Pour François Rage, « l’organisation urbaine doit intégrer les questions de transition »

Eau, mobilité, terres agricoles, biodiversité, îlots de chaleur … le maire de Cournon (depuis 2020) présente sa vision de la transition écologique et les enjeux principaux pour sa commune.


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Pourquoi cet article ?

Cet échange se déroule dans le cadre d’une nouvelle initiative : rencontrer tous les maires de Clermont Métropole à raison d’un entretien par mois, pour évoquer leur vision des enjeux de transition écologique – au niveau de leur ville ou de l’agglomération.

François Rage a donc accepté d’ouvrir ce cycle d’entretiens. C’est d’autant plus intéressant qu’il est vice-président de Clermont Métropole et président du SMTC, et que Cournon est la deuxième ville du département en termes de taille. Prochain entretien le samedi 1er mai avec Christophe Vial, maire de Saint-Genès-Champanelle.

Cet article est également en lien avec le premier volet d’un dossier consacré au dispositif d’élaboration d’une politique de résilience territoriale, coordonné par le Cisca. Les autres entretiens relatifs à ce volet éditorial paraîtront la semaine prochaine.

Damien

Les principaux points à retenir

  1. Elu en juin 2020, François Rage souhaite imposer la « transition énergétique » comme axe transversal de toutes les actions municipales – énergie, eau, déchets, mobilité … jusqu’à l’éducation et la sensibilisation. En particulier, les accords de subvention seront conditionnés à une convention partenariale poussant les bénéficiaires à analyser leur fonctionnement pour devenir plus durable.
  2. L’interaction avec les acteurs locaux est bonne du côté des citoyens et des associations, malgré une vraie inquiétude de François Rage pour leur pérennité dans la crise sanitaire. Les réponses des entreprises sont plus mitigées. Le clivage « emplois ou écologie » remonte trop souvent dans les échanges avec ces acteurs économiques. Néanmoins, il doit être possible d’atteindre une nouvelle forme de développement économique, comme avec le projet de Terre de Liens à Sarliève.
  3. L’objet principal du mandat actuel est la réorganisation urbaine de Cournon – le centre-ville datant des années 70. Cette réorganisation sera principalement axée sur la mobilité (dont les liaisons bus et vélo avec Clermont), mais aussi sur la végétalisation urbaine, le rôle de l’arbre, des trames vertes et des surfaces naturalisées étant capital pour François Rage.
  4. Très sensible aux questions de mobilité, le maire de Cournon souhaite fortement développer le « système vélo » (équipement, infrastructures, formation …) et la piétonnisation des espaces urbains. Il va également faire évoluer la motorisation des véhicules municipaux, vers le gaz et l’électrique.
  5. Concernant l’eau, Cournon semble peu menacée par la pénurie, mais les divagations de l’Allier et l’érosion des berges peuvent poser problème. Néanmoins, une réflexion est en cours afin d’optimiser la ressource en eau, misant notamment sur plusieurs sources à identifier et à capter.
  6. Enfin, la biodiversité animale et végétale est un sujet important pour les bords d’Allier et surtout pour les puys surplombant Cournon. L’action consiste à en limiter fortement l’urbanisation, à réintroduire la vigne et à travailler sur la production alimentaire locale.
  7. Cournon a conventionné avec le Cisca – centre de R&D clermontois en innovation sociale – pour participer à une initiative d’envergure sur la résilience territoriale. L’enjeu inquiète François Rage, qui craint que l’évolution forcée de nos habitudes sous le coup de la pandémie ne puisse se faire qu’au prix d’un changement subi.

L’intervenant : François Rage

Maire de Cournon, vice-président de Clermont Métropole en charge de la mobilité durable, et président du SMTC clermontois


François Rage a commencé sa carrière dans le monde de l’éducation. Enseignant-formateur à l’IUFM de Clermont, puis directeur d’une grosse école primaire à Cournon – 350 élèves – il y a notamment travaillé sur l’organisation et le projet éducatif. Il en a gardé une forte sensibilité en faveur de la pédagogie et de l’action de sensibilisation auprès des scolaires.

Il est également proche de la nature et du monde associatif, de par son passé militant aux Eclaireurs de France (branche laïque du mouvement scout). « Mon engagement est sur la laïcité et l’éducation.« , résume-t-il.

En 2014, il devient président du SMTC clermontois, fonction qu’il exerce encore aujourd’hui.

Enfin, il est élu maire de Cournon en 2020, et devient ainsi premier vice-président de Clermont Métropole, en charge de la mobilité durable.

