Christian Amblard, ici dans son rôle d'observateur de la nature et de photographe animalier / Crédit photo : Christian Amblard (DR)

« En Auvergne, la biodiversité est en régression significative », analyse Christian Amblard

Autant scientifique que militant, directeur honoraire du CNRS, Christian Amblard estime que l’enjeu de la biodiversité est plus urgent que celui du climat, et qu’il résonne notamment en Auvergne.


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Pourquoi cet article ?

Je poursuis le fil d’entretiens issu de ma rencontre avec les membres de l’association Preva, autour de la problématique de l’eau à Volvic.

Après un échange avec Jacky Massy fin juillet – portant principalement sur l’enjeu de la ressource en eau – je vous propose ici un entretien avec Christian Amblard, membre de Preva mais aussi de nombreuses associations et structures territoriales portant sur la question de la biodiversité et des écosystèmes.

Christian est également un photographe animalier très doué, et nous fait profiter de quelques-uns de ses magnifiques clichés d’animaux réalisés notamment dans le Sancy.

A l’occasion de la convention internationale de la biodiversité à Marseille, cet entretien permet de faire le point sur l’enjeu du « vivant » et sa traduction en Auvergne.

Damien

Les principaux points à retenir

  1. Christian Amblard s’intéresse à tous les types d’écosystèmes naturels. Il les définit notamment par leurs interactions, en leur sein et avec les autres écosystèmes. Il insiste sur leur fonctionnement « systémique » : chaque maillon touché peut en impacter l’ensemble. D’où leur relative fragilité face aux dérèglements provoqués par les activités humaines.
  2. La biodiversité mondiale est en péril : selon Christian, elle s’effondre à grande vitesse, même si ce n’est pas forcément apparent. Par exemple, on a perdu plus de deux tiers des animaux vertébrés sauvages entre 1970 et 2016. Mêmes tendances pour les insectes.
  3. Un des problèmes est l’attachement patrimonial et esthétique à des espèces comme le lion d’Afrique plutôt qu’aux coléoptères de nos jardins. Or, tous sont touchés, et selon Christian, il n’y a aucune espèce nuisible ou utile : toutes ont leur place dans les écosystèmes.
  4. L’Auvergne, riche en biodiversité de par la variété de ses zones biogéographiques et de ses types d’habitats, est également touchée par l’effondrement de la biodiversité. De nombreuses espèces ont carrément disparu depuis le XIXème siècle, et beaucoup sont sur la « liste rouge », dont en danger d’extinction ou sérieusement menacées, faune comme flore.
  5. Les causes identifiées par Christian se trouvent du côté des pratiques de chasse (pour la faune sauvage) qui, selon lui, n’a aucun rôle de régulation, bien au contraire. Egalement sur l’impact de l’b, avec la mécanisation, la disparition des haies, et la pollution des sols et des cours d’eau – là aussi, il insiste sur des études prouvant la réalité de la situation en Auvergne. Dans le cas de l’agriculture, il critique principalement l’ensemble du système économique, dont les aides de la PAC liées à la taille des exploitations, et aimerait favoriser l’implantation de jeunes sur des parcelles plus raisonnables avec des pratiques d’agro-écologie.
  6. Plus globalement, Christian regrette que les enjeux climatiques accaparent l’attention des décideurs politiques et des médias, alors que la biodiversité est un meilleur indicateur – quoique plus complexe à appréhender – de l’état de la planète. Il fustige le manque de formation des élus à ce sujet, et la tendance à l’hyper-simplification de nombreux médias.
  7. Christian revient pour finir sur ses engagements associatifs : avec le GREFFE, il participe à de nombreuses actions de sensibilisation par le discours scientifique, dans une logique militante, presque d’action politique (dans le sens « citoyenne »). Avec Preva, il agit plus localement sur la question de la raréfaction de l’eau en aval de l’impluvium de Volvic, qu’il estime être liée à des prélèvements trop importants de la société des eaux de Volvic, et il appelle à respecter la loi pour l’eau de 2006 qui donne la priorité aux écosystèmes sur les activités économiques. Plus globalement, il rappelle son engagement pour les causes d’intérêt général et de « bien commun« .

