Sébastien Contamine montre l'impact d'une absence d'isolation énergétique efficace sur l'imagerie thermique / Crédit photo : éditeur

Sobriété, performance et diversification énergétiques, la recette de Sébastien Contamine

Le directeur de l’Aduhme, agence locale de l’énergie et du climat, développe l’ambition et l’approche de sa structure pour accompagner la transition énergétique des collectivités.


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Pourquoi cet article ?

Cet entretien fait partie d’une série d’articles réalisés autour des enjeux de transition énergétique des territoires. Celle-ci peut en effet être portée par des acteurs locaux indépendants, comme la SCIC Combrailles Durables que j’étais allé rencontrer en février, mais aussi par des agences plus institutionnelles ou carrément par des collectivités.

Sans oublier le rôle des acteurs privés, petits ou grands, associations comme industriels. Certains ont même une stratégie d’accompagnement au plus près du public et des petites collectivités comme avec le CAUE63.

L’Aduhme, ici décrite par son directeur Sébastien Contamine, est un élément capital dans l’écosystème des acteurs locaux qui oeuvrent pour une transition énergétique du territoire. Mais est-ce que les moyens déployés seront suffisants pour, in fine, parer aux effets du changement climatique et avoir un impact réel ? D’autres paramètres difficilement maîtrisables, et je pense notamment à l’équipement croissant et à venir en voitures électriques, peuvent faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre.

Damien

Les principaux points à retenir

  1. L’Aduhme accompagne les collectivités territoriales du Puy-de-Dôme – EPCI et communes – dans leur transition énergétique, selon un triptyque établi par Négawatt : une consommation plus sobre et plus efficace, et une production plus renouvelable. C’est un enjeu capital pour se préparer aux effets du réchauffement climatique (et les atténuer).
  2. L’approche consiste alors à massifier les opérations à partir de techniques éprouvées sans forcément miser sur des innovations. Pour ce faire, l’Aduhme peut agir avec les collectivités à l’instar d’un service technique expert, aussi bien sur la définition de la stratégie locale en amont que sur la réalisation terrain, en passant par les recherches de financement et la mobilisation des acteurs locaux.
  3. Néanmoins, les élus gardent un rôle capital, décisionnel bien sûr mais aussi dans l’animation de la stratégie de transition énergétique, par des actions de sensibilisation du public et de fédération des acteurs de leurs territoires.
  4. L’Aduhme est proche du Conseil Départemental du Puy-de-Dôme, via la mise en place de subventions pour les collectivités locales afin d’accompagner certaines opérations de transition, mais aussi par le dispositif Cocon 63 d’isolation des combles de bâtiments publics
  5. Autre dispositif phare mis en place par l’Aduhme : Solaire Dôme, qui vise à recenser les opportunités d’équipement de toits de bâtiments publics sur le département en photovoltaïque, et à faciliter la pose de panneaux. Les données récoltées, uniques en France, peuvent être mises à disposition d’acteurs locaux de type SCIC ou associations qui souhaitent agir avec les élus.
  6. Au-delà de la transition énergétique, l’action de l’Aduhme porte sur des enjeux sociétaux comme la précarité énergétique, l’économie circulaire ou encore la relocalisation d’activités.

L’intervenant : Sébastien Contamine

Directeur de l’Aduhme, agence locale de l’énergie et du climat Clermont Puy-de-Dôme


Outre la direction de l’Aduhme, Sébastien Contamine est membre de la Commission nationale du label CIT’ERGIE, décrite comme « un programme de management et de labellisation qui récompense les collectivités pour la mise en œuvre d’une politique climat-air-énergie ambitieuse » par l’ADEME qui porte le dispositif.

Contacter Sébastien Contamine par e-mail : s.contamine@aduhme.org

Crédit photo : Aduhme (DR)

La structure : Aduhme

Agence de l’énergie et du climat basée à Clermont, accompagnant la transition énergétique des collectivités du Puy-de-Dôme


Sous la présidence de Rémi Chabrillat, élu à la Ville de Clermont, l’Aduhme regroupe 12 collaborateurs dirigés par Sébastien Contamine. Leur mission est de fournir un « conseil en énergie partagé » aux collectivités adhérentes – 9 EPCI pour l’instant sur le territoire du Puy-de-Dôme – afin de les accompagner dans leur stratégie et leurs pratiques de transition énergétique.