Contacter François Rage par e-mail : f.rage@cournon-auvergne.fr

Crédit photo : Alparslan Coskun, ville de Cournon (DR)

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La transition écologique : est-ce une question de priorité(s) selon toi ?

Dès le début [de notre programme municipal, en amont de l’élection de 2020], le discours a été de dire que toutes les actions, mêmes les plus anodines – donner une subvention, agir dans le domaine social – puissent s’inscrire dans un chapeau qui s’appelle “transition énergétique”, qui reprendrait les notions de développement durable.

Toutes les actions [doivent] s’inscrire dans un chapeau qui s’appelle « transition énergétique ».

Je pense cependant que, dans nos actions, on a plutôt priorisé les questions d’énergie, et c’est un discours que je porte en parlant de mobilité. Mais l’idée c’est de dire : il y a un fil rouge, et on peut y raccrocher autant la question de l’eau, de l’énergie, des déchets … et même d’éducation. J’aimerais notamment que chaque délibération prise en conseil fasse référence à un aspect de cette transition. Que l’on sache dans quel domaine on s’inscrit.

La collectivité peut impulser mais ne peut pas tout faire. Comment embarquer les acteurs locaux ?

Il y a d’abord ce qu’on peut faire en direct, de par notre politique municipale. Dans le cadre par exemple de notre flotte automobile, des travaux de rénovation … mais ça ne suffira pas. Il y aussi a ce qu’on peut inciter à faire. Du côté des associations, ça commence bien. Les citoyens aussi. Pour les entreprises, moins … 

Cela dit – et cela concerne beaucoup les initiatives locales de transition – je suis très inquiet pour le milieu associatif, pour tous les gens qui sont engagés. Les terrains de foot, les mouvements de scoutisme sont désertés depuis un an. Je ne sais pas si les gens reviendront. Et pourtant, cet engagement militant, c’est ce qui fait notre force. Tu t’engages parce que tu partages des choses avec d’autres.

Cournon est la seconde ville du département de par sa population. En termes d’urbanisme, elle est nettement séparée entre le vieux bourg aux ruelles assez tortueuses et très minérales, et les quartiers plus modernes – résidentiels pour la plupart, plus la zone industrielle. Le tout encadré par l’Allier, les Puys et la plaine agricole de Sarliève / Photo domaine public

Quelles conditions poses-tu en cas de demande de subvention à la ville de Cournon ?

Pour toute demande de subvention de plus de 20 000 €, [et même pour les sujets sans rapport à l’environnement], on écrit toujours une convention dans laquelle on demande aux acteurs partenaires de se positionner, d’être plus vertueux. Dans ce cas, ils s’engagent à suivre certaines directives : sociales bien sûr, mais aussi écologiques. 

Les partenaires peuvent analyser leur fonctionnement aujourd’hui, et voir eux-mêmes là où ils peuvent progresser.

Mais ça ne doit pas être imposé par la ville, ça doit être construit avec les partenaires. Ce qui est intéressant, c’est qu’ils peuvent analyser leur fonctionnement aujourd’hui, et voir eux-mêmes là où ils peuvent progresser. (…) La clé est que ça ait du sens pour eux, que ça ne soit pas vécu comme une contrainte.

Tu as fait tes armes dans le domaine de l’éducation, en milieu scolaire mais aussi associatif. Quelle est l’importance de ce levier dans ta stratégie de transition ?

En ce qui concerne la sensibilisation, au-delà de l’affichage classique, on a inscrit de déployer – d’ici 2-3 ans – dans chaque école, des éducateurs au développement durable. On a bien des éducateurs sportifs, musicaux, et on aimerait mener cela sur la transition écologique, en accompagnant des projets. Par exemple avec un poulailler au sein de l’école ! Et en aidant les “petits gestes” : récupérer les déchets de la cantine, récolter le compost … Je crois beaucoup à ce passage par les écoles et les centres aérés.

Cournon est la seconde ville du département en termes de population. Elle est à la fois proche et loin du pôle urbain clermontois … quelle est sa problématique environnementale la plus prégnante ?

L’objet essentiel du mandat, c’est l’organisation urbaine de Cournon. Avec l’arrivée du bus à Haut Niveau de Service, on a un vrai choix à faire. L’urbanisation de Cournon date des années 70, il n’y a pas vraiment de centre-ville identifié. Si on ne change rien et qu’on ajoute le bus, qui sera régulier et cadencé comme un tram, il y a un risque que l’on devienne une sorte de « quartier résidentiel » de Clermont-Ferrand. Les quartiers Nord de Clermont font 20 000 habitants … on serait dans la même logique.