L’intervenant : Christian Amblard

Crédit photo : éditeur

Directeur honoraire de recherche au CNRS, spécialiste des écosystèmes aquatiques. Engagé dans de nombreux conseils scientifiques et associations de défense et de sensibilisation à l’environnement en Auvergne.


D’origine auvergnate, photographe animalier amateur et passionné de biodiversité et des écosystèmes en général, Christian Amblard a travaillé sur les écosystèmes aquatiques au CNRS en tant que directeur de recherche. « Dès que l’on touche à la problématique d’environnement, il faut être très transversal », indique-t-il. Il a également dirigé une Unité Mixte de Recherche (UMR) entre l’Université Clermont-Auvergne et le CNRS.

Il participe activement à de nombreuses structures territoriales sur les enjeux de biodiversité et de protection de la nature, concernant tous les types d’écosystèmes. Ainsi, Christian est vice-président du Conseil Régional Scientifique du Patrimoine Naturel (CRSPN) rattaché à la région Auvergne-Rhône-Alpes. « C’est une structure sollicitée par le Président de région ou le Préfet pour donner des avis sur des dossiers. » précise Christian.

Egalement président du Conseil Scientifique de la station biologique de Besse – là aussi, une structure rattachée à l’Université Clermont-Auvergne – il s’attache à la défense des espaces naturels protégés en étant président du conseil scientifique des Réserves Naturelles Nationales du Massif du Sancy (Chastreix et Chaudefour) et membre du Conseil Scienfitique du PNR des Volcans d’Auvergne.

Son action dans ces conseils scientifiques est, selon lui, particulièrement intéressante pour faire passer les bons messages aux décideurs politiques du territoire : « on peut y être sollicité par exemple dans des dossiers d’aménagement. (…) Les avis sont souvent consultatifs, mais les structures demandeuses ont tendance à en tenir compte. »

Enfin, il est militant actif au sein de nombreuses associations, qui lui permettent notamment de sensibiliser le public et d’agir sur le terrain, comme Preva, Marsat Nature ou encore le GREFFE Auvergne.

Contacter Christian Amblard par courrier électronique : christian.amblard [chez] uca.fr

Crédit photo : éditeur

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Votre spécialité porte sur les écosystèmes en général, notamment aquatiques. Comment définissez-vous un écosystème ?

Un écosystème, c’est l’ensemble des interactions dynamiques entre différentes espèces vivantes au sein d’un système physico-chimique donné. Le point central est que tous les organismes sont interdépendants, d’abord entre eux mais aussi avec le système physico-chimique lui-même. Donc, si on touche à un maillon, on risque d’en impacter le fonctionnement d’ensemble.

Si on touche à un maillon d’un écosystème, on risque d’en impacter le fonctionnement d’ensemble.

Un écosystème est également dynamique, à savoir qu’il évolue dans le temps … dans la mesure où les organismes par leurs interactions modifient le milieu. Il s’agit d’une “coévolution” entre les espèces et leur habitat. Il en résulte un fonctionnement équilibré de l’écosystème qui s’est construit sur des millions d’années.

Or, les activités humaines dérèglent cet équilibre et détruisent ces écosystèmes. De fait, certaines espèces peuvent ainsi disparaître ou, au contraire, devenir envahissantes.

