Le dialogue et l'échange au cœur du projet d'Anciela. Ici, lors du Festival Agir à Lyon en 2020 organisé par l'association. Crédit photo: Bérengère Michel (DR)

Susciter et accompagner des initiatives citoyennes écologiques et solidaires, la mission d’Anciela

A Lyon, c’est une des principales associations oeuvrant pour la transition écologique et sociale, en lien avec de nombreux acteurs du territoire. Rencontre avec son président, Martin Durigneux.

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Les principaux points à retenir

  1. Crée sous l’impulsion de Martin Durigneux, Anciela veut éveiller les consciences et accompagner les initiatives locales liées à la transition écologique et solidaire à Lyon et ses alentours.
  2. L’Association compte environ 150 bénévoles dont une trentaine qui travaillent pour les médias développés par l’association: agiralyon.fr mais également un magazine mensuel et un guide des initiatives.
  3. Trois modes d’action participent à cet objectif:
    – « Envie d’agir ? » qui accueillent et orientent les personnes intéressées par l’action en faveur d’une société plus écologique et solidaire.
    – Les Ambassadeurs du changement qui ont pour but de « semer des graines » dans leur vie quotidienne pour susciter l’intérêt à l’action pour l’écologie et la solidarité.
    – La Pépinière d’initiatives citoyennes qui permet à des porteurs de projet de recevoir un accompagnement pour mener à bien leur entreprise sociale ou leur association.
  4. L’institut Transitions en lien en parallèle de l’association a vu le jour en 2020. Il a pour vocation d’accompagner des personnes qui souhaitent changer de vie professionnelle pour se tourner vers des métiers en lien avec la transition écologique en proposant des formations longue durée de un an. Des formations courtes sont aussi proposées sur des sujets spécifiques.
  5. L’association souhaite partager ses expériences et transmettre sa dynamique associative à d’autres. L’important est de « s’approprier les recettes » en prenant en compte le contexte local.
  6. Martin Durigneux veut porter l’idée que l’on s’enrichit des uns et des autres et que l’échange permet d’avancer en s’inspirant mutuellement.

L’intervenant : Martin Durigneux

Militant associatif et président d’Anciela


Après une enfance au Maroc, Martin passe son adolescence dans un quartier populaire d’Angers. C’est dans cette ville qu’il s’est construit et a commencé à s’engager. Ces rêves étaient portés par des personnages historiques comme Thomas Sankara ou Georges Clemenceau. En parallèle, il débute la publication d’un blog traitant d’écologie pour « se sortir la tête du quartier » nous dit-il. Les prémices d’Anciela en quelque sorte.

Arrivé à Sciences Po Lyon en 2006, il a découvert l’enseignement supérieur et a apprécié être entouré de certains « maîtres à penser » qui apportent au débat politique. Des expérience à l’étranger et notamment au Pérou lui font découvrir des horizons différents. A son retour à Lyon, il a eu envie de passer à l’action « en dépassant le monde étudiant » .

Contacter Martin Durigneux par e-mail : contact@anciela.info

Crédit photo : Institut Transitions – Anciela (DR)

La structure : Anciela

Association indépendante ; Agir ensemble pour une société plus écologique et solidaire.


Anciela a été crée par Martin Durigneux. Elle souhaite « donner l’envie d’agir » en suscitant, encourageant et accompagnant des initiatives citoyennes en faveur d’une société plus écologique et solidaire.

Pour contribuer à cela, elle se dote de plusieurs portes d’entrées. « Envie d’agir ? » qui aide les citoyens à trouver des associations des initiatives existantes pour s’engager à Lyon et ses alentours notamment grâce à une publication et un site « Agir à Lyon ». Une pépinière d’initiatives citoyennes qui permet d’accompagner les personnes qui souhaitent monter une initiative ou un projet d’entreprise sociale. Enfin, un volet sensibilisation dénommé  » les Ambassadeurs du changement » qui encourage la transition écologique de proximité dans son quotidien en mettant à disposition des intéressés des outils d’accompagnement pour susciter l’engagement.

Voir le site d’Anciela

Quel est le point de départ d’Anciela ?

Je dirais que notre histoire s’est construite à tâtons. Au début, c’est un gamin de 17 ans [moi] qui a eu envie d’agir pour la nature. A cette époque, j’étais à Angers avec des copains de la classe et du quartier, c’est là qu’on a créé Anciela. Je me souviens qu’on a commencé par du porte-à-porte dans les immeubles pour parler d’écologie aux gens. On a même récupéré plus de dix kilos de piles usagées… c’était un peu absurde, mais c’était signifiant pour nous.