Comment conjuguer transformation urbanistique et facilitation des mobilités (par les bus à haut niveau de service notamment) sans que Cournon ne devienne un « quartier résidentiel » de Clermont ? / Crédit photo : éditeur

Je défends donc l’idée que, en parallèle de l’arrivée du bus, on organise l’urbanisation autour d’un centre-ville affirmé, des lieux de centralité autour, reliés par [les transports en commun]. Et cette nouvelle organisation n’a de sens que si elle est partagée par les citoyens. (…) A la ville de Cournon, nous avons un chargé de mission spécifique sur l’organisation urbaine, et en premier lieu de la place de la République. 

Dans ce cadre-là, l’organisation urbaine doit intégrer les questions de transition : dans la façon dont on va relier le centre-ville avec les autres pôles, dans le choix des matériaux pour construire la future place, avec la gestion de l’eau dans cet aménagement de l’espace public, dans l’espace qui sera laissé à la végétalisation … 

L’urbanisme inclut désormais les notions de “nature en ville”. Comment envisages-tu sa réalisation ?

Dans ce projet transversal, nos services ont bien intégré ce besoin. L’arbre en ville, c’est un de mes principaux sujets car j’ai tous les jours au moins une demande relative à ce sujet … et ce sont plutôt des plaintes, sur un arbre qui fait de l’ombre, qui laisse tomber des épines, etc. Mais c’est avéré ! Car [historiquement] on n’a pas planté les bons arbres au bon endroit.

On va donc établir une “charte de l’arbre”, et embaucher un responsable adjoint aux espaces verts spécialiste de l’arbre : essences, emplacements, taille … On est en train de réparer les erreurs du passé, mais il faut que, demain, on soit plus volontaire sur ces questions-là. Et (…) qu’on ne travaille plus au jugé, comme planter un résineux au-dessus d’une tombe.

Lire l’entretien : Pour le collectif Arbres Citoyens, « l’arbre en ville est tout bonus ! »

Comment Cournon est-elle impactée par les vagues de chaleur estivales ?

Une étude est en cours sur le principe de “trame verte”. Le but est d’identifier les îlots de chaleur, et de faire un lien avec la végétalisation des cours d’écoles. Notre ville est assez pavillonnaire, donc il y a pas mal de verdure, même si elle est privée. Sans parler des bords d’Allier et des puys, notamment le puy de Bane. Il faut qu’on relie ces ensembles, en travaillant sur les trames. Et en traitant la question du vieux bourg, forcément moins végétalisé.

Il faut qu’on relie ces ensembles de quartiers, en travaillant sur les trames.

On tente aussi de mettre moins d’enrobés. Mais c’est compliqué de corriger ce qui a été fait. Dans les cours d’école, que nous allons végétaliser, on va par exemple essayer de mettre plus de terre battue. Mais il faut convaincre le personnel municipal ! Ils peuvent dire que ça sera plus salissant, ce qu’on peut entendre. (…) En plus, les habitants ne comprennent pas toujours qu’on retire ce qui était en place. Le corollaire de tout cela, c’est qu’on ne peut plus se tromper sur les projets nouveaux. … et que l’on avance au cas par cas sur l’ancien.

L’Église Saint-Martin, dans le vieux bourg de Cournon. La transformation urbanistique de ce quartier pose des problèmes spécifiques aux périmètres anciens et souvent classés, notamment en termes de végétalisation et de mobilités douces / Crédit photo : Raymond Spekking (Wikimedia Commons, CC BY SA 4.0)

On parle enrobés, arbres en ville … toi qui est aussi président du SMTC, quel lien avec la stratégie de mobilité douce ?

Toutes ces réflexions se font en parallèle d’un schéma des déplacements piétonniers et vélo. Ce type de déplacement est pour moi une richesse ! Cournon dispose d’endroits vallonnés, d’autres très plats … J’essaye donc de réfléchir « système vélo » de manière globale, [avec une question centrale] : quelles sont les infrastructures ? 

Il y a le cadre du schéma cyclable au niveau Métropole, mais on avait en fait déjà les aménagements le long de l’Allier. Aujourd’hui, on doit être relié à Clermont – ce sera fait en 2021 avec la construction de la piste cyclable. Ensuite, il y a le matériel, avec une aide à l’achat. Il y a aussi l’éducation à la mobilité douce en école et en centre aéré.

Lire l’entretien : « Pratique, culture et système vélo, selon Serge Fabbro »

Enfin, dans notre QPV, on a l’intervention d’une association vélo clermontoise, Tous Deux Roues. Mais on travaille aussi la question du stationnement, avec un plan de développement des parkings vélo, arceaux, etc. Restera à travailler la question de la sécurité … mais on parle bien d’un système : il faut développer autant la voirie que les véhicules ou la formation.