Lire l’entretien : pour Lucie le Corguillé, « les zones humides ont un rôle capital dans le cycle de l’eau »

L’effondrement de la biodiversité est probablement un enjeu encore plus fort que celui du dérèglement climatique … 

L’évolution de la biodiversité peut paraître lente, mais elle s’effondre en réalité à grande vitesse ! 68% des effectifs de vertébrés sauvages ont disparu entre 1970 et 2016 : c’est l’indice “planète vivante” du rapport 2020 du WWF. On a donc perdu plus de ⅔ des effectifs, c’est juste catastrophique … 

Une étude allemande parue en 2017 dans Nature a ainsi montré qu’on a perdu 78% des insectes volants en 30 ans. Même tendance avec la perte de 55% des effectifs d’oiseaux en France, 400 millions en Europe, et 3 milliards aux USA au cours des 30 dernières années. (…) C’est donc bien un panorama catastrophique au niveau mondial. 

Il n’y a pas d’espèce utile ou nuisible !

En termes de visibilité, l’opinion publique est plus attachée aux “espèces patrimoniales ou emblématiques”, comme le lion d’Afrique, qu’aux insectes dans nos jardins. Mais le problème est global : les petites espèces sont aussi importantes que les grosses. Il n’y a pas d’espèce utile ou nuisible ! Toutes ont leur place et une fonction utile au fonctionnement de l’ensemble des écosystèmes. On peut souligner, par exemple, le rôle irremplaçable des insectes pollinisateurs dans la production de fruits et de légumes. 

L’Auvergne est-elle propice à la biodiversité ?

Nous vivons dans une région relativement riche en biodiversité.  C’est en lien avec une grande variété de formations géologiques et de conditions climatiques. Ainsi, l’Auvergne se trouve au carrefour de différentes “zones biogéographiques”, avec des espèces que l’on retrouve dans les zones continentale, atlantique, méditerranéenne, voire alpine sur certains sommets de l’Auvergne … On a donc une grande diversité d’habitats.

On trouve notamment dans le Sancy des environnements de type « prairie alpine » qui participent de la diversité des habitats naturels en Auvergne / Crédit visuel : Communauté de Communes du Massif du Sancy (DR)

Et quel constat faites-vous de l’évolution récente de la biodiversité en Auvergne ?

Comme partout ailleurs, cette biodiversité est en régression très significative. Certaines espèces ont disparu dans la seconde partie du XXème siècle. Parmi les plus connues, on peut citer l’outarde canepetière, la gélinotte des bois, le râle des genêts … Au XIXème siècle, il y avait des loups, des lynx, des aigles royaux en Auvergne ! Qu’on ne trouve évidemment plus de nos jours.

D’autres espèces sont menacées de disparition. Les DREAL en lien avec les associations naturalistes établissent des “listes rouges régionales”. Sur une communauté biologique donnée – insectes, plantes à fleurs, oiseaux, etc. – on répertorie les espèces locales qui vont bien et celles qui sont en danger. Ainsi, en Auvergne, sont menacées, à différents degrés de vulnérabilité, 369 espèces de plantes, 89 espèces de vertébrés comme la pie grièche grise, le bruant ortolan, le muscardin, le campagnol amphibie … Ces dernières espèces sont quasiment en voie de disparition pour notre région.

Lire l’entretien : l’association Frane veut « porter une voix commune pour la protection de l’environnement »

Comment analyser les causes principales de cette évolution ?

D’une manière générale, il s’agit de la destruction des habitats – en lien avec les pratiques agricoles et forestières, l’urbanisation et l’artificialisation des sols, et les pollutions diverses – mais aussi la destruction directe par la chasse, le piégeage et le braconnage. 

On le sait car, quand les rapaces ont été protégés de la destruction par la chasse en 1976, certaines espèces ont retrouvé des effectifs satisfaisants ! Ça a été le cas pour les rapaces diurnes, mais aussi pour la loutre qui a reconquis pratiquement toutes les rivières de notre région, bien que la qualité de l’eau ne se soit pas améliorée. Donc, si on arrête la destruction des habitats – principalement – ou la destruction directe des espèces, notamment par la chasse, il peut y avoir des recolonisations.