Les actions de l’Aduhme se situent autant au niveau de la définition de la stratégie de transition énergétique – selon le triptyque « sobriété, efficacité, renouvelables » de l’association Négawatt – que dans l’application sur le terrain, avec la réalisation de nombreuses opérations d’optimisation énergétiques sur des bâtiments publics.

L’Aduhme a également lancé plusieurs dispositifs qui lui sont propres, comme Solaire Dôme, visant à recenser les opportunités d’installation de photovoltaïque sur les toits des bâtiments publics, et à en faciliter la pose (également en lien avec des acteurs locaux).

Enfin, l’Aduhme mobilise de nombreux partenaires, comme le Conseil Départemental avec l’opération Cocon63, mais aussi les financeurs publics au niveau région, Etat, Europe. « L’énergie est un des rares postes où l’on peut encore faire des économies, et ce à service et confort égaux.«  résume ainsi Sébastien Contamine.

Voir le site web de l’Aduhme


En quelle stratégie énergétique transversale croyez-vous au niveau local, compte tenu des enjeux imposés par le changement climatique ?

Je pense qu’il faut se baser sur le scénario Négawatt : privilégier d’abord la sobriété par l’usage, puis la performance des équipements, et enfin la diversification du mix énergétique. Si on suit cette logique, on tend vers plus d’autonomie, on devient plus indépendant des fournisseurs d’énergie et on limite de manière drastique son empreinte carbone.

Privilégier d’abord la sobriété par l’usage, puis la performance des équipements, et enfin la diversification du mix énergétique.

Dans ce sens, toutes les solutions de production énergétique doivent être exploitées, en prenant soin d’évaluer les effets néfastes qu’elles pourraient induire par une exploitation industrielle. Exemple : si nous devions convertir tous nos systèmes de chauffage actuels (gaz naturel, fioul, propane…) au bois-énergie, qu’en serait-il des effets sur notre ressource forestière et une exploitation à outrance de ce gisement naturel ?

Cela revient à donner la chance à plusieurs énergies : solaire, éolien … en prenant en compte leur intermittence.

Le triptyque Négawatt de la transition énergétique : sobriété et efficacité de la consommation, production renouvelable / Crédit visuel : association Négawatt (DR)

Cette approche passe selon vous par les élus locaux. Mais pourquoi ont-ils besoin d’être accompagnés dans leur stratégie énergétique ?

Parce que les élus ne sont pas forcément des spécialistes de la performance énergétique, ou que leurs services ne sont pas tous experts. Nous, on intervient en appui des collectivités comme si nous étions intégrés à leurs services techniques. On appelle ce dispositif d’accompagnement le  “conseil en énergie partagé” : on mutualise une expertise neutre et objective entre plusieurs collectivités pour agir.

On intervient en appui des collectivités comme si nous étions intégrés à leurs services techniques.

C’est ce qu’on a fait avec l’opération Cocon 63, en collaboration avec le Conseil Départemental. Il s’agissait d’isoler les combles des bâtiments publics. Mais, derrière, cela nous a permis de développer de l’ingénierie territoriale pour faciliter le passage à l’acte des collectivités. En effet, un maire d’une petite commune, seul, est rapidement perdu quand il faut traiter des marchés de travaux avec des entreprises, que ce soit pour des questions administratives, techniques ou financières. 

Isolation en laine de roche d’un comble de bâtiment public, dans le cadre du projet Cocon63 / Crédit photo : Jodie Way (DR)

Notre concept de la transition énergétique est simple : il s’agit de privilégier la massification d’actions et travaux simples et maîtrisés plutôt que de miser sur l’innovation ultra-technologique. Car on connaît bien les solutions : pour rendre performant un bâtiment, il faut isoler son enveloppe (murs, ouvrants, planchers bas et combles), travailler sur un système de renouvellement d’air performant, et faire le choix de solutions de productions de chaleur et d’eau chaude sanitaires adaptées et performantes.

