur. Mais dans ce grand sujet qu’est le programme de R&D résilience territoriale, on aura en fait plein de sous-sujets.

Une fois qu’on se sera mis OK, on verra ce que les moyens de chacun, les co-financements qu’on sera allé chercher, nous permettrons de réaliser. Idem, c’est démocratiquement que tout cela sera arbitré.

Ce qu’il faut aussi savoir, c’est qu’on a déjà des acteurs socio-économiques qui sont engagés, qui veulent prendre leur part, porter des sujets de R&D. Aussi bien l’ADML63 ou la Plateforme Mobilités 63 que le SMTC, ou encore Landestini. Engagés financièrement, engagés humainement, ils nous aident et vont aussi aider les collectivités. C’est un superbe exercice de réciprocité.

Pré-programme, phase 1 : construction et premières approches

Depuis février 2021, le pré-programme du CISCA est donc lancé auprès des collectivités partenaires. Pour chacune d’entre elles, un jeune doctorant a été attribué afin de travailler en parallèle sur sa thèse – liée aux enjeux de transition et de résilience des territoires – et sur l’application du pré-programme en local.

Pour chaque collectivité suivie, vous trouverez:

  • l’attente de l’élu principal quant aux apports du pré-programme
  • les premiers retours des doctorants, en termes de méthode comme de prise de contact

Prochain point d’étape en juin 2021 !

A Sayat : participation citoyenne et communication avec l’habitant

Les attentes de Nicolas Weinmeister, maire de Sayat

La thématique de la résilience territoriale a émergé récemment pour Nicolas Weinmeister, qui était jusqu’alors « plus sur des approches d’aménagement, de performance énergétique, d’urbanisme ». Elle ressort pour lui de la crise sanitaire. « La leçon est qu’on n’est pas prêt à affronter ce genre de crises, qu’il peut y en avoir d’autres, en lien par exemple avec l’alimentation ou l’eau »

La solution selon lui : « repenser nos politiques, ne plus travailler en concurrence, et prendre en compte des bassins de population plus larges, pas forcément liés aux limites administratives. » Si aucun organisme institutionnel local n’émerge pour traiter ces sujets, il a fait confiance au CISCA pour avancer sur le sujet. « Ce qui marche, c’est la démonstration par l’exemple (…) et ça peut amener le collectif à s’emparer du sujet »

Montrer que c’est possible, à n’importe quelle échelle.

Nicolas Weinmeister

L’attente vis-à-vis du CISCA est donc « de montrer que c’est possible, à n’importe quelle échelle. (…) et que nos expérimentations constituent un réservoir à idées dans lequel on puisse se servir ». Il cite le réseau breton Bruded, sur le thème urbanisme et développement durable, et rappelle que le Grand Clermont et les PNR avaient initié ce type de démarches sur les « paysages périurbains ». « Mais ce qu’il faut, c’est une conversion entre la théorie et la mise en oeuvre pratique. (…) pas juste un catalogue d’idées sans outil applicatif. (…) On doit mettre en place une vraie boîte à outils », conclut-il.

Le retour d’Anaïs Bodino, doctorante du CISCA en lien avec Sayat

Originaire de Nice, Anaïs a suivi une licence double, en droit et en histoire à Angers, puis Sciences Po Toulouse sur des études culturelles et média.
A Clermont, elle a suivi un Master 1 à l’UMR Territoires en « gestion des territoires et développement local », en lien avec AgroParisTech.

Sa thèse porte sur la démocratie participative, la mobilisation et la communication.

Anaïs souhaite avant tout « accompagner sur la co-construction et les processus de délibération ». Pour ce faire, elle va multiplier les rencontres d’acteurs, exposer les motifs de sa présence, mettre les sujets sur la table. « Faire réfléchir et planter des graines », résume-t-elle. « Ca peut être un apport énorme : une personne extérieure va passer du temps avec [les élus et collaborateurs de la mairie] pour parler résilience … »

Accompagner sur la co-construction et les processus de délibération.

