L'épisode de gel printanier d'avril 2021 a été dévastateur notamment pour la vigne française, qui aurait perdu 1/3 de sa récolte / Crédit photo : laurentgraphiste de Pixabay

Quelle signification climatique de l’épisode de gel printanier en cours ?

Les images de feux allumés dans les vignes ont fait le tour des médias. Le taux de perte est majeur. Pour autant est-ce une des conséquences du dérèglement climatique ?


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Pourquoi cet article ?

Météo n’est pas climat : un épisode de canicule, de gel ou de pluie intense, même exceptionnel, n’est pas forcément généralisable à une évolution climatique de fond et sur le long terme.

Néanmoins, la répétition de certains de ces épisodes, ou la conjonction de plusieurs facteurs climatiques, fait que certains « événements extrêmes » peuvent être reliés aux impacts du dérèglement climatique – c’est notamment le cas des sécheresses estivales que nous avons vécues en série, ces dernières années.

Aujourd’hui, le pays est encore plongé dans un « vortex polaire » qui, bien que non significatif à cette période en tant que tel, a entraîné de très nombreuses pertes de récoltes dans l’agriculture, et des réactions parfois désespérées impliquant des feux ou des hélicoptères.

Pourquoi cet épisode de gel printanier est-il si dévastateur, comparé aux autres années ? Quel lien avec le dérèglement climatique ? Comment s’en protéger ? Et cela remet-il en cause certaines cultures ? J’ai recueilli les commentaires de plusieurs acteurs locaux face à cette calamité.

Damien

Les principaux points à retenir

  1. Le gel printanier n’est pas exceptionnel, même si les températures nocturnes actuelles sont particulièrement basses. Le problème vient de la combinaison de cet épisode de gel avec une période de chaleur marquée au mois de mars, qui a fait démarrer la végétation et sortir fleurs et bourgeons. Le gel touche donc directement ces derniers et cause des dégâts majeurs.
  2. Le mécanisme concerné est donc celui du cycle végétatif : à l’avenir, puisque le dérèglement climatique risque fort de multiplier ce type d’épisodes, il faudra composer ses cultures en prenant en compte la probabilité de gel tardif, et diversifier les plantations d’une part pour éviter l’hyper-spécialisation, d’autre part pour étaler dans le temps les précocités ou les dates de semis. Mais certaines cultures devront sans doute être abandonnées, à certains endroits en tous cas.
  3. Les moyens de lutte contre le gel tardif existent déjà : selon le type de gelée (« noire », « blanche » avec du givre), selon l’impact du soleil après le gel, diverses solutions sont déployées, des « bougies » qui réchauffent au niveau du sol aux tissus techniques, en passant par le brassage de l’air ou l’arrosage pour créer une gangue de glace protectrice. Mais toutes ces solutions sont lourdes à mettre en place et souvent très coûteuses.
  4. Certaines productions sont néanmoins relativement épargnées : celles situées en moyenne montagne – comme dans les Combrailles – ont l’habitude de ces épisodes de gel, et sont équipées en fonction. Les exploitations d’élevage sont impactées au niveau des prairies mais l’herbe n’est que retardée et pas détruite. En revanche, se pose pour eux la question des stocks de fourrage, qui va devenir de plus en plus stratégique pour négocier la charnière hiver-printemps.
  5. Au final, il faudrait sans doute se diriger vers un changement de modèle agricole, en encourageant la diversification des cultures et l’adaptation des pratiques à davantage de résilience, quitte à abandonner certaines cultures qui n’auront plus leur place face au dérèglement climatique. Mais si les aides de l’Etat et de l’Europe (nouvelle PAC en négociation) ne sont pas conditionnées à ce changement de système, il y a peu de chance de voir une évolution positive rapidement, estiment plusieurs interlocuteurs.

LES FAITS

Le secteur agricole français – en particulier la viticulture et l’arboriculture, mais aussi certaines grandes cultures comme la betterave ou le colza – sont touchés par un épisode de gel printanier particulièrement fort et long, depuis le début du mois d’avril. Les températures peuvent descendre la nuit jusqu’à -6°, ce qui s’avère le plus souvent fatal pour les bourgeons et fleurs déjà écloses.

L’épisode semble exceptionnel par son impact : un tiers de la vigne française serait perdue selon certains. Le ministre de l’agriculture, Julien Denormandie, a déclaré l’état de calamité agricole pour les exploitations concernées, qui vont du nord de la France à la vallée du Rhône en passant par le Sud-Ouest.