Mais l’enjeu est de massifier (…) en allant chercher des acteurs économiques locaux pour les faire travailler, [mais aussi en aidant] des tiers-investisseurs. C’est le cas avec la SCIC Toi&Toits sur Ambert-Livradois-Forez – nos analyses de potentiels d’installation peuvent les aider à démarcher des élus favorables à cette production d’énergie locale.

Lire l’entretien : pour Dominique Giron, « la transition écologique est une mission de service public »

Le gain économique de la transition énergétique est-il réel pour les élus ?

Quand on parle de ces questions de transition énergétique pour les collectivités, on a des maires très ouverts aux enjeux de la transition écologique, d’autres qui ne se sentent peu ou pas concernés … Cependant ce qui fonctionne systématiquement, quelle que soit leur sensibilité, ce sont les gains économiques réalisables. On n’est pas Auvergnats pour rien ! 

Privilégier la massification d’actions et travaux simples et maîtrisés plutôt que de miser sur l’innovation ultra-technologique.

Exemple avec le centre aquatique situé sur la commune de Saint-Georges-de-Mons, propriété de l’EPCI Combrailles Sioule et Morges. La collectivité y a lancé un “marché public global de performance” pour un investissement de quelque 500 000 € avec, à la clef, la mobilisation de près de 80 % de subvention – le reste à charge pour la collectivité étant donc de 100 000 €.

Ici, la mise en place de solutions techniques performantes permet de réaliser près de 50% d’économie d’énergie, soit une facture annuelle réduite à 100 000 € (au lieu de 200 000 €). Retour sur investissement : un an ! Sachant que le groupement d’entreprises qui s’est engagé sur 10 ans propose une garantie de résultats. Et que ces entreprises sont solidaires, sur l’ensemble de la chaîne de valeurs.

La piscine de Saint-Georges de Mons, dans les Combrailles, dont le chantier de réfection et d’optimisation énergétique a été accompagné par l’Aduhme / Crédit photo : Aduhme (DR)

Quel travail l’Aduhme réalise-t-elle pour les collectivités du département ?

Il faut concevoir l’Aduhme comme un outil opérationnel des collectivités publiques pour agir sur la transition énergétique. Ce sont d’ailleurs ces mêmes acteurs publics qui se sont dotées de cet outil et président à sa destinée. On part du principe qu’une collectivité qui ne connaît pas ses consommations aura du mal à savoir comment changer ses habitudes. 

L’élaboration du profil énergétique du patrimoine bâti de la collectivité constitue donc la pierre angulaire des conseillers techniques de l’agence locale. Cet état des lieux sert dans un second temps à élaborer une feuille de route avec un programme d’actions à l’échelle d’un, voire deux, mandats. 

Il faut concevoir l’Aduhme comme un outil opérationnel des collectivités publiques pour agir sur la transition énergétique.

Les actions proposées [par la suite] couvrent un champ large d’intervention : de l’optimisation (achat d’énergie notamment par l’intermédiaire de la constitution de groupements d’achats publics, l’optimisation tarifaire et l’ajustement de puissances souscrites, la renégociation de contrats d’entretien…), en passant par le pilotage de travaux « simples » (changement d’ouvrant ou de systèmes de chauffage, isolation des combles des bâtiments…) jusqu’à des rénovations globales avec recours, ou pas, à des solutions de production ou de chaleur renouvelable.

L’Aduhme sensibilise régulièrement des élus et organise des visites guidées de bâtiments ayant fait l’objet d’optimisation énergétique / Crédit photo : Aduhme (DR)

Il s’agit d’un apport de réflexion stratégique, mais agissez-vous également sur le terrain ?

Oui, notre apport en expertise se situe à deux niveaux : l’appui stratégique pour définir des schémas directeurs immobilier énergie-climat, et l’accompagnement technique sur la mise en œuvre des actions. Les collectivités nous attendent [d’ailleurs] principalement sur l’opérationnalité. 