Anaïs Bodino

Au-delà de ces temps de sensibilisation, elle espère pouvoir monter rapidement des expérimentations locales. « La taille de la ville peut le permettre » selon elle « à condition qu’il y ait de l’envie dans l’équipe municipale ». Par exemple, tester des outils de démocratie participative avec les techniciens de la ville.

Les premiers retours sont donc très encourageants, que ce soit en termes de participation citoyenne locale que de communication entre l’organisation politique et les habitants. Par ailleurs, Anaïs est très impliquée dans la préparation des Assises de la Participation Citoyenne, qui auront lieu d’ici à l’été 2021.

A Cournon, estimer la résilience de l’organisation municipale

Les attentes de François Rage, maire de Cournon

La résilience est, pour François, l’opportunité de changer d’angle de vue. « C’est prendre du recul, ne pas être dans l’immédiateté », précise-t-il. La pandémie que nous vivons encore nous forcera à ne pas revenir au « monde d’avant », bien que l’élu regrette que ce processus nous soit imposé, que nous n’ayons pu le préparer collectivement.

La résilience, c’est prendre du recul, ne pas être dans l’immédiateté.

François Rage

Que peut lui apporter le CISCA dans cette dynamique ? [note : la ville de Cournon est en train de finaliser le conventionnement pour le pré-programme à l’heure où nous mettons sous presse*] « J’ai besoin du CISCA pour m’aider à déterminer cet enjeu. » insiste François. « Je dois voir nos atouts et nos faiblesses, notamment en termes d’organisation interne. » Un des premiers objectifs pourra donc être d’analyser la réactivité des 500 salariés à la ville de Cournon en cas de crise majeure.

*tout à fait, même pour un site internet.

Les premiers retours de Pierre Friedrich, doctorant du CISCA en lien avec Cournon

Après une formation à l’UCA en histoire et géographie, Pierre suit le cursus en master « Villes, territoires et solidarités » de Sciences Po Grenoble. Hormis son activité au CISCA, Pierre est collaborateur du groupe Génération.s à la ville de Clermont et auprès de la Métropole.

Sa thèse porte sur « les imaginaires collectifs et politiques ». Elle est notamment basée sur les « quatre imaginaires » d’Arthur Keller. Pierre souhaite étudier l’impact des termes liés aux crises sociétales sur notre modèle d’imaginaire collectif, et voir comment la mise en récit de dynamiques et projet collectifs peut être porteuse d’un imaginaire territorial durable et résilient.

« Comment faire travailler les acteurs du territoire ensemble ? » est la première question posée par Pierre sur Cournon. En cela, il rejoint la volonté d’une transition écologique transversale, exprimée par François Rage. Pierre envisage d’animer des dispositifs d’échange et d’interaction – adaptés aux contraintes sanitaires – entre les espaces verts, les cantines et l’urbanisme.

Il fait le pari que la question alimentaire locale peut fédérer les envies et réunir les gens autour de la table, que ce soit les services de la mairie concernés ou les associations de quartiers (ainsi que les maraîchers et les agriculteurs). L’autonomie alimentaire semble être un symbole fort de ralliement. Cela dit, « la connaissance du territoire émergera des acteurs eux-mêmes » conclut-il.

La connaissance du territoire émergera des acteurs eux-mêmes.

Pierre Friedrich

Mais il ne cherche pas à identifier tout de suite les vulnérabilités : ce discours serait trop anxiogène au départ. Au contraire, il envisage de déceler les ambitions, les dynamiques et le maillage local d’acteurs. « Les axes de vulnérabilité sont surtout un prétexte à aller parler aux gens », selon lui. Rencontrer, parler de nos doutes, construire les relations progressivement … et tisser peu à peu un récit commun. Le temps de rencontre groupée puis d’expérimentation viendra par la suite.

Note : Pierre travaille aussi, pour le CISCA, sur la commune de Gerzat.

Dans le Sancy, dépasser les frontières et mettre en réseau

Les attentes de Lionel Gay, président de la Communauté de Communes du Massif du Sancy

Lionel Gay avait été séduit par l’approche volontariste du CISCA, envers qui il se sentait en « proximité d’idées ». Pour lui, « c’est l’avantage d’une association à des chercheurs et à une capacité d’ingénierie dont je ne disposais pas » initialement, même si les Ateliers de Territoire en cours constituent un apport complémentaire indéniable.