La motorisation des véhicules municipaux est-elle amenée à évoluer ?

Mon objectif concernant le parc de véhicules de la mairie est – à terme – 2/3 gaz, 1/3 électrique. Le gaz, on espère en récupérer depuis l’incinérateur [du pôle Vernéa], par méthanisation. On mettra aussi en place, via la Métropole, des bornes de recharge électrique. Mais c’est compliqué. Si tu ne recharges pas chez toi, il faudrait un système de station-service, aussi rapide [que pour l’essence] … 

Sur l’hydrogène, je pense que la technologie n’est pas prête, qu’elle est encore beaucoup trop chère, et ça reste de l’électrique. Néanmoins, on y travaille pour que ça soit opérationnel, peut-être pour les trains, mais dans plusieurs années.

Lire l’article : Orbimob, le beau mais ambitieux pari de la mobilité durable en Auvergne

Cournon est aussi une commune très étendue, notamment vers la plaine de Sarliève en bordure d’A75 et de la Grande Halle. Que penses-tu du projet de préservation de terres agricoles ?

Sur la plaine de Sarliève, je suis le projet de Terre de Liens, et je communique beaucoup avec le propriétaire actuel [des terrains concernés]. Ce qui m’intéresse, c’est qu’on bascule sur une agriculture plus respectueuse de l’environnement. Mais les appétits des industriels sont très forts sur ce terrain-là, et je suis interpellé à ce sujet, je dois rendre des comptes à la population … 

Vue depuis les hauteurs de Gergovie, la délimitation entre les espaces agricoles de la plaine de Sarliève (le long de l’A75) et la zone industrielle de Cournon sont marquants. Le projet porté par Terre de Liens consiste à sauvegarder et faire « transitionner » ces terres agricoles / Crédit photo : Tabl trai (Wikimedia Commons, CC BY SA 3.0)

En effet, cet accès nord-ouest est une entrée de ville importante, il donne une certaine image de Cournon. En outre, il y a des enjeux financiers, qui peuvent rapporter des taxes … C’est donc un arbitrage difficile, mais il faut considérer que les gens qui ont des projets, les chefs d’entreprise, peuvent être nos partenaires. 

Il faut considérer que les chefs d’entreprise peuvent être nos partenaires [dans la transition].

Urban Village par exemple, qui propose du sport en salle [et porte un projet dans ce périmètre]: ils ont le droit de construire. On a travaillé avec eux pendant 3 ans, sans se faire la guerre. Il faut écouter leurs sujets, leurs attentes. Comment, dans ce cadre, concilier les deux types de projets ? Avec des petites unités, des sols non imperméabilisés. Mais il faut aussi savoir s’imposer, dire qu’on veut telle ou telle orientation. En définitive, c’est une question d’équilibre. 

Cela signifie-t-il que tu paries sur une forme de “croissance verte” ?

L’arbitrage, il est posé par les porteurs de projets comme étant : emploi ou écologie. Par exemple, le hangar CSP [dans la Z.I. de Cournon] représente 125 emplois. En réunion publique, la majorité des citoyens estiment qu’on ne peut pas se passer de cet apport. La minorité parle de préservation de terres agricoles … mais elle est de moins en moins minoritaire. 

Mon approche est, néanmoins, que chacun doit pouvoir s’y retrouver.

On constate donc ces clivages. Mon approche est, néanmoins, que chacun doit pouvoir s’y retrouver. Et que, avec Terre de Liens, en agriculture raisonnée, on puisse s’orienter vers du développement économique, même sous une autre forme.

Vue de la plaine de Sarliève et de Pérignat depuis les hauteurs de Cournon. Au premier plan, la zone d’activité et le Zénith. La préservation des terres agricoles fera-t-elle le poids ? Si oui, dans quelle dynamique économique et sociale ? / Crédit photo : éditeur

Autre sujet “brûlant” : la ressource en eau. L’Allier baigne tout le flanc est de Cournon. Comment est gérée la proximité avec la rivière ?

Sur l’Allier, c’est l’État qui est prescripteur de la protection des berges. Nous payons [les aménagements], mais l’État décide de ce qui est fait – par les agences de bassins notamment. Ça a une certaine logique, car il faut une gestion plus large que le périmètre de Cournon. Mais ça peut aussi déplacer le problème, car les enrochements réalisés peuvent accélérer le débit et l’érosion de la rivière.