Par exemple, nous avons accompagné les communes de Lempdes et d’Aydat dans la rénovation de leurs groupes scolaires avec in fine des résultats très probants (baisse de 50 % des consommations d’énergie à confort et service égaux !). 

Utilisation du bois et du verre, insertion dans le paysage, arbres et végétalisation … l’école maternelle d’Aydat, projet accompagné par l’Aduhme / Crédit photo : Aduhme (DR)

Par ailleurs, depuis quelques années, nous avons positionné notre ingénierie sur l’appui à la recherche de financements publics, car rien ne sert de stimuler l’intérêt des collectivités pour la performance si elles n’ont pas les moyens financiers pour couvrir des investissements. Nombreuses sont aujourd’hui les subventions publiques en faveur de la transition énergétique (FEDER, DETR, DSIL, FIC…)

Avez-vous un exemple d’initiative terrain menée à l’échelle du département ?

Oui, c’est le cas actuel de l’opération SOLAIRE Dôme que l’Aduhme pilote depuis plus d’un an et demi maintenant. Le principe était le suivant : beaucoup de collectivités nous interrogeaient sur la faisabilité d’implantation de centrales photovoltaïques en toiture de leurs bâtiments publics pour concourir à la production d’électricité verte locale. 

L’installation « originelle » de Combrailles Durables, SCIC réalisant du photovoltaïque sur les toits de bâtiments publics, à l’école de Loubeyrat. Depuis, 20 autres ensembles de panneaux ont été posés dans plusieurs villes du département / Crédit photo : Combrailles Durables (DR)

Cependant, une grosse interrogation demeurait sur les potentiels : entre l’orientation et l’inclinaison optimum des toitures, leur présence dans un périmètre « monuments historiques », la possibilité d’injecter l’électricité produite dans le poste le plus près … bref, trop de questions qui empêchaient le passage à l’acte.

Pour éviter ces tergiversations, l’agence locale propose aux collectivités adhérentes de réaliser un état des lieux sur la totalité de leur patrimoine bâti, afin d’analyser l’opportunité d’implantation de centrales photovoltaïques.

Lire l’entretien : pour Combrailles Durables, « l’énergie est un sujet de prise de pouvoir par les territoires »

A quelle échelle de temps vous projetez-vous pour l’équipement en photovoltaïque ?

Au-delà de ces analyses d’opportunité, SOLAIRE Dôme consiste aussi à porter à la connaissance des collectivités le potentiel photovoltaïque quelle que soit la puissance installable. Et, par la suite, leur donner la possibilité de passer à l’acte par le biais d’une consultation mutualisée des entreprises à l’échelle d’une EPCI, tout en tâchant de leur faciliter au maximum la tâche tout au long du projet. 

Le Conseil départemental apporte même son concours financier, à travers une subvention de 5 000 € par installation (à raison d’une par commune).  Il n’y aura pas un département en France qui a une connaissance aussi précise du potentiel d’implantation de photovoltaïque sur des toits de bâtiments publics ! 

Et quels en sont les résultats ?

L’opération est en cours. On a analysé plus de 2 000 bâtiments et ça n’est pas terminé. On travaille de même avec Enedis pour évaluer les coûts de raccordement au réseau afin de vendre pendant 20 ans l’électricité produite, ainsi que les architectes des bâtiments de France pour les équipements situés en zones « monument historique ». 

Il n’y aura pas un département en France qui a une connaissance aussi précise du potentiel d’implantation de photovoltaïque sur des toits de bâtiments publics !

Nous n’avons pas manqué non plus de rencontrer des entreprises du territoire pour apprécier leur intérêt sur ce type d’opération, les contraintes auxquelles ils devraient faire face… tout cela pour s’assurer que lors du lancement des consultations d’entreprises, elles répondent présentes. Au final, l’opération SOLAIRE Dôme se concentrera sur des centrales d’une puissance de 9 kWc (soit 60 m² de surface), dont le coût total devrait avoisiner les 20 000 €, montant accessible à la plupart des communes.