Mais l’avantage du CISCA est la proximité de l’équipe, le lien avec le territoire puydômois, et « la capacité à dépasser les frontières habituelles des collectivités ». De même, il apprécie la « fédération de matière grise et d’initiatives » de la structure clermontoise.

Le CISCA a la capacité à dépasser les frontières habituelles des collectivités.

Lionel Gay

Il espère ainsi, à travers le pré-programme, « fonctionner en réseau avec les acteurs qui ont cette sensibilité [à la résilience territoriale] et qui ont des initiatives à partager. C’est garant de solididé, et ça peut, petit à petit, mailler un réseau qui fera sens auprès de la population. »

Les premiers retours de Jean Gosselin, doctorant du CISCA en lien avec le Sancy, et de Marie Fernandez Madrid, chargée de mission Transition Territoriale à la Communauté de Communes du Massif du Sancy

Après une formation en Norvège et en Espagne, Jean s’est installé à Clermont pour travailler sur la question du tourisme durable.

En lien avec le territoire du Sancy, il prépare une thèse sur la résilience des économies liées au tourisme, particulièrement celle des sports d’hiver.

Marie a travaillé, au sein de la mairie du Mont Dore, sur le dossier de la crise de la station de ski en 2020.

Elle constate les difficultés pour les élus à envisager une transition de modèle économique, jusqu’à approcher à la fois le CISCA et Lionel Gay qui s’est emparé du sujet.

Aujourd’hui, elle accompagne la mise en relation de Jean avec les acteurs locaux, en premier lieu de la Communauté de Communes.

Marie résume ainsi les enjeux environnementaux du Massif, de son point de vue : « des problèmes liés à l’eau – quantité et qualité – eux-mêmes liés au manque de neige. En aval, des questions sur la qualité des sols et les pratiques agricoles. On constate aussi des épisodes d’orages violents avec des phénomènes cévenols sur la Dordogne, et des risques de glissements de terrain ou de fragilisation des pitons rocheux. »

Si la biodiversité est bien conservée grâce aux dispositifs en place, les forêts sont plus impactées par le changement climatique, notamment au niveau des hêtres (raréfaction, espèces parasites).

Elle souligne enfin que « l’intercommunalité s’est construite autour du tourisme », première ressource économique du territoire. Cela a expliqué la puissance de l’office de tourisme mis en place – un des plus importants de France. Si un vrai travail de diversification « quatre saisons » est mené, les revenus du ski sont encore largement dominants.

L’intercommunalité [du Massif du Sancy] s’est construite autour du tourisme.

Marie Fernandez Madrid

Quant à lui, Jean reprend les objectifs du pré-programme sur l’interconnaissance, la création de liens et l’étude des spécificités du territoire. « Trouver les brokers », ces personnes qui font le lien entre les réseaux, est pour lui une priorité. De même, « organiser des actions de sensibilisation » à destination d’un public relativement large.

A l’instar de Pierre, il va travailler sur sa thèse en étudiant la notion d’imaginaire local, « comment les gens voient la notion de résilience, de territoire … la conséquence de nos actes passés et présents », résume-t-il. Aujourd’hui, après plusieurs réunions et temps d’échange avec les élus, il conforme l’ambition de la résilience, mais a constaté la complexité du territoire, avec des dynamiques socio-économiques différentes selon les versants du Massif.

Travailler sur comment les gens voient la notion de résilience, de territoire …

Jean Gosselin

Pour conclure, Marie est certaine de l’intérêt d’un regard neuf sur le territoire, et de la co-construction. « Quand on travaille en local, on a la tête dans le guidon, et on a du mal à voir les développements possibles. » affirme-t-elle. Elle espère beaucoup du plan de Relance et de son impact sur les énergies renouvelables et la résilience alimentaire, également des Ateliers de Territoires de la DDT, et des sessions « Petites Villes de Demain » mis en place dans ce cadre.

Propos recueillis en février et mars 2021. Crédit photo de Une : CISCA (DR)