Un vautour fauve dans le Sancy. Au XIXème siècle, on trouvait encore des aigles royaux en Auvergne / Crédit photo : Christian Amblard (DR)

Vous semblez être assez remonté contre une vision de la chasse qui se veut “régulatrice” …

La chasse n’a pas, selon moi, un effet de régulation quelconque des espèces. Au contraire, en France, 20 espèces d’oiseaux sont chassées alors qu’elles sont menacées de disparition et donc leur destruction par le tir aggrave leur situation. Autre exemple : certains chasseurs ont favorisé la multiplication des sangliers, et ensuite ils se présentent comme les régulateurs indispensables de cette espèce qui cause des dégâts aux récoltes ! Donc la chasse existe légalement, mais il ne faut pas qu’elle se présente comme une activité écologique avec un rôle de régulation bénéfique aux populations d’animaux sauvages.

La chasse n’a pas, selon moi, un effet de régulation quelconque des espèces.

Son impact est particulièrement négatif lorsque les chasseurs parlent de la destruction des “nuisibles”. Un espèce nuisible, cela n’existe pas dans un écosystème au fonctionnement équilibré. Par exemple, la chasse et le piégeage détruisent en moyenne 5 à 6000 renards par an dans le seul département du Puy-de-Dôme, alors que cette espèce a un rôle essentiel dans la régulation des petits mammifères rongeurs, comme le fameux « rat-taupier » qui détruit les prairies. C’est totalement incohérent et irresponsable. 

Jeunes renardes « queue dessus, queue dessous », photographiés par Christian. Les renards peuvent être perçus comme des animaux nuisibles … ce qui n’existe pas / Crédit photo : Christian Amblard (DR)

L’autre cause de l’effondrement de la biodiversité que vous identifiez réside dans certaines pratiques agricoles. Plus précisément, de quoi s’agit-il ?

Cela concerne l’agriculture intensive et « industrielle ». L’impact premier est la destruction des bocages et la pollution des sols et des ressources en eau. C’est un élément très important dans les écosystèmes agricoles, qui ont besoin d’un maillage de haies relativement serré. 

Ensuite, ce sont les intrants chimiques : la plupart des sols et des cours d’eau sont pollués par les pesticides. Une étude récente de Phyteauvergne l’a prouvé dans notre région. Par exemple, le lisier qui est répandu dans les prairies, notamment en moyenne montagne, a fait diminuer de façon drastique la diversité de la flore de ces prairies. Avant, on mettait du “fumier paillé”, qui avait un rôle bien moins destructeur. 

Lire l’entretien : pour Laurent Campos-Hugueney, « l’eau ne peut être privatisée au profit de quelques intérêts »

Les agriculteurs sont-ils conscients du problème ? Réagissent-ils ?

Il faut être clair, c’est le type actuel d’agriculture qui est en cause, et non pas la très grande majorité des agriculteurs qui subissent plutôt le système. Néanmoins, le degré de conscience des agriculteurs est variable. Mais le problème vient du modèle agricole intensif, qui consiste à produire en très grandes quantités au détriment de la qualité des produits, de la santé humaine et de l’environnement … De plus, les aides de la PAC sont proportionnelles à la taille des exploitations : cela pousse à toujours agrandir les fermes et à diminuer le nombre d’agriculteurs. 

Le problème vient du modèle agricole intensif.

J’insiste donc sur la nécessité de changer de type d’agriculture. En accordant des aides sous critères d’éco-conditionnalité, et en facilitant l’installation  de jeunes agriculteurs. Il faut donc des exploitations de taille moyenne, avec de jeunes agriculteurs financièrement encouragés en échange de productions de qualité et du respect de l’environnement.

Les engins agricoles lourds, très répandus dans l’agriculture intensive, tassent fortement les sols et en diminuent la capacité d’absorption. Leurs déplacements et la taille des parcelles ont également entraînés la disparition de nombreuses haies, habitats majeurs de biodiversité en plaine / Crédit photo : David Mark de Pixabay

Pourquoi, selon vous, parle-t-on beaucoup plus du climat que de biodiversité ?