Vincent Cailliez, climatologue : « le risque de gel printanier est un effet du dérèglement climatique »

Vincent Cailliez est climatologue. Il travaille pour la chambre d’agriculture de la Creuse, ainsi qu’auprès du dispositif AP3C (Adaptation des Pratiques Culturales au Changement Climatique)

La survenance de gels forts au cours de la semaine du 5 au 9 avril 2021, avec un maximum le 8 avril pour le Massif central, peut provoquer des incompréhensions vis-à-vis du phénomène du Changement Climatique.

Certes, il y a bien un réchauffement du climat, de manière nette depuis le milieu des années 1970. Et ce réchauffement est particulièrement important au printemps (avec des vitesses d’élévation de +0,6 à +0,7°C par décennie, des températures moyennes) mais l’augmentation de variabilité est également la plus sévère à cette saison.

Il y a bien un réchauffement du climat, de manière nette depuis le milieu des années 1970.

Vincent Cailliez

Or; ceci implique des écarts maximum de plus en plus importants par rapport aux « moyennes saisonnières ». Donc, le maintien du risque de gels printaniers malgré l’augmentation générale des températures est effectivement un effet du dérèglement climatique en cours. 

En ce qui concerne l’avenir, il y a une divergence entre ce que les modèles climatiques habituels en disent (un rétrécissement rapide de la période pendant lesquels ces gels seraient possibles) et ce qui est effectivement envisagé dans les projections climatiques du projet AP3C qui sont calibrées sur les trajectoires climatiques réellement engagées sur le terrain (un faible décalage vers le début de l’année de la date de dernière gelée).

Dans la mesure où les gels de fin de période hivernale dépendront de plus en plus d’une variabilité exacerbée, on peut raisonnablement penser qu’ils seront plus courts à l’avenir. En ce qui concerne le caractère plus ou moins marqué que maintenant, la réponse est très différente selon que l’on parle de manière absolue ou de manière relative.

De manière absolue (en températures relevées sur un thermomètre), on verra une très légère atténuation de ces gels tardifs. Par contre de manière relative, ils deviendront beaucoup plus sensibles car survenant après des périodes où la température aura pu être élevée (par exemple en 2021, on a atteint des températures maximales de 25 à 27°C le 31/03). Les « chutes » de températures pourront donc être plus sévères et survenir alors que le stade végétatif sera plus avancé car répondant à l’élévation rapide des températures moyennes.

De manière relative, les gels tardifs deviendront beaucoup plus sensibles.

Certains phénomènes qui étaient exceptionnels voire difficilement crédibles vont entrer dans la gamme des événements de probabilité non-négligeable comme avoir une période de gel après une période d’échaudage (températures très élevées) ou avoir une répétition à plusieurs reprises de la séquence « jours-chauds suivis de gel » dans la même saison.

Lire l’entretien : le changement climatique dans le Massif Central, suivi par Vincent Cailliez

Carine Serol, viticultrice : « en condition extrême, être plus fort ne suffira sans doute pas »

Carine et son mari Stéphane, propriétaires et exploitants du Domaine Serol, transmis de génération en génération dans la famille de Stéphane depuis le XVIIème siècle.

Ce qui se passe est assez nouveau pour nous : notre vignoble n’avait jamais gelé avant 2017 – sur au moins une centaine d’années de propriété familiale. Auparavant, les gelées arrivaient plus tôt, et étaient moins fortes. Il faut savoir que, pour geler, un vignoble doit avoir des bourgeons, ce qui ne se déclenche qu’après plusieurs jours à plus de 10 degrés de température de l’air.

Le réchauffement fait donc sortir les bourgeons plus tôt. De plus, les masses d’air polaires ont tendance à se déplacer plus vers le printemps – on parle aujourd’hui d’un “vortex polaire”, avec une intensité assez incroyable. C’est pour nous une preuve tangible du dérèglement climatique.

Auparavant, les gelées arrivaient plus tôt, et étaient moins fortes.

Carine Serol

Comme notre première vraie gelée de ce type a eu lieu en 2017, la survenue de ces épisodes n’était – jusqu’alors – pas assez fréquente pour investir.

Que peut-on faire ? Cela dépend des types de gels … Quand on parle de « gelée noire”, on peut avoir -3 degrés dans l’air … mais cela peut atteindre -7 au niveau du sol ! Et en dessous de -4 degrés, environ, le bourgeon meurt – ça dépend donc de son stade d’évolution.