Lire l’entretien : avec Rurener, « l’énergie est un prisme d’entrée sur le développement rural »

Les analyses d’opportunité [au final poussent à] entamer une réflexion sur l’autoconsommation. Ce modèle de l’autoconsommation commence à se déployer dans la logique d’une rapprochement entre consommation et production. Ça repose complètement la question de la circularité et de la consommation : je produis, je consomme local, j’alimente mon bâtiment public mais aussi mon quartier …

Comment sont réparties les compétences décisionnelles relatives à la transition énergétique des territoires ?

La Loi de Transition Energétique pour la Croissance Verte [de 2015] a désigné la Région cheffe de file de la transition énergétique. Elle doit établir pour ce faire un SRADDET – Schéma Régional d’Aménagement et de Développement Durable Equilibré du Territoire. En local, ce sont les intercommunalités (EPCI) de plus de 20 000 habitants qui doivent en cohérence avec le SRADDET élaborer leur propre stratégie territoriale, en mettant en place un PCAET – Plan Climat Air Energie Territoire.

A l’échelle du département du Puy-de-Dôme, ce sont 8 EPCI de plus de 20 000 habitants qui sont concernés par cette obligation réglementaire.  Deux autres collectivités, sous ce seuil de population, s’y ajoutent sur une base de volontariat politique : Combrailles Sioule et Morge et Entre Dore et Allier qui devrait tout prochainement lui emboîter le pas.

Les collectivités ont donc un rôle majeur en matière de transition énergétique. Bien qu’il puisse y avoir une demande citoyenne importante, si les élus ne montrent pas la voie en structurant des politiques publiques au-delà du plan climat, cela ne suffira pas !

L’Aduhme travaille principalement avec des communes et des EPCI. Le PCAET est-il un bon outil pour avancer dans la transition énergétique ?

Le PCAET est d’abord un document de la connaissance – il y a une partie “diagnostic territorial”, qui fait état des évolutions des consommations énergétiques, des potentiels de production locales renouvelables, de la qualité de l’air, de l’évolution des polluants atmosphériques liés à l’activité humaine : mobilité, résidentiel, agriculture, industrie … 

A la lueur de ce bilan complet air-énergie-climat, la collectivité – et même plus largement la communauté – fixe des objectifs de réduction des consommations d’énergie, d’augmentation de la part des renouvelables dans le bilan global, d’améliorer de la qualité de l’air et de baisse des émissions de gaz à effet de serre et ce à plusieurs horizons (2030, 2050 voire 2100). 

L’impact du photovoltaïque en termes d’utilisation de ressources et de recyclabilité est un sujet de débat / Crédit visuel : torstensimon de Pixabay

Certains territoires se positionnent même dans des logiques TEPOS [Territoires à Energie Positive], en vue de rendre le territoire autonome en matière d’énergie voire même excédentaire en matière de production.

Il ne s’agit cependant pas que d’objectifs écologiques ! On y fixe aussi, par exemple, des ambitions en matière de lutte contre la précarité énergétique, d’approvisionnements alimentaires territoriaux, de déploiement de nouvelles activités économiques en lien avec la transition énergétique… Il s’agit d’un véritable projet de territoire durable à construire !

Lire l’entretien : pour Diane Deboaisne, « l’urbanisme doit faire la synthèse de beaucoup d’enjeux »

Quels sont les autres rôles des collectivités dans la transition énergétique ?

Au-delà de la définition de la stratégie territoriale, les collectivités doivent aussi participer à sa mise en œuvre et à son animation en mobilisant par exemple les habitants, en fédérant des acteurs économiques locaux. 

C’est le cas notamment du dispositif “Rénover + Demain” dont l’objectif est d’accompagner les ménages des 21 communes de la Métropole clermontoise dans leur projet de travaux d’économies d’énergie portant sur leur logement : le secteur « résidentiel » pèse pour beaucoup dans la consommation et dépense territoriales (35 % de la consommation pour une facture totale de quelque 215 millions d’euros selon des données 2014). 