En mars 2021, j’ai publié une tribune dans le journal Le Monde, qui était en décalage avec ce qu’on entend : j’insistais sur le fait que l’urgence environnementale ne se limite pas au climat. On parle beaucoup de l’effet de serre à juste titre car c’est très destructeur, mais il ne faut pas que cela masque toutes les autres problématiques environnementales, notamment l’effondrement de la biodiversité. C’est la disparition du vivant, ce qui est vraiment catastrophique pour toutes les sociétés humaines.

En effet , le paramètre le plus intégrateur de tous les problèmes environnementaux, c’est le vivant, pas le climat. Car le vivant est un paramètre qui est la résultante de tous les impacts, y compris du dérèglement climatique. Autrement dit, c’est le vivant, la biodiversité, qui représente l’approche la plus globale. Or, les politiques et beaucoup de médias parlent du changement climatique comme étant la seule problématique environnementale importante. C’est faux, évidemment !

« Hermine dans le doute », une petite boule de poils blanche photographiée par Christian. Je ne pouvais pas m’empêcher de la publier … plus sérieusement, la biodiversité est plus complexe à appréhender que le climat, mais aussi plus représentative de l’état de santé du « système Terre » dont nous dépendons / Crédit photo : Christian Amblard (DR)

Comment peut-on sensibiliser les responsables politiques à ce sujet ?

Pour moi, ce problème est lié au fait que la plupart des politiques ont une formation et des compétences en environnement très, très faibles. Pendant des décennies, l’écologie n’était pas considérée comme une discipline sérieuse, c’était “les petits oiseaux et les jolies fleurs ” … Résultat : ils sont totalement démunis sur ce dossier, et l’état de la planète est plus qu’alarmant – alors que les scientifiques et les naturalistes ont lancé l’alerte depuis des décennies sur cette situation.

Le paramètre le plus intégrateur de tous les problèmes environnementaux, c’est le vivant, pas le climat.

L’autre explication est que le changement climatique est sans doute plus facile à comprendre. On parle d’un taux de CO2 et de l’élévation de la température, c’est relativement simple et chiffré. L’évolution du vivant, et donc de la biodiversité, est beaucoup plus complexe à appréhender. 

Il faut comprendre aussi que nos gouvernants subissent trois diktats : l’émotionnel, l’immédiateté,  et la simplification. Et beaucoup de médias grands publics d’information en continu, notamment télé, aggravent cette dérive. 

Que pensez-vous des initiatives locales portant sur la biodiversité, comme l’Atlas réalisé par la LPO en partenariat avec Clermont Métropole ?

L’Atlas de la biodiversité de la LPO, je ne le connais pas spécialement. Mais c’est forcément utile, pour la connaissance de notre patrimoine naturel local. Ensuite, c’est un outil de valorisation et de sensibilisation à la nécessité de protéger la biodiversité également à l’échelle locale. 

Plus fondamentalement, il faut répéter que si la Terre est habitable, c’est grâce à la biodiversité. L’environnement, ce n’est pas seulement aimer les petites fleurs, c’est un problème de fonctionnement global de la planète et de survie de l’humanité.

Un chamois surpris par le photographe / Crédit photo : Christian Amblard (DR)

Vous insistez également sur le lien entre risque sanitaire et perte de biodiversité …

La plupart des maladies émergentes sont des zoonoses, et la plupart des pandémies comme le Covid-19 sont à mettre en lien avec la déforestation, l’agriculture intensive et les élevages concentrationnaires. Sur terre, les vertébrés sauvages ne représentent plus que 5,6% de la biomasse des humains et des animaux d’élevage. Ainsi, quand un virus a besoin d’un hôte pour se multiplier , la probabilité qu’ils rencontrent une espèce animale d’élevage ou un humain est bien plus grande que pour un animal  sauvage. 

Lire l’entretien : « nous sommes dans des maladies d’écosystèmes » selon Damien Meyer

Pour agir, vous êtes engagés dans plusieurs associations à commencer par le GREFFE : quel est son principe de fonctionnement et d’action ?