Ensuite, c’était mes années à Sciences Po Lyon où Anciela a grandi tranquillement. Comme j’arrivais d’un quartier populaire, j’ai vite compris que ce monde-là n’était pas tout à fait le mien. Mon premier déclic fondateur a eu lieu lors d’un stage au Pérou, j’ai rencontré des militants engagés pour la protection de la biodiversité agricole dans les Andes, j’ai beaucoup appris. C’était une expérience incomparable qui m’a permis de découvrir la notion de diversité fertile qui est aujourd’hui au cœur de toutes nos actions. A mon retour, j’avais envie qu’on aille plus loin, qu’on dépasse le monde étudiant, et qu’on montre toute la force de la diversité des solutions engagées pour construire une société écologique et solidaire. 

Je me souviens qu’on a commencé par du porte-à-porte dans les immeubles du quartier pour parler d’écologie aux gens.

Avec plusieurs expériences militantes au sein d’Anciela, nous avons eu la chance d’intégrer le GRAINE, un réseau d’éducation au développement durable. C’était une vraie étape pour nous, des militants et des éducateurs expérimentés ont eu confiance en nous. Le GRAINE nous a demandé d’animer un événement sur le pouvoir d’agir des jeunes lors d’Assises nationales, avec des acteurs nationaux, des chercheurs, des associations anciennes… Être dans ce réseau a été un vrai tremplin pour Anciela ! 

Quelles sont les actions menées au sein de l’association?

Anciela agit pour susciter, encourager et accompagner les engagements et les initiatives citoyennes qui contribuent à construire une société écologique et solidaire à Lyon et ses alentours. 

On a trois grands modes d’action : Envie d’agir ? pour accueillir et orienter les citoyens qui souhaitent s’engager pour une société écologique et solidaire ;  les Ambassadeurs du changement où on mobilise des personnes qui sèment les graines de la transition partout autour d’elles. Elles sont, en quelque sorte, la première ligne du front de la transition en s’adressant à leurs collègues, leurs voisins, leurs famille, leurs amis, etc.

Le coeur d’Anciela est d’accompagner les personnes. (…) Les formations sont des tremplins pour ceux désireux d’apprendre, d’évoluer et de changer les choses.

Enfin, la Pépinière d’initiatives citoyennes où on accompagne des personnes qui portent des initiatives associatives ou entrepreneuriales en faveur de la transition. Cet accompagnement est gratuit, ouvert à tous, sans sélection et va du pratico pratique au sens profond du projet. Aujourd’hui, nous avons une dizaine de demandes d’accompagnement chaque semaine, c’est enthousiasmant.  En sept ans, pas moins de 750 initiatives ont déjà pu être suivies.

Spot d’Anciela sur la Pépinières d’Initiatives Citoyennes réalisé en Mai 2021.

En parallèle d’Anciela, nous avons créé [en septembre 2019] un institut de formation. L’Institut Transitions, c’est son nom, a officiellement ouvert [en 2020] et accueille cette année deux promotions de 25 personnes. Le premier programme, Nouvelles Voies, qui s’étale sur un an, a pour objectif d’accompagner les personnes dans leur évolution professionnelle vers des métiers de la transition. 

Nous proposons aussi des formations courtes qui forment sur des enjeux spécifiques [La nature en ville par exemple]. Ce sont des formations compactes, efficaces et adaptées aux personnes en poste. 

Travail en groupe à l’Institut Transitions en 2020 / Crédit photo: Institut Transitions (DR)

A côté des formations, le cœur de notre institut – comme d’Anciela – est d’accompagner les personnes. En effet, on considère que la formation, si elle est seule, apporte peu. C’est un accompagnement durable qui la rend fertile. C’est ce qui permet que ces formations soient des tremplins pour ceux désireux d’apprendre, d’évoluer et de changer les choses.

Quelle est l’envergure d’Anciela aujourd’hui ?

L’association compte environ 150 bénévoles dont une trentaine de rédacteurs dans nos médias: en ligne [agiralyon.fr], notre magazine papier mensuel ainsi que notre guide, édité tous les deux ans, qui permet de découvrir des associations et de donner envie d’agir. Sept permanentes à temps complet coordonnent Anciela.

Des sourires lors de la photo de groupe de l’Assemblée générale d’Anciela en 2020 / Crédit Photo: Anaïs Frouin (DR)

Avec la crise sanitaire, l’échange en présentiel est moins évident, y a-t-il eu un impact du digital sur votre accompagnement?