Or, rénover son logement est parfois un vrai parcours du combattant, entre choisir les bons travaux à réaliser pour optimiser les économies d’énergie et l’entreprise à même de les réaliser, les déclarer, coordonner l’intervention des artisans, mobiliser les subventions existantes… Bref, sans un bon appui technique, le projet peut vite se transformer en galère. 

Sébastien Contamine montre l’impact d’une absence d’isolation énergétique efficace sur l’imagerie thermique / Crédit photo : éditeur

D’où l’utilité d’un accompagnement neutre et objectif qui plus est gratuit pour le ménage avec en chef d’orchestre la collectivité qui intervient en tiers de confiance. Le but est ici de gagner en performance énergétique, de baisser la facture, d’augmenter la valeur patrimoniale du bien mais aussi d’améliorer le confort thermique hiver comme été. 

Les collectivités doivent aussi mobiliser les habitants, et fédérer des acteurs économiques locaux [sur la stratégie énergétique].

Enfin, les collectivités ont un rôle majeur à jouer par leur rôle de démonstration : si leurs bâtiments sont des passoires thermiques, difficile d’aller mobiliser citoyens et acteurs du territoire sur la nécessité de rénover leur bâti !

Lire l’entretien : « architecture, transition énergétique et qualité de vie, selon Xavier Andiano »

Comment se déclinent les axes de travail de l’Aduhme pour réaliser les stratégies de transition énergétique ?

Tout d’abord, la sobriété : il s’agit de travailler sur l’usage, de se poser des questions [de fond]. Par exemple, à quoi ça sert d’éclairer la nuit, s’il n’y a personne dans les rues ? Ou de chauffer une école les week-ends et pendant les vacances alors qu’elle est inoccupée ?

Second axe de travail : la performance de l’enveloppe bâti et des équipements de chauffage, d’éclairage… Par exemple, avec une vue en imagerie thermique d’un bâtiment, on voit tout de suite le delta de température qui peut atteindre 2 degrés entre une section isolée et une non isolée. C’est une vraie différence en termes de confort ! Il faut donc une amélioration de la performance énergétique des bâtiments, sur les appareils de chauffage, les vitrages, les “enveloppes”…

L’éclairage nocturne pose des questions de sécurité, de biodiversité et d’économies d’énergie / Crédit photo : Henryk Niestrój de Pixabay

Enfin, le troisième pilier est celui de la diversification énergétique, pour couvrir les besoins en chaleur – ou en froid – en électricité en recourant à des énergies locales qui plus est renouvelables. Un décret est actuellement en cours de consultation avec une ambition : retirer petit à petit du parc des systèmes de chauffage, les chaudières fioul fortement émettrices de CO2 et autres polluants atmosphériques. 

Un exemple local : le territoire d’Ambert Livradois Forez a fait le choix d’anticiper ce décret en lançant une vaste campagne de conversions des chaudières publiques fonctionnant au fioul vers des installations de biomasse bois : facile dans un territoire comme celui-ci, pour lequel l’espace forestier est omniprésent ! et c’est sans compter sur les dynamiques économiques locales liées à l’exploitation – durable – de la forêt.

L’Aduhme a donc une grande ambition dans la transition énergétique …

Face aux enjeux du dérèglement climatique mondial, les territoires et les collectivités qui les animent doivent impérativement prendre l’initiative d’engager le changement, et ce de manière radicale. Les communes, qui constituent l’échelon administratif le plus près du citoyen, mais aussi les intercommunalités, qui ont la capacité à engager la mutualisation pour agir collectivement doivent montrer l’exemple : sur leur patrimoine, à l’échelle du territoire. 

C’est pour cette ambition que l’Aduhme a été créée par ces mêmes collectivités, et c’est aussi pour ces raisons que les Départements, les Régions apportent leur soutien à l’action. Ce n’est qu’ensemble que nous relèverons ce défi existentiel.

Propos recueillis le 9 février 2021, mis en forme pour plus de clarté puis relus et corrigé par Sébastien Contamine. Crédit photo de Une : éditeur