Mais il y a les phénomènes de gelées blanches : du givre se forme sur le bourgeon et le soleil, qui tapera sur cette couche, entraînera un effet loupe et risque de brûler le bourgeon. C’est lié au taux d’humidité.

En fonction des types de gelées, ce ne sont pas les mêmes outils à mobiliser. Certains d’entre eux provoquent du réchauffement local – des braseros, ou de vraies “bougies”, un pot en fer avec de la paraffine et une mèche, qui chauffe par radiation et augmente de 2 ou 3 degrés.

On a vu aussi des éoliennes ou même des hélicoptères qui tentent de brasser de l’air.

En fonction des types de gelées, ce ne sont pas les mêmes outils à mobiliser.

Carine Serol

Enfin, il y a l’aspersion d’eau en continu qui va créer une gangue de glace autour de l’intégralité de la plante (et pas juste sur le bourgeon), ce qui la protégera davantage.

Il y a aussi des écrans de fumée, en faisant brûler de la paille. L’idée est de créer un brouillard artificiel pour éviter que le soleil tape directement. C’est nécessaire si le ciel est complètement dégagé.

Enfin, certains tissus géotextiles sont actuellement en test, pour augmenter la température.

Et demain ? On peut agir sur la culture, la manière de tailler, la façon de travailler le sol pour avoir un départ plus tardif. Également, changer les types de cépages, plus adaptés au gel. Mais ce sont des changements à introduire sur 10 ou 20 ans …

Tous les organismes professionnels autour de la vigne réfléchissent à cela. L’impact de l’épisode actuel de gel est catastrophique !

Et les solutions ne sont pas simples ni gratuites. Les bougies, c’est 3000 € l’hectare par nuit d’allumage – sans compter l’équipe à mobiliser. Les tissus géotextiles impliquent de couvrir toute la vigne le temps de la gelée, puis de la découvrir ensuite …

On espère être plus fort demain … mais en condition extrême, être plus fort ne suffira sans doute pas. Cela pose des questions de fond sur la vigne, mais aussi sur lagriculture en général. Si on peut sans doute se passer de vin pour vivre, qu’en est-il des fruits ou des légumes, aussi fortement impactés ?

Voir le site du domaine Serol

Olivier Tourand, exploitant céréalier : « la problématique est celle du cycle végétatif »

Elu référent auprès du projet AP3C (déjà mentionné pour Vincent Cailliez, ci-dessus), Olivier Tourand est exploitant éleveur et céréalier dans la Creuse

L’impact sur les récoltes est très important et varié ; les récoltes touchées sont toutes celles concernant les fruits et légumes , la viticulture mais aussi les céréales et les prairies

Bien sûr l’impact est différent car si les fleurs d’un fruitier gèlent, il n’y a plus de fruit pour l’année alors que pour l’herbe par exemple cela ne remet pas en cause la totalité de la production. Concernant les céréales, cela peut détruire une partie des épis et pénaliser le rendement; enfin, la betterave qui était en train de sortir est détruite et devra être semée une nouvelle fois, ce qui engendre des coûts importants .

Les solutions engendrent aussi des coûts très élevés; et c’est la raison pour laquelle les agriculteurs ne peuvent pas tout protéger.

Olivier Tourand

Les agriculteurs ont besoin de trouver des solutions afin de préserver au mieux leurs récoltes. Mais cela engendre aussi des coûts très élevés; et c’est la raison pour laquelle ils ne peuvent pas tout protéger. Le plus compliqué concerne les récoltes en plein champ – la serre permettant de “tamponner”, d’amortir par rapport à du plein air. Mais elle ne marche que pour des gelées relativement légères.

Néanmoins, parmi les pistes à explorer, il y a la stratégie que peut mettre en place chaque agriculteur en diversifiant les variétés. Par exemple en jouant sur des précocités différentes, ce qui peut éviter que toute la production ne soit détruite même si ce n’est pas possible pour tout le monde.

Il y a la stratégie que peut mettre en place chaque agriculteur en diversifiant les variétés.

Olivier Tourand

Ce qui est sûr, c’est que dans les territoires où le gel peut s’accentuer, certaines espèces ne pourront plus être pratiquées. Mais on peut aussi, peut-être, décaler certaines dates de semis. La problématique est celle du cycle végétatif ! Enfin, il faut calculer la fréquence de ces événements – 2 années sur 3, etc. et peser la prise de risque. Quitte à abandonner certaines cultures.