Je vois d’abord le digital comme un support, parmi d’autres, pour avancer. Je crois que paradoxalement, cette période a été positive. Certaines personnes ont ainsi pris conscience qu’on pouvait s’informer grâce aux webinaires, alors qu’avant ils manquaient de temps pour venir aux événements. Si un webinaire est bien préparé, si tu te poses les questions qui réveillent et interpellent, il y a le même effet que dans les événements classiques.

Pour autant, on a tous très envie de retrouver la convivialité de nos événements, les temps de rencontre, la discussion spontanée qui s’y glisse, les moments inattendus partagés. L’engagement, sans convivialité, dépérit tôt ou tard ! 

L’essaimage est le fait de donner l’envie d’agir ailleurs … Est-ce une partie de la façon de faire d’Anciela ?

Au sein d’Anciela, nous avons une série de pratiques mises en place depuis quelques années. Quand on les partage à des associations dans d’autres villes, il est important qu’elles ne soient pas copier-coller. Le risque c’est d’avoir des pratiques déterritorialisées, déshumanisées, désincarnées … L’essaimage, pour nous, c’est le fait de pouvoir montrer, expliquer, faire vivre ce que nous vivons, pour permettre aux autres de se les approprier.

Projection lors du Festival Agir à Lyon en 2020 organisé par l’association / Crédit photo: Bérengère Michel (DR)

Nous voulons transmettre notre vécu au sein d’un territoire, d’une culture locale, d’une dynamique associative qui a suivi un cheminement propre. C’est ensuite pour chacun sa logique, ses spécificités locales qui amèneront à ce qu’il développe telle ou telle pratique dans son quartier, sa ville ou sa région. On doit pouvoir s’emparer des recettes des autres en les tournant à sa sauce, on doit assumer sa façon de faire, conscient de la réalité du terrain sur laquelle on travaille et de sa propre personnalité.

Tu emploies beaucoup le mot “militant” : penses-tu qu’à un moment l’action d’Anciela doit passer par du militantisme ? 

Ce mot est fort, c’est une forme de provocation. Un militant est une personne qui lutte, qui se bat pour aller vers une société meilleure et agit tous les jours pour cela. Ce n’est pas une colère stérile qui émerge en brandissant une pancarte dans une manifestation. J’entends par “militant” quelqu’un qui va se battre avec ses convictions et ses valeurs. 

Un militant, (…) n’est pas une colère stérile qui émerge en brandissant une pancarte dans une manifestation. (…) C’est quelqu’un qui se bat pour aller vers une société meilleure et agit tous les jours.

A Anciela, on est, certes, des militants de la cause écologique et solidaire, mais ça va au-delà. On aide chacun à donner le meilleur de lui-même. Comme le dit si bien Hannah Arendt, un professionnel qui n’est que professionnel est quelqu’un de très dangereux, c’est-à-dire qu’il a déconnecté son action de son cœur et de son âme. 

Est-ce qu’être militant, c’est aussi avoir pour but de convaincre des gens ?

Je ne crois pas. Pour moi, convaincre, c’est vaincre la volonté des autres, que ce soit par la raison, le charisme ou la force. Je préfère dire inspirer des gens. Nous pouvons inspirer par son témoignage, par ses connaissances et son expertise tout en laissant à la personne le devoir de faire son choix et construire sa propre démarche. 

On le répète sans cesse aux porteurs d’initiatives qui franchissent notre porte. Dans la Pépinière, on échange, on s’enrichit, on s’inspire mutuellement mais on n’est pas là pour être d’accord avec tout le monde, tout le temps et sur tous les sujets. Et heureusement, j’ai envie de dire car c’est par la différence qu’on apprend et qu’on s’enrichit chacun ! En tant qu’accompagnateurs, on met sous le nez des porteurs d’initiatives certaines vérités ou réalités pratiques qu’ils peuvent ne pas voir et qui, s’ils ne les voient pas, ressortiront souvent au plus mauvais moment de leur initiative, sans avoir pu se préparer en amont à les vivre. 

Pour moi, convaincre, c’est vaincre la volonté des autres. (…) Je préfère dire inspirer les gens.

Convaincre, c’est la culture naturelle des institutions et des politiques, ce n’est pas la nôtre en tant qu’association d’accompagnement. En tant qu’accompagnateur, j’ai une confiance absolue en chacun. Je crois que chacun peut agir, s’engager, évoluer. Surtout, je crois que les choses bougent lorsqu’on tend la main, pas lorsqu’on juge. 