Le GREFFE, c’est un groupe de scientifiques qui a pour objectif de réfléchir et d’informer sur les questions de développement durable. Quand on fait de la sensibilisation, on a une [approche] qui se veut militante. Il s’agit bien d’essayer de faire changer ce qui ne va pas selon nous. On veut pousser à une prise de conscience, et à l’action. 

Quand on fait de la sensibilisation au GREFFE, on a une approche qui se veut militante.

Attention : le GREFFE n’est pas lié à un quelconque parti politique, mais on veut favoriser un développement durable et responsable. Cela peut nous amener à dire que certaines décisions ou certaines activités ne sont pas conformes avec cet objectif : nous faisons ainsi de la politique, au sens premier du terme. 

Comment les sujets sont-ils traités par le GREFFE ?

Le GREFFE participe à la sensibilisation sur les problèmes environnementaux par la publication de livres, d’articles, de communiqués, par l’intervention dans différents médias, etc. Nous traitons de questions qui touchent principalement à l’agriculture, à la biodiversité, au développement durable en général. 

Autre engagement (parmi plusieurs) que vous portez : l’association Preva, qui milite pour une gestion plus raisonnée de la ressource eau du bassin de Volvic. Pourquoi selon vous faut-il agir sur ce point ?

Entre Riom et Volvic, nous constatons un assèchement croissant des ruisseaux et des zones humides. Or, pour un territoire donné, quand il n’y a plus d’eau dans les [cours d’eau], c’est une catastrophe pour le vivant. D’abord pour la biodiversité dans le ruisseau mais aussi pour la végétation riveraine et toute la biodiversité végétale et animale associée – c’est toute la chaîne alimentaire qui est impactée. 

Mais cela touche aussi le climat local : c’est un début de diversification. On le sait parce que les ruisseaux et les zones humides ont un impact local majeur en cas de canicule. Là aussi, ne réduisons pas le problème au simple ruisseau à sec : c’est toute la zone alentour qui est touchée. 

Jacky Massy en tournage du documentaire réalisé par Mediapart, le 22 mars 2021, à Malauzat. Christian Amblard était présent à ce moment, dans le cadre d’un temps de parole auprès des journalistes sur le sujet de l’eau en aval de Volvic / Crédit photo : éditeur

Et votre action cible particulièrement des prélèvements que vous jugez abusifs dans l’impluvium, de la part de la Société des eaux de Volvic …

Nous ne sommes pas opposés au principe d’une commercialisation de l’eau de Volvic … mais à condition que ce ne soit pas au détriment des autres usages et de l’intérêt général. Pour définir ce dernier, nous nous référons à la loi de 2006 qui établit les priorités d’usage de l’eau, à commencer par la sécurité civile, l’eau potable, puis l’alimentation des écosystèmes naturels et des agro-écosystèmes. Nous demandons juste à ce que la loi soit respectée.

Lire l’entretien : avec Preva, Jacky Massy focalise l’attention sur la question de l’eau en aval de Volvic

Une dernière action que vous souhaitez valoriser ?

Enfin, je suis vice-président de l’Université des Biens Communs de Clermont, dont l’objectif central est de faire valoir l’intérêt général. C’est ce qui guide tout ce que je fais. L’eau, mon sujet de prédilection, est d’ailleurs l’exemple-type d’un bien commun qu’il faut absolument préserver, et qui ne doit pas être accaparé par [un acteur ou une profession spécifique] au détriment de l’intérêt général.

Pour aller plus loin (lien proposé par Christian) :
les publications du GREFFE, et notamment l’ouvrage intitulé « Biodiversité, Agriculture et Services écosystémiques » publié en 2019

Propos recueillis le 2 mars 2021, mis en forme pour plus de clarté puis relus et corrigé par Christian. Crédit photo de Une : Christian Amblard (DR)