Lire l’entretien : selon Olivier Tourand, « certaines cultures n’auront plus leur place »

Laurent Campos Hugueney, exploitant maraîcher : « cela devrait remettre en question le modèle d’agriculture spécialisée »

Laurent est exploitant en maraîchage (principalement de légumes en vente directe, avec une quarantaine de variétés) à Pionsat, dans les Combrailles. Il est aussi membre de la Confédération Paysanne et porte-parole du collectif Eau Bien Commun 63

Personnellement, je n’ai pas de dégâts. Je suis situé en moyenne montagne, dans les Combrailles à 550 mètres d’altitude. On sait qu’on peut avoir du gel jusqu’aux Saints de glace (mi-mai), donc mes cultures sont protégées par un voile d’hivernage sous ce qu’on appelle des “tunnels nantais”. 

Pour moi, cet épisode de gel n’a donc rien d’anormal à cette saison. Mais, au niveau national, le problème réside dans les très hautes températures les semaines précédentes, qui a fait démarrer toute la végétation.

La clé est la résilience des productions face à ces aléas météo.

Laurent Campos Hugueney

Le phénomène qu’on est en train de traverser est clairement lié au dérèglement climatique : des vagues de chaleur plus tôt dans l’année, et en été. Les saisons sont moins régulières, les périodes de froid moins longues, les pluies plus chaotiques …

La clé est la résilience des productions face à ces aléas météo. On peut aller vers des variétés plus rustiques – résistantes au froid – mais aussi mieux adaptées à la sécheresse. Le problème est que ces changements se font sur le moyen terme : un fruitier est planté pour 30 ans ! Néanmoins, il y aurait des actions à entreprendre à court terme. Par exemple, les arboriculteurs qui viennent de tout perdre, pourraient développer assez facilement des cultures légumières pour avoir une source de diversification. Sachant qu’on manque de fruits et de légumes en France ! Il y aurait donc un vrai potentiel de commercialisation.

La diversification en culture légumière ne demande pas des investissements énormes. On peut aussi penser à la replantation de haies bocagères pour lutter contre le froid et le vent. Il y a des moyens d’agir.

Il y aurait des actions à entreprendre à court terme.

Laurent Campos Hugueney

C’est clair que ça bouleverse complètement la façon de faire son métier d’agriculteur. Je pense surtout que ça devrait remettre en question le modèle d’agriculture développé en France depuis 40 ans, qui nous pousse à une spécialisation des cultures. Aujourd’hui, un arboriculteur ne fera, par exemple, que des abricots ! Si l’abricotier est touché par le gel, il perdra l’intégralité de sa production. Or, ce modèle est imposé par l’Etat, par les aides financières, au détriment d’une agriculture plus diversifiée, sur des surfaces plus petites.

Le ministre peut aider financièrement les agriculteurs … Mais il faudrait en parallèle remettre en question le modèle. Ce qui n’est pas fait (…) Il faudrait que la nouvelle PAC [en cours de discussion] cesse de contribuer au réchauffement climatique, qui aboutit aux catastrophes que l’on vit. (…) Car l’agriculture productiviste, chimique et orientée majoritairement à l’exportation, en est un responsable principal du fait de ses forts taux d’émission de gaz à effet de serre.

Il faudrait que la nouvelle PAC cesse de contribuer au réchauffement climatique.

Laurent Campos Hugueney

La clé est donc que les politiques publiques – PAC en tête – incitent les producteurs à aller dans ce sens. Ainsi, au-delà des importantes aides immédiates de soutien aux agriculteurs victimes de ces pertes, nous [à la Confédération Paysanne] demandons un accompagnement fort de l’État vers un modèle d’agriculture plus résilient aux aléas et au changement climatique. 

Au moment de la révision de la PAC pour les 7 prochaines années, nous [souhaitons] que ses aides soient désormais orientées exclusivement vers le soutien et le développement du modèle d’agriculture vivrière et agro-écologique, seul modèle d’agriculture capable d’assurer de manière durable une alimentation quantitative et qualitative des populations, tout en permettant une baisse des émissions de gaz à effet de serre de 40 % (selon les conclusions du rapport de l’IDDRI, avec le concours entres autres de chercheurs de l’INRA, du CNRS et d’AgroParisTech).