Martin, au centre, lors d’un rendez vous d’accompagnement d’initiatives citoyenne / Crédit photo: Ivan Mauxion (DR)

Tout le monde doit pouvoir passer la porte de notre association pour échanger, quelque soit son passé ou son niveau de prise de conscience écologique ou solidaire. A nous de trouver les mots magiques pour inspirer les gens ! C’est cela le message d’Anciela dans le paysage de la transition écologique.

Vers quel modèle de société travaillez-vous?

On doit tendre vers un horizon plutôt qu’une destination. Notre société actuelle ne nous apprend pas à nous aimer, à aimer les autres et à aimer la nature. Les gens sont souvent en guerre contre la nature et contre eux-mêmes. Il y a des guerres, au sens militaire du terme, mais il y a aussi une forme de guerre dans la rue, au bureau entre collègues, avec le voisin… On est de plus en plus dans une société de défiance.

L’horizon de la société à laquelle nous travaillons est donc de réconcilier les hommes avec eux-mêmes – confiance en soi – avec les autres – solidarité – et avec la nature – climat et biodiversité en particulier.

Pour résumer, ce qui compte finalement, c’est une approche transversale et non verticale de la transition …

Oui, c’est tout à fait la vision que nous avons à Anciela. Ce à quoi nous voulons aboutir, et qui est plus compliqué, c’est susciter une intention d’engagement et d’action de chacun. Lutter contre toutes les indifférences. Les compétences techniques, les connaissances scientifiques sont nécessaires pour transformer notre société, mais elles viennent dans un deuxième temps. Il faut d’abord cette intention humaine. 

Pour moi, il faut faire la différence entre ce qui est essentiel, notre intention, et ce qui est nécessaire, nos savoirs, qui vont permettre de concrétiser notre intention. Sans intentionnalité, le nécessaire est vide et sans le nécessaire, ce qui est essentiel est vulnérable. 

Rencontres masquées entre les participants du Festival Agir à Lyon en 2020 que l’association a organisé / Crédit Photo: Bérengère Michel (DR)

On parlait de colère tout à l’heure, Il faut arriver à ce que les hommes puissent la domestiquer. Je suis convaincu que quand quelqu’un trouve son intention profonde, il va donner le meilleur de lui-même, et transformera alors sa colère en action pacifique ou en tous cas apaisée.

Comment avez-vous pu faire appel à des institutions alors que vous vous positionnez dans une vision, un schéma différents de la transition ?

Je dis souvent que nous ne sommes pas anti-institutionnels mais à côté des institutions. Nous n’avons pas à avoir leurs pratiques, à valider leurs postures. Et elles n’ont pas à prendre les nôtres. On cherche à trouver notre place et à aider à notre manière. 

Nous essayons d’agir pour une démocratie vivante en dialogue avec les institutions.

Nous pouvons avoir des désaccords avec les choix d’institutions comme la Région [Auvergne-Rhônes-Alpes]. Cependant, il ne s’agit pas pour nous de combattre mais d’agir. Nous n’avons pas le même métier. Une institution qui distribue des subventions ou fabrique des règles n’a pas pour vocation d’accompagner, et nous n’avons pas vocation à fabriquer des règles. Nous essayons d’agir pour une démocratie vivante en dialogue avec les institutions. 

Sur le territoire de la région AURA, quelles initiatives faudrait-il mener selon toi ?

La région, en tant que territoire vécu, n’existe pas dans mon esprit. C’est une abstraction géographique fabriquée par une énième réforme administrative. Il y a tellement de différences entre Lyon et Grenoble si on s’en tient seulement à Rhône-Alpes… alors entre le Cantal et la Haute-Savoie… 

Le dialogue doit se faire à une diversité d‘échelles dans lesquelles nous partageons une certaine convivialité, c’est-à-dire des liens spécifiques qui nous permettent de nous comprendre et d’agir ensemble. Cela peut être à une échelle mondiale quand on est entre passionnés d’ornithologie (par exemple) ou à une échelle nationale lorsqu’on parle des grands enjeux de notre société, ou enfin à une échelle très locale quand on parle des initiatives citoyennes de terrain. Mais ce n’est pas nécessairement (et même rarement) celle de la région. 

Entretien réalisé par Damien Caillard ; mis en forme et réorganisé pour plus de lisibilité par Bastien Durand puis relu par Martin Durigneux / Crédit photo de Une : Bérengère Michel (DR)