On observe en effet que l’Allier peut encore sortir de son lit … même si cela arrive de moins en moins souvent. Les enrochements peuvent protéger un camping [à un endroit précis], mais en fait ça déplace en aval la divagation. On est alors obligé de refaire régulièrement [les aménagements], ce qui prouve bien que ce n’est pas satisfaisant. 

Les enrochements sur l’Allier, au niveau du plan d’eau de Cournon. Une protection à double face, qui peut aussi déplacer le problème de la crue en aval / Crédit photo : éditeur

Cournon est-elle confrontée à une raréfaction de la ressource en eau ?

Pour l’eau en général, on n’a, jusque-là, pas eu de problème car il y a les puits de captage [à plusieurs endroits]. Mais on progresse néanmoins dans des usages plus raisonnés : nos terrains de foot et de rugby, auparavant arrosés par de l’eau potable, le sont maintenant par de l’eau de l’Allier.

Pour l’eau en général, on n’a, jusque-là, pas eu de problème.

On essaye ainsi de récupérer les sources qu’il y a un peu partout. Il y en a plein qui sont abandonnées, ou qui se jettent directement dans les évacuations. Ça peut servir au contraire pour rafraîchir [l’espace public]. Par exemple, pour les arrosages d’espaces verts, on a une approche très parcimonieuse, notamment en arrosant uniquement la nuit, ou en se fiant à des petites stations météo.

Enfin, quel est l’enjeu de la biodiversité sur Cournon ?

On a la chance d’avoir une grande richesse en faune et en flore, entre le puy de Bane et les bords d’Allier. Un schéma d’aménagement de l’amont a été mis en place, qui a permis de réimplanter beaucoup de vignes, et ce dans le cadre d’un schéma global en concertation avec les paysans, la LPO, et les associations de préservation des espaces naturels. 

Cournon dispose, non loin du centre-ville, de nombreux terrains agricoles. A cela s’ajoute les puys qui surplombent la ville et qui constituent un réservoir de biodiversité et un potentiel de réintroduction de la vigne / Crédit photo : éditeur

Notre chargé de mission [dans ce domaine] travaille aussi sur la production alimentaire locale : comment on peut sauvegarder, diversifier, ré-introduire la vigne, retrouver notre patrimoine … et travailler sur la résilience alimentaire. (…) En particulier, le PLU de Cournon va évoluer, d’abord pour stopper l’urbanisation des puys, mais aussi pour optimiser, ajuster  – notamment en direction de Lempdes. Pour rappel, le PLU deviendra le PLUI d’ici 2024 [au niveau de l’intercommunalité].

Et la question bonus : tu as conventionné avec le Cisca pour traiter le sujet de la résilience territoriale. Comment définis-tu cet enjeu ?

Pour moi, la résilience, c’est pouvoir prendre du recul, changer de regard, ne pas être dans l’immédiateté. Dans les mois, les années à venir, j’ai peur qu’on ne soit pas sortis de la pandémie, et qu’on ne revienne pas à la “vie d’avant”. Cela nous forcera à changer nos pratiques. 

Le mieux aurait certes été d’avoir le choix, parce que tu peux [trouver une dynamique plus positive]. Sinon, tu subis ce qu’il t’arrive. Dans le cadre de la résilience, même s’il y a toujours des leviers d’action, il faudra voir comment les gens vivront ces choix.

Lire l’entretien avec Nicolas Duracka : « On est obligé de changer de logiciel, et ce n’est pas facile »

Quel sera l’apport du Cisca dans la définition de ta stratégie de résilience ?

J’ai besoin du Cisca pour m’aider à déterminer cet enjeu, à travers leur “pré-programme” [en cours de réalisation]. Je dois voir nos atouts et nos faiblesses, notamment en termes d’organisation interne. Comment peut-on affronter une crise sanitaire soudaine, de longue durée ? Par exemple, il y a 500 salariés à la ville de Cournon. Je ne mesure pas toutes leurs capacités individuelles, ni notre organisation générale face à de telles éventualités.

Pour aller plus loin (liens complémentaires proposé par François Rage) :
Pour comprendre : un documentaire de LCP sur le glyphosate dans la Beauce, « qui montre qu’on ne s’en sortira pas avec des injonctions » selon François

Pour agir : le mouvement du Scoutisme et des Eclaireurs de France. « C’est parce que tu passes du temps dans la nature que tu en comprends l’importance. Parce que tu dois gérer tes eaux usées, tes déchets, ton alimentation en eau, l’emplacement de ta tente par rapport au soleil ou à la végétation … »

Propos recueillis le 3 février 2021, mis en forme pour plus de clarté puis relus et corrigé par François Rage. Crédit photo de Une : Alparslan Coskun, ville de Cournon (DR)