Lire l’entretien : pour Laurent Campos-Hugueney, « l’eau ne peut être privatisée au profit de quelques intérêts »

Stéphane Violleau, conseiller à la Chambre d’Agriculture 63 : « pour les éleveurs, la clé résidera dans les stocks de fourrage »

Stéphane Violleau est conseiller fourrages et « Mes Parcelles » à la Chambre d’Agriculture du Puy-de-Dôme. Il travaille également en lien avec le dispositif AP3C d’adaptation des pratiques culturales au changement climatique

On constate un très fort ralentissement de la pousse de l’herbe, d’autant plus préjudiciable que le mois de février avait été exceptionnellement doux. Le démarrage de la végétation dans les prairies avait été très précoce en plaine, et certains animaux avaient pu être mis en pâture dès le mois de mars.

L’herbe ne pousse plus pour l’instant … mais elle n’est pas détruite comme pour la vigne par exemple. Il n’y a pas de bourgeon, le système est différent. Les plantes principales des prairies sont des graminées ainsi que des légumineuses. Les graminées créent un épi qui monte dans la plante tout au long du printemps, mais émerge plus tard en saison, hors de période de gel.

L’herbe ne pousse plus pour l’instant … mais elle n’est pas détruite comme pour la vigne.

Stéphane Violleau

En revanche, le ralentissement de la pousse implique que les animaux n’ont plus assez à manger, et qu’il faut leur distribuer un peu plus de fourrage en complément de la pâture. Cela se passe dans une phase de “transition” entre une alimentation hivernale, à base “de stock”,  et une alimentation d’extérieur, normalement composée d’herbe pâturée au printemps. Cette phase dure 3 semaines en moyenne.

Les animaux n’en souffrent pas. En outre, au-dessus de 800 mètres – en montagne – le gel que l’on vit est moins exceptionnel. Cela ne fera que retarder la sortie des animaux d’une semaine environ. Le problème est que cette période de froid et de gel oblige les agriculteurs à distribuer plus de stock que d’habitude, à une période (fin d’hiver) où les stocks sont déjà au plus bas de l’année..

Dans les prévisions de l’AP3C, on observe déjà ces démarrages de plus en plus précoce de végétation, dû à l’augmentation moyenne des températures en fin d’hiver. Mais sans pour autant déplacer les dates de dernières gelées ! Cela implique une gestion plus compliquée au démarrage du printemps : les agriculteurs ont intérêt à sortir les bêtes quand l’herbe est là, tout en ayant des réserves “sous le coude” pour nourrir les animaux en cas de coup de froid. 

Cela implique une gestion plus compliquée au démarrage du printemps.

Stéphane Violleau

Et être capable de s’organiser de manière plus flexible. Ce n’est pas difficile pour les animaux laitiers qui peuvent sortir le matin, vaquer à proximité et rentrer le soir (pour la traite). Pour les animaux à viande, en général on les sort une fois pour toutes au printemps – vache, veau, taureau – et déplacer le troupeau entier reste très compliqué logistiquement.

La clé résidera néanmoins dans les stocks de fourrage, encore disponibles au début du printemps mais aussi pour l’été (en cas de sécheresse). On entre donc dans une notion de “stock de sécurité” pour ces usages. Cela représente près de 10 à 15% d’avance sur le stock, contre 5% auparavant.

Acheter du fourrage coûte très cher, et l’objectif des éleveurs, c’est avant tout de rester autonome en produisant eux-mêmes les stocks fourragers dont ils ont besoin. Du coup, pour être à la fois autonome et avec un minimum de sécurité, certains éleveurs envisagent d’avoir un peu moins d’animaux pour adapter à leur cheptel leur propre production de fourrage. 

L’objectif des éleveurs, c’est avant tout de rester autonome en produisant eux-mêmes les stocks fourragers dont ils ont besoin.

Stéphane Violleau

Mais on peut aussi jouer sur d’autres leviers, comme la mise en estive, l’implantation de nouvelle cultures permettant de récolter un peu plus de stocks ou la [modulation] de la taille des exploitations. Le principe est d’avoir un peu plus d’avance de sécurité que par le passé, et de miser sur le bien-être des animaux pour trouver le bon équilibre entre offre et demande.

Propos recueillis du 12 au 15 avril 2021, mis en forme pour plus de clarté puis relus et corrigés par les différents intervenants. Crédit photo de Une : Laurentgraphiste (Pixabay)